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Entretien avec Geneviève Ferone

Posté par Geneviève Ferone le 15 avril 2011

Assiste-on à un changement de paradigme concernant le développement économique et social ?

Oui. Particulièrement depuis 2008 et ces derniers mois, avec la crise économique ravageuse. Car les questions de précarité, de désocialisation, de vulnérabilité et de perte du pouvoir d’achat ont pris énormément d’importance. Y compris dans les pays développés, réputés plus robustes. De fait, la nécessité de redonner du pouvoir d’achat, d’accélérer les transferts de technologies en vue de créer de la croissance et des emplois, notamment dans les pays émergents, occupe le devant de la scène.

Est-il pris en compte par les experts et les gouvernements ?

Oui, ces derniers ont changé de registre, en mettant davantage en avant les programmes sociaux. La question qui se pose alors avec acuité porte sur la création de richesse : on en crée, certes, mais comment et pour qui la redistribuer ? Comment éviter l’exclusion ? Comment créer des « amortisseurs » pour protéger les plus démunis ? Dans les pays émergents, se pose la question des denrées alimentaires, de l’énergie, du loyer. Les questions relatives au  logement, à l’alimentation, à l’énergie, à la mobilité, sont devenues prégnantes. Du côté du consommateur ces préoccupations tournent d’ailleurs en boucle : il suffit d’examiner la teneur des blogs et la couleur des programmes politiques.

La fondation Chirac sensibilise les prescripteurs de bois du secteur de la construction. Ce projet est-il en phase avec l’apprentissage de la « sobriété » dont vous parlez dans votre livre, le « Krach écologique » ? A quels autres exemples quotidiens pensez-vous ?

Si on considère qu’on est entré dans une phase de transition, qui s’articule sur les enjeux d’une  pensée différente par rapport à la consommation des ressources, et qui vise à instaurer des cercles vertueux autour du recyclage, de l’optimisation, de la réduction et de la réutilisation, on peut se demander comment faire dans des secteurs tels que la construction, par exemple. Ce sujet concerne en fait l’industrie du recyclage au sens large : on jette beaucoup trop, en regard de ce qui pourrait être réutilisé, réinjecté dans des procès de fabrication, dans une économie circulaire. « Mon déchet peut devenir la ressource de quelqu’un d’autre », à condition qu’il existe une filière de  valorisation, de recyclage, …Cela suppose alors une chaine de logistique, éventuellement de « retransformation » de la ressource pour la faire correspondre à un cahier des charges précis, pour qu’elle soit réutilisée dans des conditions de qualité et de sécurité équivalentes.

On pourrait prendre exemple sur la Nature ?

Toute cette chaîne est à inventer, effectivement sur le modèle de la Nature, qui nous offre au quotidien cette intelligence. Elle ne produit en effet que des déchets bio-nourriciers. Et l’homme est finalement la seule espèce qui ne produit pas que des déchets bio-nourriciers. Cependant, des expertises, complètement nouvelles, nommées « biomimétisme », nous permettent d’imiter la Nature. Et nous pouvons, de plus, allonger la durée de vie des produits, en trouver de beaucoup plus « vertueux », c’est-à-dire contenant moins d’intrants chimiques, ayant permis de stocker le carbone, comme le bois, et permettant de multiples usages. A condition, toutefois, de mesurer l’empreinte environnementale et l’économie réalisée.

Mais ne sommes-nous pas actuellement dans une forme de double injonction : d’un côté préserver, de l’autre consommer, toujours davantage ?

A notre époque se télescopent deux messages apparemment contradictoires. Même si on ne se place pas sur le plan moral, on voit que d’un côté on vend de plus en plus de produits éphémères, jetables, dont on renouvelle les générations, avec finalement peu de valeur ajoutée, et de l’autre côté, quand on préconise d’augmenter la durée de vie de certains produits, on se place à contre-courant de certaines industries qui, à travers des stratégies marketing, sont dans cette logique d’accélération des temps d’usage. Et en même temps, de nombreux messages vont dans le sens de l’économie circulaire et celle de la fonctionnalité : c’est-à-dire acheter un produit ou un bien dans le but de le faire durer ou partager l’usage d’un bien ou d’un service. C’est une forme de « dématérialisation » : on n’est plus « propriétaire de », on confie à quelqu’un la charge d’entretenir le parc des objets. Cependant, à ce moment, on déplace la chaine des valeurs de l’économie. C’est, de fait, l’apprentissage d’une forme de « légèreté », ce qui suppose un niveau de « maturité » des différents acteurs qui vont partager le bien ou le service en question. Mais il suffit d’un grain de sable pour gripper le système…C’est un modèle encore très fragile, car encore très expérimental.

Que pensez-vous de l’instauration de la Semaine Nationale du Développement Durable, (du 1er au 7 avril). La responsabilité de chacun d’entre nous y est particulièrement mise en avant, et vous semblez donner davantage d’importance à une nouvelle gouvernance mondiale…Quelle forme aurait, selon vous, cette nouvelle gouvernance ?

D’abord, la gouvernance mondiale existante n’est pas encore homogène. Et quand on évoque la « nouvelle gouvernance », on constate qu’existent des « briques »…Mais qu’il s’agit d’un processus extrêmement lent. Depuis Rio, en 1992, et à l’approche de Rio+20, il y a eu les travaux GIEC et le protocole de Kyoto, bien sûr, mais tout cela est très fragile et avance tout doucement.

Je crois qu’il faut imaginer autre chose : des initiatives locales.

Dès lors, la Semaine du Développement Durable est positive : elle sensibilise les acteurs et pendant une semaine, elle pose une thématique unique. Elle permet de concentrer les attentions. Chacun peut ainsi voir le développement durable, pour ainsi dire, « à sa porte », sinon il reste lointain et abstrait. Cela donne du sens localement. Mais je crois qu’il est crucial d’imaginer une gouvernance au niveau des régions, des territoires, des villes : ceci permettrait aux citoyens de s’engager politiquement et de constater les résultats à l’échelle de leur territoire.

Pensez-vous que les changements impliqués par la prise en compte des notions de protection de l’environnement, de préservation de la biodiversité, nous mettent en face de nouvelles priorités?

Oui, la question essentielle devient : pouvons-nous nous permettre le luxe de nous développer encore au détriment de l’environnement ?

Deux flèches temporelles nous gouvernent, partant dans deux directions opposées.

Celle de l’entropie : on prélève plus de richesses qu’on en renouvelle ou en restaure…donc on se dirige vers l’épuisement des ressources naturelles et vers la destruction de l’environnement. Car nous sommes de plus en plus nombreux et énergivores, que nous produisons beaucoup de déchets non recyclables.

Mais l’autre flèche consacre le fait qu’on n’a jamais été aussi sachant, autant détenteurs de connaissances…Et ces connaissances peuvent nous permettre de restaurer les équilibres que nous sommes en train de détruire.

…Encore une dualité ?

Oui, une course contre la montre. Cette connaissance nous permettra t-elle un jour de gagner en maturité et de limiter, voire stopper, cette « prédation » qui entraine un épuisement des richesses ? Mais je veux être optimiste. J’espère en un « sursaut ». Le temps étant de l’argent, il faudra des investissements substantiels pour que ces connaissances se focalisent sur les sujets pertinents, et soient partagées à bon escient. Et ce n’est pas l’argent qui manque, il faut le mettre au bon endroit.

Dans les pays du Nord, les plus avancés, il semblerait qu’un grand nombre de personnes commencent à privilégier « l’immatériel » (que certains prétendent mesurer, voir le BIB, l’indice de « Bonheur Intérieur Brut ») ?

Oui, il faudrait peut-être modifier nos instruments de mesure. Le PIB, par exemple, apparaît assez incomplet, car il ne permet pas de prendre en compte la destruction du capital naturel, la dette écologique. On peut donc connaître une grande croissance associée à une grande pollution, …Il serait alors judicieux de sortir de cette idée de croissance stricto sensu, au profit de la notion de « prospérité » qui signifie alors également développement, niveau de vie préservé, mais aussi bien-être, richesses « immatérielles », société de la connaissance. Donc, c’est plus large : je préfère le mot « prospérité » à celui de « croissance économique », car il l’englobe et le dépasse. La question se pose donc d’une nouvelle métrique pour cette « prospérité ». De nombreux économistes y réfléchissent. Le sujet est installé.

Ceci dit, le PIB est un alphabet universel, relativement simple. Sera t-on capable de trouver un instrument aussi adéquat pour mesurer la « prospérité » ?

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Heureux les résistants aux antimicrobiens !

Posté par Professeur Marc Gentilini le 7 avril 2011

7 avril 2011, c’est la traditionnelle Journée Mondiale de la Santé pour marquer la création de l’OMS en 1948. Elle est consacrée, cette année, à la lutte contre la résistance aux antimicrobiens. Le thème ? « Agir aujourd’hui pour pouvoir encore soigner demain ». C’est un rappel à l’ordre légitime mais à qui donc s’adresse ce cri d’alarme ? A toute la population du globe ou seulement à celle qui a accès aux antimicrobiens ? car, pour être gaspillés, les antibiotiques, en particulier, ne sont guère, pour autant, partagés !

L’usage abusif de ceux-ci dans les pays riches, après avoir sauvé tant de vies humaines, est devenu dangereux entraînant inefficacité d’une part et émergence de souches microbiennes résistantes d’autre part.

Oui, à qui donc s’adresse ce message ? Seulement au quart le plus nanti de la population, même si on peut toujours arguer que des souches de bacille de Koch résistantes aux antituberculeux prolifèrent déjà dans les pays pauvres et dans les zones de grande précarité des pays riches.

Mais on oublie parfois de rappeler que les médicaments antibiotiques, antibactériens ou antiviraux, sont souvent proposés dans des conditions déplorables, dans les rues ou à même le sol, sur les marchés, sans aucun contrôle ni au niveau de leur fabrication (médicaments falsifiés) ni au niveau de leur date de péremption…

L’an prochain, délivrer un message annuel résolument international ?

Indispensable pour une santé mondiale efficace et cohérente, l’OMS « phare sanitaire du monde », aurait dû délivrer un message annuel résolument international mais ce phare fonctionne curieusement, avec des éclipses. La déferlante épidémique grippale, qui devait être un tsunami sanitaire, et qui a mobilisé autour du virus H1N1, en 2009/2010, toutes les forces vives de l’Organisation, a fait in fine beaucoup de bruit pour rien (mais pour cher), sans objectifs réels puisque l’apocalypse annoncée ne s’est heureusement pas produite. A cet exemple s’en ajoute un autre aujourd’hui : la résistance aux antimicrobiens qui, lui aussi, s’adresse aux pays industrialisés, dont les populations moins exposées aux maladies transmissibles n’en sont pas moins les mieux protégées. Moins de maladies et plus de médicaments, excès de consommation et gaspillage, la dérive est bien connue, n’est pas que médicale et se retrouve dans bien d’autres circonstances.

Notre vœu pour l’année prochaine est que le thème retenu lors de la journée mondiale de la santé 2012 soit universel et s’adresse autant aux malades des pays économiquement équilibrés qu’à ceux, beaucoup plus nombreux, des pays pauvres.

Ce n’est pas faire du misérabilisme que de rappeler qu’ils concentrent le milliard d’affamés, le milliard d’assoiffés, le milliard et demi d’hommes, de femmes et d’enfants n’ayant pas accès à l’assainissement, les huit cent millions d’illettrés et les deux milliards de personnes n’ayant pas accès à la chirurgie vitale…

Polémique déplacée, sans doute ; débat manichéen, peut-être ; mais…

Heureux les résistants aux médicaments,

car eux au moins ils y ont eu accès

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L’Eau pour les villes : répondre au défi urbain – Journée mondiale de l’eau

Posté par Jean-Louis Oliver le 22 mars 2011

Chaque année, cette Journée mondiale de l’eau souligne un aspect particulier de l’eau douce : en 2011, l’objectif est d’attirer l’attention internationale sur l’impact de la rapide croissance démographique urbaine, de l’industrialisation et des incertitudes provoquées par le changement climatique, les conflits et les catastrophes naturelles sur les installations d’eau urbaines.

Le thème de cette année, « L’eau pour les villes : répondre au défi urbain », vise à mettre en lumière et encourager les gouvernements, les organisations, les communautés et les individus à s’engager activement pour relever le défi de la gestion de l’eau urbaine.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : au début du 20ème siècle, 200 millions de personnes vivaient dans des villes, soit 14 % de la population mondiale ; depuis 2008 et pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, la majorité de la population habite aujourd’hui en ville ; et en 2050, la population mondiale devrait atteindre 9 milliards de personnes dont 4,5 milliards d’urbains, soit plus de 50 % de la population mondiale. La croissance exponentielle et anarchique des métropoles mondiales provoque le développement de zones de friche urbaine à la périphérie des villes, où s’installent des communautés humaines privées de l’accès aux infrastructures et aux services publics essentiels. La situation dans ces zones urbaines dégrade les conditions vie et la dignité humaine de leurs habitants, et accroit considérablement les risques sanitaires et sociaux.

L’approvisionnement en eau, la collecte puis l’évacuation des eaux usées et des eaux pluviales, la protection contre les inondations de ces villes, très souvent implantées à proximité d’une rivière, d’un lac ou de la mer, sont donc plus que jamais des priorités essentielles.

L’enjeu central est de canaliser la croissance de ces villes en donnant une vision globale planificatrice au développement urbain, avec des horizons successifs d’anticipation et fondé sur une continuité et une cohérence spatiales, dans le cadre d’une politique d’aménagement du territoire, régional, urbain et rural.

La gestion urbaine du cycle de l’eau y tient une place centrale, d’abord pour assurer l’accès à l’eau et à l’assainissement aux populations, y compris aux plus défavorisées ; mais aussi pour que l’eau devienne un élément structurant de l’espace et du paysage de la ville, à usage récréatif autour des bassins et fontaines dans les parcs et les jardins publics, mais aussi pour la gestion des risques, en aménageant les berges des rivières, avec au besoin des zones d’expansion des crues ou de stockage des eaux de pluie.

Tous les acteurs de la ville doivent être mobilisés

Tout comme les eaux de surface, les eaux souterraines, précieuse ressource mobilisable pour les populations, doivent faire l’objet de mesures de protection et de gestion intégrée et durable. La gouvernance urbaine de l’eau va bien au-delà de la seule intervention publique ; elle doit intégrer dans une même solidarité collective, les trois piliers du développement durable, économique, environnemental et social, en impliquant la société civile à l’échelle locale.

Une ville durable doit s’appuyer sur une stratégie globale concernant à la fois l’aménagement urbain et les politiques publiques mises en œuvre dans les domaines de l’éducation, la formation, la solidarité, l’emploi, etc.

Pour y parvenir, tous les acteurs de la ville doivent être mobilisés : élus, urbanistes, architectes, ingénieurs, sociologues, professionnels du bâtiment, des travaux publics, des services publics et des finances, associations, sans oublier les premiers concernés, les habitants eux-mêmes.

Il n’existe pas de modèle unique de ville durable ; chacune se construit dans un contexte géographique et historique, économique, social et culturel spécifique, en s’appuyant sur son histoire et ses racines, avec une vision de l’avenir portée par ceux qui l’habitent, dans une approche humaniste.

La rapidité du rythme de la croissance urbaine et de l’expansion des zones périurbaines s’impose aujourd’hui comme le plus grand défi pour l’accès à l’eau et à l’assainissement dans le monde.

C’est donc dans cette optique que le 6ème Forum Mondial de l’Eau, que la France et la Ville de Marseille se préparent à accueillir en mars 2012, doit permettre de renforcer la mobilisation de tous les acteurs publics, privés et associatifs concernés, en vue de répondre aux Objectifs du Millénaire pour le Développement dans ce secteur vital.

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Quel sera le nouveau Feu de Prométhée ?

Posté par Geneviève Ferone le 16 mars 2011

Une tragédie déjà maintes fois jouée

Depuis la nuit des temps, les mythes fondateurs les plus anciens ont parfaitement capturé l’essence de notre âme tourmentée et décrit la fragilité de notre existence. L’éternel « facteur » humain a traversé tous les âges, tissant inlassablement les mêmes drames, passant par les mêmes déchirures. Tout est appelé à se répéter à chaque instant de la vie, dans chaque civilisation, mettant en scène les éléments immuables d’une tragédie déjà maintes fois jouée. Pourtant derrière les terribles événements de ce début d’année 2011, révolutions et catastrophes naturelles, se dessinent pour la première fois avec une très nette acuité, l’extrême vulnérabilité de nos sociétés dans ce qu’elles ont en commun de plus précieux : l’énergie.

Une double irréversibilité marque le cheminement de l’humanité

Le système énergétique sur lequel tourne le monde engendre des conséquences irréversibles. La loi de l’entropie nous rappelle qu’il existe une flèche de temps qui oriente l’avenir dans une seule direction, celle de l’exploitation et de la dégradation du stock de ressources épuisables. Nous laisserons donc aux générations futures un patrimoine naturel très largement entamé et moins adapté à leurs besoins. Cependant, la loi de l’entropie n’est pas la seule flèche de temps qui gouverne notre évolution. L’augmentation de nos connaissances est tout aussi déterminante, bien que moins tangible. Le progrès du savoir humain est aussi un processus irréversible. Une double irréversibilité marque le cheminement de l’humanité : la ponction des stocks de ressources non renouvelables et l’accumulation des techniques et des savoirs.

Une course de vitesse

A partir de ces deux processus dynamiques, on peut décider d’une intensification des prélèvements à condition de disposer d’un niveau de connaissances suffisant pour assurer la pérennité du système ; en l’occurrence, la pérennité du système énergétique de la planète. Nous sommes pris dans une course de vitesse, il nous faut simultanément réduire la vitesse de dégradation des ressources et investir massivement dans la recherche, et en priorité sur tout ce qui pourra réduire l’intensité énergétique de notre niveau de vie et développer des solutions alternatives.

Tout semble être réuni pour affronter au mieux cette échéance. Pour autant, nous avons pu nous rendre compte à maintes occasions que nous n’utilisons pas toujours à bon escient l’information dont nous disposons pour organiser la transition dans les meilleurs délais. C’est exactement la situation à laquelle nous sommes aujourd’hui confrontés. L’enjeu réside dans la capacité de nos institutions à faire face à un problème plus grand qu’elles et face auquel, faute d’alternative à la fois technologique et politique, nous restons tétanisés et impuissants. Personne ne peut imaginer un monde sans énergie. Nous ne pouvons pas (encore) nous passer des énergies fossiles, nous redoutons l’énergie nucléaire plus que les menaces du changement climatique et les énergies renouvelables sont dérisoires à la maille de l’enjeu. Le Feu ancien s’épuise lentement ; dans son déclin il menace d’embraser la terre et de diviser les hommes. De quoi sera donc fait le nouveau Feu de Prométhée ? A aucun autre moment dans notre histoire, cette question ne s’est posée avec autant d’urgence, au point que les réponses qui seront apportées vont d’ores et déjà structurer la trame de la première moitié de notre siècle.

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La loi, un élément majeur dans la prévention des conflits

Posté par Fondation Chirac le 9 mars 2011

Maître Bernard Vatier, ancien Bâtonnier du Barreau de Paris, et membre fondateur de la fondation Chirac, succède à Arnaud Danjean comme Délégué général du Prix pour la prévention des conflits. Il répond aux questions de la fondation Chirac sur le rôle du droit dans la gestion des conflits.

Les instruments juridiques peuvent-ils contribuer à prévenir un conflit ?

La prévention des conflits s’instaure grâce à la mise en place d’une règle légitime pour tous ceux qui la servent, c’est-à-dire par la régulation d’une société, par une loi acceptée de tous ceux à qui elle est opposée et qui permet de gérer un conflit.

Toutefois, la loi n’est pas suffisante. Dans une structure sociale, il y a toujours des conflits, c’est pourquoi il est nécessaire qu’il y ait des médiateurs. Entre deux personnes, ce peut être un juge ; dans l’hypothèse d’une contestation entre deux collectivités, c’est plus complexe. Soit on règle une difficulté par la force et la violence et ensuite on maintient une situation par la contrainte. Soit on règle la difficulté par la médiation. C’est à ce moment que le droit a toute sa force. Pour prévenir une violence, il faut donc une loi légitime d’une part, et un médiateur légitime pour trancher le conflit. C’est un travail de juriste.

Avez-vous des exemples d’actions juridiques qui pourraient recevoir le Prix pour la prévention des conflits?

Des organisations internationales de défense des droits de l’homme, pourraient-elles être éligibles au Prix ? Elles dénoncent des anomalies par rapport à un système juridique. Mais cette dénonciation est-elle suffisante pour prévenir un conflit ? La question reste posée.

Un autre exemple d’action pourrait être l’Afghanistan : l’organisation sociale y a été décimée par des guerres, il faut y reconstruire un état de droit -élément majeur dans la prévention des conflits à venir.

Eh bien, il a fallu créer à Kaboul un barreau qui ne serait pas l’otage des groupes politiques et qui puisse avoir sa place dans régulation de la société et acquérir la légitimité voulue afin que l’état de droit puisse s’instaurer. C’est un travail de très longue haleine auquel les barreaux français et européens peuvent et doivent contribuer.

Sachant que la sharia est le fondement juridique de nombreux pays, et de l’Afghanistan notamment, comment concilier la notion d’état de droit d’un point de vue international avec cet autre système ? Parler d’état de droit international dans un pays de droit islamique ne risque-t-il pas de créer au contraire de nouveaux conflits ?

La sharia soulève en effet nombre de contestations. Elle correspond pourtant à l’état de droit local, lié à une religion : elle a en ce sens sa légitimité. Prévenir un conflit, c’est prendre en en compte la culture locale. On ne peut pas transposer la culture que nous avons acquise par l’histoire, ici en Occident, pour l’imposer et la calquer sur une culture qui est tout aussi honorable mais ne connaît pas nos principes.

Il faut faire très attention : la démarche occidentale porte un impérialisme culturel, destructeur d’un système de paix. Si nous calquons nos règles de droits, nous donnons à une collectivité des instruments juridiques qui ne sont pas les siens. On désaccorde alors ce qui devrait être harmonieux.

Je crois que nous avons nous, juristes occidentaux, à être extrêmement humbles, et je reproche aux juristes occidentaux de ne pas avoir cette humilité. Elle est un préalable à la reconnaissance d’une culture qui n’est pas la nôtre, mais à laquelle on peut néanmoins contribuer par l’expérience qui est la nôtre.

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De l’importance de préserver les forêts

Posté par Emmanuelle Grundmann le 3 mars 2011

Après l’année internationale de la biodiversité proclamée par l’ONU en 2010, c’est au tour des forêts de tenir le haut de la scène internationale. Certes, les années et les journées internationales se succèdent sans que parfois nous ne voyions le moindre résultat concret. Ces évènements, s’ils ont le mérite de mettre en lumière la forêt, l’eau potable, les droits des peuples autochtones entre autres, ils ont néanmoins un inconvénient majeur : celui de ne durer qu’un temps limité. Au risque d’oublier de continuer l’action et la sensibilisation, une fois l’événement passé.

L’eau de New York sauvée par la forêt

Les résultats, nous l’avons vu à Nagoya, n’ont pas été à la hauteur des enjeux de l’année de la biodiversité qui s’est achevée. Heureusement, 2011 peut être considérée comme une séance de rattrapage pour tous ceux qui ont refusé de voir dans la biodiversité, l’enjeu majeur de la planète pour notre futur.

Refuser la mise en place d’actions en faveur de la préservation de la biodiversité au nom du développement économique résulte d’une vision à très court terme doublée d’un non sens le plus total. Certes ces mesures peuvent paraître contraignantes de prime abord, cependant, elles seront les garantes d’une bonne santé économique et sociale sur le moyen et le long terme. Car la biodiversité nous rend des services, et pas des moindres. Celui d’approvisionnement en eau potable par exemple ou bien encore cette pollinisation, essentielle pour une grande partie de l’agriculture mondiale, sans oublier le nombre toujours croissant de substances médicinales découvertes parmi les animaux, les plantes et les micro-organismes. Une partie de ses services sont rendus possibles par les forêts et les espèces qu’elles abritent.

L’exemple de la ville de New York est à cet égard remarquable. Depuis toujours la ville était réputée pour son eau potable, gratuite. Une eau qui prenait sa source aux confins des forêts du nord de l’état, dans les montagnes Catskill. Cependant, cette région vit au milieu du 20ème siècle une importante extension des terres arables au détriment des écosystèmes sauvages, et tout particulièrement des forêts. Cette agriculture prenait alors le tournant de l’agro-industrie, terriblement gourmande en pesticides et engrais chimiques. Et, à la fin des années 1990, la pollution des sols et des nappes phréatiques fut si importante que l’eau était devenue impropre à la consommation. Cependant, la municipalité décida non pas d’opter pour une usine de traitement des eaux coûtant entre 6 et 8 milliards de dollars mais de restaurer l’écosystème dégradé des montagnes boisées des Catskill. Et ce, pour un coût de moins d’un milliard de dollars. Aujourd’hui, les 9 millions de personnes de la grosse pomme et de ses alentours peuvent à nouveau boire une eau potable de haute qualité.

En plus de ces services, n’oublions pas que ces forêts dans leur grande diversité (tempérées, boréales, tropicales et méditerranéennes) abritent encore 300 millions d’hommes et de femmes. Baka, Penans, Awà, Dongria Kondh ou encore Komi et Sami, la forêt représente leur garde-manger, leur pharmacie, leur maison, leur vie, leur âme. Et près de 2 milliards de personnes dépendent directement ou indirectement des ressources des forêts pour vivre. La surexploitation de ces écosystèmes et la déforestation sévère qui sévit dans certaines régions du globe met en péril la survie de toutes ces populations. Un constat que j’ai pu faire à de multiples reprises au fil de mes voyages et reportages.

La forêt, notre assurance vie pour l’avenir

Dernièrement, en Colombie, Juan et sa famille, des Kogis, m’ont longuement parlé du lien qu’ils entretiennent avec leur forêt. Une forêt dont ils connaissent les moindres recoins et les espèces qu’elle abrite. Cette forêt leur fournit tout ce dont ils ont besoin, ou presque. Ils ne pourraient vivre sans elle et ne manquent pas de la remercier pour tout ce qu’elle leur apporte.

Dans nos pays où la consommation s’est érigée comme valeur suprême, sans que nous le sachions, les forêts (et particulièrement celles de la ceinture tropicale) continuent à nous fournir de multiples produits et services dont nous ne pouvons nous passer. Cependant, loin de la remercier, nous la surexploitons, pire, nous la rasons.

Il faut espérer que cette année 2011 permette au grand public et à tous les acteurs, politiques, sociaux et économiques de mieux connaître ces écosystèmes et de mesurer à quel point ils constituent notre assurance vie pour l’avenir. Et, si nous voulons que cette année des forêts soit concrétisée par de véritables décisions politiques et économiques, ambitieuses, courageuses, nécessaires et à la mesure des enjeux que ces écosystèmes représentent, nous devons tous nous mobiliser. Cette année des forêts n’est pas celles de quelques personnalités, ONGS et Fondations dédiées à leur préservation. Cette année des forêts est la nôtre. De l’avenir des forêts dépendra également le nôtre.

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Journée internationale de la langue maternelle

Posté par Rozenn Milin le 23 février 2011

En l’an 2000, l’UNESCO proclamait le 21 février Journée internationale de la langue maternelle. Voilà donc plus de 10 ans que cette date est chaque année l’occasion de célébrer le multilinguisme et la préservation des langues en tant que patrimoine de l’humanité. L’occasion aussi de rappeler que chacun peut utiliser sa langue maternelle pleinement et librement en toutes circonstances, un droit fondamental qui malheureusement ne s’exerce pas encore librement dans bien des pays.

Les périmètres d’action de l’UNESCO sont l’éducation, les sciences et la culture. La question de la langue maternelle est particulièrement importante pour l’institution internationale dans deux de ces domaines : sur le plan culturel, bien entendu, puisque la langue est une part primordiale du patrimoine immatériel de tout peuple ; sur le plan de l’éducation, ensuite, car la langue d’alphabétisation est souvent cruciale pour la réussite des apprentissages scolaires.

Scolarisation dans sa langue maternelle

Posons donc ici les bases du débat : des études menées à travers le monde par divers organismes montrent qu’alphabétiser un enfant dans sa langue d’origine donne globalement d’excellents résultats, alors qu’imposer d’entrée de jeu la scolarisation en langue nationale ou dans une langue étrangère est une politique menant souvent à l’échec.

La linguiste finlandaise Tove Skutnabb-Kangas, de l’Université d’Helsinki, spécialisée dans l’éducation multilingue et impliquée en particulier dans des projets d’éducation en langue maternelle au Népal et en Inde, donne sur le sujet une analyse limpide :

« Si l’enseignement se fait dans une langue que l’enfant issu d’une communauté linguistique indigène (ou tribale, ou minoritaire) ne connait pas, cet enfant passe ses 2 ou 3 premières années en salle de classe sans comprendre grand-chose à ce qui est enseigné. Il peut répéter mécaniquement ce que le professeur dit sans comprendre, sans développer sa capacité à penser avec l’aide du langage, et en apprenant finalement presque rien des sujets qui lui sont enseignés.

C’est pour cette raison que beaucoup de ces enfants quittent l’école prématurément, sans avoir appris à lire et à écrire, sans avoir non plus développé la maîtrise de leur langue maternelle, et pratiquement sans avoir acquis aucune connaissance scolaire.

Alors que si l’enfant est scolarisé dans sa langue maternelle, il comprend les enseignements, apprend les cours, développe sa capacité cognitive et académique dans sa langue maternelle, et a de très bonnes chances de devenir une personne pensante et cultivée, qui pourra poursuivre son éducation. »

Des meilleurs résultats

La Banque Mondiale elle-même l’affirme dans le Sourcebook for Poverty Reduction Strategies (2001), en reprenant un rapport de l’UNICEF de 1999 :

« De nombreuses recherches montrent que les élèves apprennent plus vite à lire et à acquérir de nouvelles connaissances lorsqu’ils ont reçu un premier enseignement dans leur langue maternelle. Ils apprennent également plus rapidement une seconde langue que ceux qui ont d’abord appris à lire dans une langue qui ne leur était pas familière ».

Citons aussi les linguistes Thomas et Collier (1997) qui, se basant sur des études qu’ils ont menées à grande échelle sur le sujet, sont encore plus précis : ils ont constaté que les élèves issus de minorités linguistiques qui avaient reçu à l’école primaire l’enseignement le plus poussé dans la langue maternelle avaient aussi les meilleurs résultats… dans la langue nationale lors des tests nationaux standardisés menés dans les lycées.

Enfin, pour compléter le tableau, la linguiste Claire Moyse-Faurie, du LACITO/CNRS nous livre un autre argument :

« Le bénéfice est aussi social et culturel : le fait de parler à l’école la même langue que les parents permet à ces derniers de suivre l’apprentissage de leurs enfants, d’en discuter, de les aider, de s’impliquer dans la vie scolaire ; l’éducation en langue vernaculaire est une garantie que les enfants ne seront pas marginalisés dans leur mode de vie et éloignés de leur culture. »

Recommander l’usage de la langue maternelle dans l’alphabétisation et plus globalement dans l’éducation n’est donc pas une option fantaisiste, c’est une recommandation basée sur de multiples travaux de terrain. Au-delà des résultats probants de ces études, et même si certains peinent encore à les admettre, on pourrait ajouter qu’il s’agit là d’une simple question de bon sens. Et il est bien dommage que ces données ne soient pas mieux prises en compte car la réussite à l’école conditionne les chances d’amélioration du niveau de vie de millions d’enfants : une alphabétisation réussie est en effet leur meilleur atout pour ne pas être les laissés pour compte de la mondialisation.

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Les forêts tropicales dans le marché du carbone : chance historique pour le climat ou nouvelle source de «hot air» ?

Posté par Alain Karsenty le 10 février 2011

En 1997, à la veille de la conférence de Kyoto, on pouvait se demander si les négociateurs allaient privilégier l’instrument de la taxe carbone ou celui des marchés des permis d’émission pour diminuer les émissions de gaz à effet de serre. La solution du marché fut retenue, accompagnée de mécanismes de « flexibilité » comme le mécanisme de développement propre (MDP). Ces mécanismes étaient censés permettre d’atteindre les objectifs quantitatifs de réduction des émissions adoptés, mais à un coût moindre. Ces choix s’appuyaient sur les théories économiques qui indiquent que l’on peut, pour réaliser un objectif environnemental, choisir une régulation par les prix (la taxe) ou par les quantités (les quotas). L’existence possible d’un seuil dangereux de concentration qui ferait basculer le système climatique dans une dynamique incontrôlable plaidait plutôt pour une approche par les permis d’émission de type « cap-and-trade ». Malheureusement, le plafonnement des émissions n’a jamais été réalisé, faute d’une participation des pays émergents et du fait de diverses « échappatoires » comme le MDP.

Près de 10 ans après l’entrée en vigueur des mécanismes de flexibilité, il devient de plus en plus manifeste que ceux-ci ont surtout servi à différer des investissements de réduction des émissions et les adaptations nécessaires dans les modes de consommation et de transport dans les pays industrialisés, et qu’ils n’ont eu qu’une influence très marginale sur les objectifs ultimes de la convention climat. Le MDP a permis à une foule d’experts de faire de bonnes affaires mais n’a pas empêché l’ouverture, au côté des champs d’éoliennes, en Chine et ailleurs de centaines de centrales au charbon, contrairement aux espoirs de la fin des années 1990. L’économie politique d’un mécanisme dont la fiabilité dépend d’expertises rigoureuses appuyées sur la précision et transparence des informations mises à disposition par les entreprises a été totalement sous-estimée. La conception même de l’instrument, basé sur la constitution de scénarii « que se serait-il passé sans le projet ? » couplé à un marché où les bureaux certificateurs sont en concurrence auprès des entreprises candidates au MDP, ouvre la porte à des dérives de toute sorte que l’organisme régulateur n’a pas les moyens de contrôler. Quant à l’ambition de « développement », en principe condition sine qua non d’un projet MDP, elle a été vite abandonnée.

« Hot air » ?

Sans qu’un véritable bilan de ces dispositifs de marché n’ait été tiré par la Convention Climat (dispositifs critiqués, entre autres, par des personnalités aussi renommées que le climatologue Hansen ou l’économiste du changement climatique Nordhaus), il est possible qu’à Durban ceux-ci soient reconduits, voire que leur champ soit élargi aux forêts tropicales à travers le mécanisme REDD (Réduction des Émissions issues de la Déforestation et de la Dégradation). Or, la variation des taux de déforestation d’une période à l’autre dépend tout autant sinon plus des variations des prix agricoles et des incidents climatiques que de l’action publique, surtout dans les États « défaillants ». Les crédits carbone délivrés auront ainsi toutes les chances d’être le produit de circonstances plutôt que des choix d’action publique, ce qui génèrera encore plus de « hot air » et affaiblira le signal-prix, fondement du système d’incitation.

Il est possible d’envisager une autre architecture, tant pour le monde post-Kyoto que pour le mécanisme REDD, autour de la fiscalité. La création d’un fonds international de lutte contre la déforestation dépend seulement d’une décision concertée d’un certain nombre de pays, qui pourraient décider de l’abonder avec les fameux « financements innovants » qu’ils pourraient mettre en place chez eux. C’est l’idée de Georges Soros, qui plaide pour qu’un tel fonds soit alimenté, au moins dans un premier temps, par une taxe sur les billets d’avion – à l’instar du système mis en place à l’initiative de la France pour la lutte contre le sida – et qu’il finance également la transformation de l’agriculture dans les pays tropicaux. Ces mesures devraient viser également le soutien aux activités économiques valorisant durablement les différentes ressources forestières, mais aussi le domaine agricole (« intensification écologique ») et celui du foncier (droits opposables en faveur des paysans et des communautés face aux tentatives d’accaparement par l’agrobusiness). Et dans les États défaillants, rien ne sera possible sans commencer par reconstruire des capacités d’action publique et de restaurer un minimum d’état de droit. Autant de priorités de politique publique dont il serait illusoire d’attendre qu’elles soient traitées par le marché (du carbone).

Alain Karsenty
CIRAD

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Et le désert est redevenu un espace immense

Posté par Jacques Godfrain le 26 janvier 2011

Le Sahel n’est pas un désert d’hommes. Il en est partout, au bout et au bord de chaque piste, au coin de chaque dune. Pour qui connaît un peu (qui les connaît beaucoup ?) ces immensités, on sait que là vivent des hommes et des femmes inscrits totalement dans cette nature hostile, mais dont ils savent à la fois s’acclimater et faire des remparts.

Leurs richesses sont leurs troupeaux, faméliques loin des points d’eau, magnifiques à la saison ou près de la maigre végétation.

Depuis des décennies, les Européens ou les Africains ont compris l’importance et la richesse du monde pastoral. Les études sur les races animales tropicales sont anciennes, dans nos écoles vétérinaires, à l’Agro, à l’école vétérinaire de Dakar.

Ces soins, ces vaccinations, ces suivis des cheptels sub-sahariens ont tissé au fil des ans des liens étroits, intimes et confiants, entre ces populations et ceux qui contribuent à leur vie et parfois leur survie.

Et puis sont venus l’ajustement structurel, l’abandon progressif de l’agriculture comme première préoccupation des financiers, les gels budgétaires, les directives des grandes institutions.

L’Homme du désert a vite compris que l’état sanitaire de son troupeau n’était pas une priorité, et qu’il ne comptait guère dans la tête de ceux qu’il avait accueillis, en touristes, en frères, en amoureux des soleils couchants, et parfois pour lesquels les grands-parents étaient morts.

Et le désert est redevenu un espace immense.

Alors d’autres hommes sont venus, ont parlé, ont aidé, ont soutenu et souvent remplacé, par leur appui et leur sens de la fraternité, les hommes blancs.

Aujourd’hui, les circonstances exigent, non pas la contrition, mais l’action.

Les forces spéciales ne suffiront pas. Il faut absolument revoir nos positions sur l’agriculture et l’élevage. Un formidable organisme existe, l’OIE (L’Organisation mondiale de la santé animale (1)) pour lequel chaque année, budget après budget, on sent les tentatives d’amoindrissement financier.

Il faut renouer le dialogue avec ceux qui soignent et donc nourrissent.

Lutter contre la faim, c’est cela ; lutter contre les médicaments et vaccins factices, c’est cela et pas l’incantation.

Lorsque la sagesse des hommes sait l’emporter sur la force des choses, alors ceux qui enlèvent ou tuent n’ont plus leur place.

Prévenir les conflits, c’est montrer aux plus démunis que la vie au bout du compte permettra au berger d’espérer, au soir de sa vie, laisser un troupeau plus nombreux que celui légué par son père.

Jacques GODFRAIN
Ancien Ministre
Membre Honoraire du Parlement
Député suppléant de l’Aveyron

(1) L’Office international des épizooties a été crée en 1924 pour combattre les maladies animales, en 2003 l’Office est devenu l’Organisation Mondiale de la Santé Animale mais a gardé son acronyme historique OIE.

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Des solutions en énergie durable pour lutter contre la pauvreté

Posté par Rajendra K. Pachauri le 19 janvier 2011

Le faible accès à l’énergie est un cas très répandu à travers le monde ; il représente pourtant un aspect déterminant du développement. Malheureusement, la communauté internationale, et la plupart des gouvernements ne lui ont accordé que peu d’attention. Par le passé, des voix se sont élevées pour demander que l’accès à l’énergie devienne l’un des Objectifs Millénaires du Développement (OMDs), sans trouver la faveur de certains gouvernements. De cette situation, il résulte que près de 20 ans après le sommet de Rio, environ 1 milliard d’êtres humains continuent à ne pas bénéficier du courant électrique dans leur habitation. Davantage, bien plus de 2 milliards de personnes ont recours à la biomasse comme combustible de cuisine, souvent de qualité inférieure et dangereuse pour la santé de ceux qui s’exposent aux émissions nocives de ce type d’énergie.

Toutefois, de nos jours, on observe un surcroît d’intérêt pour ce sujet, à différents niveaux, de par le monde. Il résulte d’une inquiétude authentique s’agissant du bien-être des populations concernées. Inquiétude étendue à la possibilité de réduire les futures émissions de gaz à effet de serre des pays les moins avancés, actuellement privés d’énergies modernes, et qui selon toute vraisemblance, opteront pour les énergies fossiles au fur et à mesure de leur développement.

« Eclairer un milliard de personnes »

Dans ce contexte, le programme lancé par TERI pour approvisionner 1 milliard d’êtres humains en électricité, est une innovation majeure. (LaBL, « Lighting a Billion Lives », en anglais –NDT). Il propose des lanternes solaires, très efficaces et rentables, diffusées de différentes façons auprès des villages dépourvus d’électricité : elles sont par exemple mises en vente sur le marché. Ou encore, une femme est formée comme chef d’entreprise pour revendre et gérer la fourniture en électricité à tout un village : via l’installation de panneaux photovoltaïques sur son toit, elle leur loue pour la nuit les lanternes chargées.

Avec ce programme, TERI a ainsi équipé 600 villages en Inde et de nombreux autres dans diverses régions d’Asie, notamment en Birmanie. TERI vise également une implantation en Afrique, par exemple en Sierra Leone. La réussite d’un tel programme dépend, avant tout, des innovations émanant d’Institutions, du financement à grande échelle, de la formation et du renforcement des capacités.

Un programme tel que LaBL offre d’importantes perspectives de solutions pour l’approvisionnement propre et durable en éclairage. Et ce, pour des êtres humains qui n’auraient autrement aucun espoir de bénéficier rapidement d’électricité à leur domicile. Toutefois, des solutions énergétiques qui soient efficaces, qui préservent l’environnement, tout en comblant les besoins en électricité pour les populations pauvres, ne paraissent pas très brillantes.

Il est temps pour le monde entier, pour les organisations multilatérales en charge du développement, ainsi que pour les fondations d’entreprises, de se montrer résolus à lancer des initiatives sociales appropriées. Ainsi qu’à produire des efforts croissants d’innovation afin de prendre en charge une forme de privation qui semble totalement déplacée dans ce monde globalisé du 21ème siècle, en mouvement vers une croissance économique et des progrès technologiques.

RK Pachauri
Directeur Général, TERI
Président, GIEC

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