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En finir avec le « réchauffement climatique »

Posté par Fondation Chirac le 24 mars 2010

Si changement climatique il y a, quelle sera sa cartographie ? Chacun imagine bien que le réchauffement ou le stress hydrique ne seront pas identiques partout. Cependant la question de la carte du changement climatique n’est pas seulement une question pour scientifiques ou curieux. C’est une question politique : il en va de la capacité à convaincre, à mobiliser des esprits rendus sceptiques.

La tentation de renoncer à prévenir le changement climatique

S’il n’y a pas un fond d’évidence constatable dans les affirmations des scientifiques, alors on jettera le bébé avec l’eau du bain… D’autant que la tentation de renoncer à prévenir le changement climatique est grande : les Etats qui devraient se montrer exemplaires sont appauvris par la crise ; le monde s’est divisé ; chacun se replie sur soi et cherche de bonnes raisons de différer et de douter… Et si, par bonheur, le changement climatique était un mythe ? Chacun se prend à rêver d’une supercherie scientifique qui dispenserait de faire les pénibles sacrifices réclamés par le rapport Stern.

Alors comment convaincre les Européens de se mobiliser pour lutter contre le réchauffement après un hiver parmi les plus froids des dernières décennies ?

Et pourtant, ailleurs, le changement climatique n’a rien d’un mythe. La sécheresse dans le nord de la Chine est sans précédent. Une grande partie du Proche-Orient intérieur a soif. Il faut des trains de camions d’eau pour alimenter l’Est de la Syrie, là où l’agriculture pluviale est née et au presque plus rien ne pousse depuis trois ans.

Si l’on veut continuer à mobiliser, l’idée de changement climatique ne peut plus être seulement associée à l’idée de réchauffement. Elle ne devrait plus circuler aujourd’hui sans sa « carte », une carte d’identité précise, une carte qui puisse permettre à chacun de le reconnaître.

A quoi ressemble la carte du changement climatique

Que devrait-il se passer si la théorie est juste ?

- d’abord la continentalisation accrue aux latitudes moyennes : avec plus de pluie, de neige, d’inondations, de fraîcheurs sur les façades maritimes des moyennes latitudes, le phénomène étant plus net sur les façades occidentales des continents de l’hémisphère nord : les Etats-Unis, la Chine occidentale, le Japon. L’accentuation des précipitations devrait également se faire sur les massifs montagneux avec tous les dangers d’une torrentialité accrue pour l’aval. En même temps, aridité et sécheresse accrue dans le centre des continents : les grandes plaines américaines, notamment à l’Ouest du Mississippi, les plaines de haut plateaux de l’Eurasie du Don aux plaines du Nord-Est chinois…

- Ensuite l’aridité accrue aux tropiques avec peu d’exceptions et des conséquences pour la zone subtropicale : le Nord de l’Inde, la Méditerranée, l’Afrique du Sud, le Mexique et l’Amérique centrale vont connaître un accroissement presque généralisé du stress hydrique.

- Une situation plus compliquée autour de l’équateur avec des plus qui peuvent prendre des allures catastrophiques mais aussi des déficits localisés qui peuvent perturber l’équilibre d’écosystèmes fragiles.

Ces données, bien recensées par exemple par le German Advisory Council on Global Change méritent d’être mieux connues. Elles signifient que l’eau est au cœur des problématiques politiques de demain plus encore que ne l’avait prédit le rapport Camdessus, et que les investissements pour se ré-équiper, partout, vont être considérables. La solidarité pour l’eau, pour la prévention des dommages qu’elle peut causer, pour compenser et gérer les pénuries, pour assurer l’approvisionnement des villes, la solidarité pour l’eau est une politique d’une importance comparable à la prévention des émissions de gaz à effet de serre.

Retrouver des cartes réalisées par

German Advisory Council on Global Change

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Journée internationale des forêts

Posté par Stéphane Guéneau le 21 mars 2010

Poursuivre la gestion responsable des forêts

Le sommet sur les changements climatiques qui s’est déroulé il y a quelques semaines à Copenhague a mis une fois de plus en évidence le rôle des forêts dans les équilibres écologiques de notre planète. La déforestation est désormais reconnue comme une des principales sources d’émission de gaz à effet de serre. En cette année de la biodiversité, rappelons également que les forêts, notamment les forêts tropicales, sont les principaux réservoirs de biodiversité du Globe.

Pourtant, malgré les impacts écologiques évidents de la déforestation et de la dégradation des forêts, les gouvernements peinent à trouver des solutions permettant de résoudre ce problème. Les négociations de Copenhague montrent à quel point la coordination internationale est difficile sur ces grands sujets environnementaux.

Aussi, des dispositifs pragmatiques permettant d’agir, parallèlement à la négociation internationale ont été proposés et mis en œuvre depuis quelques années par des organismes non étatiques. La certification FSC (Forest Stewardship Council) est l’un de ces dispositifs soutenu par de grandes ONG. Il s’agit de garantir aux consommateurs que les produits bois ou papiers qu’ils consomment proviennent de forêts gérées de manière responsable. La présence du label FSC sur les produits est la preuve de cette sur garantie.

Près de 120 millions d’hectares de forêt sont certifiées FSC

Depuis la création du FSC, les surfaces de forêts certifiées ont progressé à un rythme élevé. A l’heure actuelle, près de 120 millions d’hectares de forêt sont certifiées FSC. Par rapport aux 13 millions d’hectares annuels de perte de forêts naturelles signalés dans les organisations internationales, ces surfaces peuvent paraître dérisoires. Mais dans ces millions d’hectares de forêts certifiées, les pratiques de gestion respectent les lois en vigueur et les droits des populations locales, portent une attention particulière à la protection de biodiversité, améliorent les conditions de sécurité et de travail, etc. Autant d’éléments qui sont documentés (1) et qui permettent de montrer les incidences positives de la certification FSC.

Stéphane Guéneau

Président de FSC-France

(1) Voir par exemple : Karmann, M., and Smith A., 2009, FSC reflected in scientific and professional literature. Literature study on the outcomes and impacts of FSC certification. FSC Policy Series No. 2009 – P001, FSC International Center


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Les scientifiques, les politiques et le tigre de Sumatra sont sur un bateau

Posté par Geneviève Ferone le 17 mars 2010

La remise en cause, parfois violente, des travaux du GIEC sur le changement climatique éclaire crument les lignes de faille de notre société confrontée à un enjeu de gouvernance sans précédent et une crise économique qui grippe les économies occidentales. Les débats sont entrés dans une très grande confusion et le champ des questions s’est déplacé, sans avoir du reste reculé.

Le sommet sur le climat a montré clairement les limites de nos institutions

Ainsi, avant Copenhague, la question centrale était de savoir comment contenir le réchauffement climatique en deçà de 2 degrés. Désormais, la question posée porte davantage sur la confiance que nous pouvons accorder à nos scientifiques, notamment lorsqu’ils s’engagent en faveur d’une responsabilité des activités humaines dans l’emballement de la machine climatique. Le sommet sur le climat a montré clairement les limites de nos institutions. Jamais ces 192 personnalités politiques ne se seraient réunies s’il n’y avait pas eu derrière elles les travaux du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), c’est-à-dire les savants, mais tous seuls les savants ne peuvent pas dire la politique. Deux groupes de personnes sont donc en jeu : un groupe d’experts qui savent mais qui ne sont pas élus, et un groupe d’élus qui ne savent pas.

Cette contestation ne doit absolument pas jeter l’opprobre sur la communauté scientifique dont nous avons un besoin de réhabilitation urgent. Simple phénomène d’isostasie, juste et sain retour à l’équilibre, ou malais plus profond ? Les profils de nos élites, celles qui décident aujourd’hui, ne sont pas assez pétris de culture scientifique et les visiteurs du soir sont parfois parfaitement incultes sur ces sujets. Pour avancer, il faudrait inventer une reconfiguration de ces deux profils. Celui du politique comme celui du scientifique, dont l’implication dans la vie de la cité est aujourd’hui impérative.

Nous courrons donc un grand danger, celui de jeter le bébé avec l’eau du bain trop pressés d’en finir avec un problème inextricable auquel nous souhaitons échapper.

Si nous résumons, nous observons bel et bien des anomalies climatiques et une érosion de la biodiversité mais l’homme n’y serait pour rien. Quel soulagement, nous allons enfin pouvoir reprendre le cours de nos activités normales débarrassés de ces relents de culpabilité entretenus par les tenants d’une écologie cléricale de plus en plus virulente. En effet, comment se battre à armes égales contre le soleil, les plaques tectoniques, les nuages et les océans, nous pauvres et frêles créatures. Tous nos efforts de frugalité et de nos petits gestes verts n’y changeront donc rien. Donnons du temps au temps. Laissons les scientifiques avancer dans l’exploration de notre planète, pas à pas. Nous pouvons adopter cette posture bien connue qui est que finalement, aucun problème ne résiste longtemps à une absence de solution. Il faudrait néanmoins éviter de l’ériger en modèle politique.

Les limites de la prospérité sont bien plus dépendantes du capital naturel disponible

Au nom de l’éthique du chercheur (heureusement certains en ont) et de la très grande complexité des domaines à peine explorés, la science ne fournira jamais une réponse sans marges d’incertitudes à destination de nos décideurs. Pendant ce temps, de plus en plus de personnes et d’industries, toujours plus performantes, accentuent leur pression sur les écosystèmes. Cependant, les limites de la prospérité sont bien plus dépendantes du capital naturel disponible que des prouesses technologiques actuelles ou à venir. Tandis que la technologie continue de repousser l’épuisement des ressources en produisant des matériaux qui semblent toujours de moins en moins chers, ceux-ci ne sont moins chers qu’en apparence, car la disparition des forêts, l’accumulation de déchets toxiques se déversant dans les rivières, l’appauvrissement des sols et l’érosion des cultures, ne sont pas comptés dans les coûts de production.

Le stock de capital naturel s’effondre

Ce ne sont pas les ressources de pétrole ou de cuivre qui commencent à limiter notre développement mais la « Biogée » comme l’appelle Michel Serres, c’est-à-dire la terre et la vie. Ce ne sont pas les limites de puissance des pompes mais l’épuisement des aquifères qui menace l’accès à l’eau. Nous pouvons multiplier les exemples.

L’humanité a hérité d’une réserve de capital naturel de 4 millions d’années. Au rythme actuel d’usage et de dégradation, il n’en restera que très peu à la fin du siècle prochain. Ce n’est pas une question de dogme ou de morale, mais d’un sujet de la plus extrême importance pour notre société et les êtres humains. Malgré les innombrables articles, livres et colloques traitant de l’état de l’environnement, le stock de capital naturel s’effondre et les services vitaux qu’il rend deviennent cruciaux pour notre survie.

Pour autant, notre instinct de survie n’est pas enclenché à l’échelle de l’humanité. Le tigre de Sumatra devra quitter son île. Entre la protection de son habitat naturel et les revenus de l’huile de palme, il n’y a pas de place pour le débat.

Le chômage fait beaucoup plus peur que la dégradation de l’environnement. Il frappe cruellement au cœur de chaque famille, de chaque pays. Nous partageons pourtant tous les mêmes combats sans nous en rendre compte, celui de la prospérité de notre espèce dans ses liens de dépendance avec la Terre.

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