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La nouvelle PAC devra aussi être un pacte avec les pays du Sud

Posté par Joaquin Munoz le 28 mai 2010

Alors que vont débuter les négociations en vue de la nouvelle politique agricole commune, nous voulons souligner qu’il est aujourd’hui impossible d’envisager la question agricole européenne sans examiner en même temps ses corollaires incontournables que sont la qualité de notre alimentation, le maintien de la biodiversité, le changement climatique et le développement des zones rurales dans les pays du Sud.

Il est d’abord urgent de réaffirmer la nécessité d’une politique agricole au Nord comme au Sud. L’agriculture n’est pas un secteur comme les autres. Elle est la base de notre alimentation et elle a un impact sur notre environnement, notre économie et nos territoires, tout en étant soumise aux aléas du climat. Elle est à la fois indispensable à la vie et constitue un élément d’identité structurant pour nos sociétés. C’est pourquoi elle doit être orientée par la volonté politique et non livrée aux seules lois du marché. C’est ce qu’ont bien compris les dirigeants européens de l’après-guerre lorsqu’ils ont décidé de créer la PAC.

Orienter l’agriculture européenne pour qu’elle ne produise pas de déséquilibres au Sud

Toutefois, les limites de cette politique se sont fait sentir dans les années 1980. Le soutien par les prix et les aides à l’exportation ont eu des effets pervers : impacts négatifs sur l’environnement et exportation des surplus de produits à bas coût aux pays en développement qui ont mis en péril leurs productions locales.

Malgré les réformes successives de la PAC, il est plus que nécessaire d’orienter l’agriculture européenne pour qu’elle ne produise pas de déséquilibres au Sud. En effet, si les politiques agricoles ont permis aux Etats-Unis et à l’Europe de protéger et développer leur agriculture, les pays en développement, poussés à l’ouverture de leurs frontières et à la dérégulation de leurs marchés par les institutions internationales, ont vu leurs agricultures désorganisées, découragées. Leur souveraineté alimentaire s’en est trouvée mise en danger.

C’est pourquoi la nouvelle PAC devra arrêter de monter les agriculteurs les uns contre les autres. S’il faut préserver une PAC en Europe, il faut aussi instaurer un véritable pacte avec le Sud.

Cela nécessite un changement d’approche : il faut passer d’une culture étatique à une véritable culture de coopération au sein des filières.

Passer à une véritable culture de coopération au sein des filières

Dans le monde, huit cent millions de paysans sont des agriculteurs familiaux. Ce mode de production traditionnel joue un rôle structurant fondamental dans les sociétés. Là où c’est le cas, afin d’éviter des exodes massifs, il est crucial de préserver ce modèle. Il importe même de le renforcer et d’en faire un pilier de l’organisation des agricultures en encourageant le regroupement en coopératives, lesquelles pourront à leur tour mettre au point des formes d’organisation sectorielles, d’abord à l’échelle nationale, puis dans les sous-régions. Ces organisations pourront alors prendre part à des processus participatifs pour impulser des régulations des marchés.

Les marchés du commerce équitable sont aujourd’hui l’exemple que ces régulations sont possibles. Dans ce cadre, des prix planchers garantis sont décidés à l’issue de consultations qui incluent les réseaux de producteurs ainsi que les autres acteurs économiques de la filière.

Ainsi structurés, les acteurs économiques peuvent acquérir une réelle connaissance des marchés et de leurs enjeux. C’est en effet l’une des conditions nécessaires de l’équilibre de la concurrence : qui détient l’information détient le pouvoir. Les choix de productions peuvent ainsi être faits en conscience.

Un pacte sur l’agriculture entre l’Europe et les pays du Sud devra aussi inclure une gestion durable des territoires par les communautés qui y vivent et un véritable cahier des charges environnemental permettant de promouvoir les modes de production durable qui préservent les écosystèmes.

Faire émerger des parties prenantes organisées au Sud

A l’implication des producteurs dans les filières devra s’ajouter la sensibilisation de citoyens-consommateurs plus conscients des enjeux et des conditions de production. Les produits agricoles ne doivent plus être considérés comme de simples flux de produits interchangeables. Leurs prix doivent intégrer le coût de la survie et du développement du producteur, celui de la gestion des territoires. Ils doivent aussi tenir compte des coûts cachés comme celui de la pollution, de la perte de biodiversité, qui ne doivent plus être endossés par les contribuables ou par les générations futures.

Ces mesures sont déjà expérimentées avec succès dans ce laboratoire à taille réelle que constitue le label international du commerce équitable Fairtrade / Max Havelaar. Elles pourraient inspirer les futures politiques agricoles au Nord comme au Sud, notamment au niveau de la gestion des filières agricoles transnationales. Il faudrait pour cela dépasser plusieurs écueils. Le premier est celui de l’absence de parties prenantes organisées au Sud dont il faudrait susciter l’émergence tout en résorbant les problèmes de corruption. Cela passe par le renforcement de la vigilance de la société civile dans de nombreux pays du Sud.

Il faudrait aussi changer de paradigme en sortant les denrées agricoles de la logique de libéralisation absolue des négociations de l’OMC. Enfin, il faudrait investir, d’une part pour améliorer les rendements dans la durabilité écologique ; d’autre part pour réinstaurer des instruments de régulation des matières premières agricoles.

Joaquin Muñoz

Directeur / Executive director

Association Max Havelaar France

www.maxhavelaarfrance.org

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Terre promise

Posté par Daniel Nahon le 20 mai 2010

Daniel Nahon est Professeur à l’université Paul Cézanne, Professeur honoraire de l’Institut Universitaire de France, Ancien directeur général de la recherche au ministère, Ancien président du Cirad

Depuis que l’homme a pris possession des terres émergées, la malnutrition est à l’état endémique. Parfois la crise devient aigüe et des famines catastrophiques déciment périodiquement des pans entiers de l’humanité. Encore récemment des détresses alimentaires sont venues nous rappeler que des peuples souffrent, que des hommes meurent. Tous les spécialistes s’en mêlent aussitôt et les médias en font échos. Tout est dit… ou presque !

Le problème est simple à poser. Et si difficile à résoudre sans la détermination des hommes des pays nantis ! Il faudrait sortir chaque année environ 22 millions de personnes de la malnutrition et l’on n’en sort que 6 millions alors que chaque semaine s’ajoutent 2 millions de bouches à nourrir supplémentaires. Si bien que les affamés qui en 2001 étaient près de 850 millions atteignent 1 020 millions en 2009. Une augmentation de 25% en moins d’une décennie. Presque un humain sur sept souffre de la faim et 29 000 personnes en meurent chaque jour, dont une majorité d’enfants. Ces chiffres sont étourdissants et pourtant réels. Tout un autre monde qui s’éteint sans bruit au cœur du monde !

Le sol et l’eau : deux ressources naturelles essentielles et indissociables

Mais qu’avons-nous en face pour nourrir les êtres humains et notamment les plus démunis ? Le sol et l’eau ! Deux ressources naturelles essentielles et indissociables qui si on n’y prend garde limiteront la production alimentaire en 2025.

Sur les 14,84 milliards d’hectares de terres émergées, en tenant compte des surfaces recouvertes de glace, de sables vifs, de roches à nu, de lacs ou mers intérieures, les sols en eux mêmes ne couvrent que environ 11,5 milliards d’hectares (un hectare correspond à 10 000 m2, soit un carré de 100 mètres de côté) dont seulement 2,5 milliards sont arables. Pas plus, pas moins ! Les sols dans leur plus grande part ne sont donc pas cultivables car situés dans des zones trop en pente, dans des régions trop froides, voire glacées (permafrost), dans des aires trop arides, trop humides, ou tout simplement parce que les terres sont trop pauvres ou trop peu épaisses. 2 500 millions d’hectares, c’est peu : environ 50 fois le territoire français. Et déjà près de 1 600 millions d’hectares sont cultivés, parmi lesquels 70 millions sont dévolus aux biocarburants, 300 millions d’hectares sont irrigués dont 50 millions devenus inexploitables par salinisation excessive. Bien plus, ce sont chaque année pas moins de 8 millions d’hectares de terres arables qui sont soustraites par maltraitance, par destruction, par ignorance : 6 millions d’hectares sont ainsi abandonnés par perte de fertilité suite à la déforestation, à l’érosion, à la salinisation… et 2 millions sont perdus par urbanisation. À en croire même les chercheurs de l’INRA qui se basent sur une moyenne calculée sur les 25 dernières années du XXe siècle, ce sont 12 à 16 millions d’hectares de sols à cultiver qui disparaitraient chaque année. La désertification quant à elle progresse aux dépends de terres arables ou non fertiles au rythme de près de 14 millions d’hectares par an, presque autant que les forêts disparaissent !

La terre féconde s’épuise sous nos yeux !

À l’évidence le sol n’est pas une ressource renouvelable à l’échelle humaine : sa vitesse de formation se mesure en dizaines de millénaires et pour les plus épais situés dans les zones humides tropicales en centaines de milliers d’années, ce qui en fait les plus fragiles alors que les « réserves » en terres arables se situent dans ces régions. La terre féconde s’épuise sous nos yeux ! Elle fait le plein de nos déchets, de nos oublis, mais cela ne suffit pas. On veut produire plus, alors on la sature de vitamines chimiques de toutes sortes : engrais, pesticides. La terre n’en peut plus, elle se dépeuple de ses micro-organismes qui y vivent par milliards dans chaque centimètre cube, jouant un rôle d’assistante sociale entre les plantes, régulant les toxines et les métaux lourds, démontant toute la matière organique morte de la litière pour en restituer des molécules assimilables par les racines de plantes. Sans les bactéries et les microchampignons, la Terre serait jonchée de cadavres !

Enfin tout ce petit monde contrôle environ 50 % des émissions de gaz à effet de serre : gaz carbonique, méthane, oxyde nitreux, vapeur d’eau. Une terre sans cette biodiversité ne serait plus productive. Et l’homme situé au cœur de ce tissu vivant ne pourrait plus nourrir ses semblables. Il faut endiguer cette effusion de terres arables et les garder en vie. Elles sont pourtant si précieusement comptées pour nourrir le monde. Le sol émet et capte les gaz à effet de serre. C’est le plus grand moteur du monde. C’est lui qu’il nous faut réguler en premier.

Chaque jour un peu plus d’eau salée et un peu moins d’eau douce

De nombreux travaux récents viennent nous alerter sur la consommation mondiale excessive d’eau douce. Notre planète possède 35 millions de km3 d’eau douce dont environ 70 % sont stockés sous forme de glace donc inaccessibles pour notre consommation de tous les jours. Les 30 % restant remplissent lacs et marais, saturent l’atmosphère de vapeur d’eau et se condensent en précipitations, coulent dans les rivières, les fleuves et les nappes souterraines. Chaque année, l’homme y puise pour ses besoins 7 450 milliards de m3 (7 450 Gm3/an) dont 86 % exploités à des fins de production agricole. L’eau douce entre dans le cycle global de l’eau et apparaît comme une ressource naturelle renouvelable. Mais voilà, la consommation d’eau douce par personne a été multipliée par deux en un siècle et en l’utilisant à outrance notamment pour l’agriculture, l’eau change de statut : il y a chaque jour un peu plus d’eau salée et un peu moins d’eau douce. Et celle-ci commence à manquer dans certaines parties du monde, là où l’eau de pluie tombe insuffisamment car les hommes tirent dans les réserves que sont les fleuves et les nappes profondes pour irriguer et s’alimenter. 20 % des terres cultivées sont irriguées et produisent à elles seules les deux tiers de la nourriture mondiale. Dans la prochaine décennie, il faudrait près de 1 000 milliards de m3 d’eau d’irrigation supplémentaire et cinq fois plus pour subvenir aux besoins alimentaires de la population qui se profile en 2050. Et le réchauffement climatique vient exacerber cette pénurie annoncée d’eau douce.

Il existe pourtant des solutions.

Pour les aborder, il nous faut regarder sous nos pieds. L’avenir de l’humanité est toujours là et non dans la simple analyse économique des systèmes de production. Le sol et l’eau qui y pénètrent sont comptés. Il faut les protéger et apprendre aux hommes qui s’en occupent, à les préserver. Car bientôt ces hommes, cultivateurs, éleveurs, ne seront plus qu’une poignée de quelques centaines de millions et devront veiller à ce que dix milliards de personnes dont 80 % de citadins ne meurent pas de faim. Donner un prix au sol arable et à l’eau douce, apprendre à les économiser, inventer des plantes qui économisent la goutte d’eau, la molécule de pesticide, protéger la vie microbienne que la terre recèle.

Alors que le sol et l’eau ont constitué le soubassement fécond qui a permis à l’humanité d’éviter la paucité puis de se développer en civilisations ingénieuses et innovantes, ils sont aujourd’hui maltraités et mis en péril. C’est là que se situe l’ambigüité du comportement humain. L’homme ne peut pas laisser mourir en silence ces deux ressources sans en subir directement les conséquences. Le temps est lui aussi compté en décennies avant d’atteindre un seuil au delà duquel tout deviendrait irréversible et même la science y perdrait pied. Une prise de conscience collective est urgente certes, mais il faut que nos grands dirigeants montrent la voie de passage.

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La diversité culturelle et ses succès… sur le territoire français aussi !

Posté par Rozenn Milin le 18 mai 2010

Les Français sont connus à travers le monde pour être de grands donneurs de leçons, prompts à juger ce qui se fait ailleurs et à distribuer bons et mauvais points. Le terrain de la diversité culturelle n’échappe pas à cette règle : nous aimons penser que nous sommes les garants de la pluralité et de la liberté d’expression, et nous nous inquiétons de l’appauvrissement de la diversité planétaire qui va de pair avec la mondialisation. Mais à y regarder de plus près, il est bien plus facile de se préoccuper de ce type de problème quand il concerne de lointains pays que lorsqu’il se pose sur notre propre territoire : la distance géographique rend en effet ces cultures plus mystérieuses, plus singulières, et donc plus séduisantes, plus précieuses, en quelque sorte.

La diversité culturelle : sur le territoire français aussi

Pourtant, les cultures régionales qui nous entourent sont aussi dignes d’intérêt, et ceux qui se battent pour que ces cultures et ces langues trouvent une juste place dans notre société connaissent quelques succès qu’il est intéressant de relever.

Le Figaro a fait paraître récemment son palmarès 2010 des lycées de France, et les résultats de cette étude ont certainement surpris beaucoup de lecteurs du journal. Les lycées arrivant en tête n’étaient en effet pas les « grands » lycées parisiens, mais, pour le premier, un lycée de Beaune en Bourgogne, et pour le deuxième le lycée « Diwan » de Carhaix dans le Finistère.

La réussite de l’éducation en langue régionale

Diwan est un ensemble d’écoles associatives et gratuites, allant de la maternelle à la terminale, créé en 1977, et dont la principale caractéristique est que la langue de base de l’enseignement est… le breton. La méthode pratiquée est celle de l’immersion : le français est progressivement introduit à partir du CE1 ; au collège, l’enseignement se fait aux deux-tiers en breton pour un tiers en français ; et à partir de la quatrième, l’anglais devient langue d’enseignement de certaines matières.

Pour qui a eu l’occasion de visiter ou de fréquenter ces écoles, ce qui frappe d’emblée est l’esprit d’ouverture : des adolescents parlant couramment anglais, des cours d’arabe au fin fond de la Bretagne, une pratique musicale généralisée, etc.

Et les résultats sont là : en français, les évaluations nationales en CE2 et en 6ème montrent que le niveau des élèves des écoles Diwan est globalement supérieur à la moyenne nationale. En 1992, huit premiers collégiens passaient le brevet des collèges ainsi que le First Degree of Cambridge avec un taux de réussite de 100%. Et en 2010, Le Figaro classe le lycée Diwan de Carhaix « 2ème meilleur lycée de France » parmi 1930 établissements.

Sélection drastique ou accompagnement des élèves ?

Pour ceux qui s’étonneraient de ce dernier résultat, sachant que le taux de réussite au bac de 2009 n’est « que » de 99% dans ce lycée alors que des établissements plus prestigieux comme Louis Le Grand ou Henri IV obtiennent 100%, une explication s’impose : le taux désormais affiché est le « taux de cohorte », considéré plus significatif. Le taux brut de réussite au baccalauréat peut en effet résulter d’un écrémage drastique en amont et plusieurs autres éléments sont donc désormais pris en compte, notamment le taux d’accès des classes de seconde et de première au baccalauréat et la proportion de bacheliers parmi les sortants. Il s’agit bien ici de mesurer l’accompagnement global des élèves depuis leur entrée en seconde, la volonté de faire que l’ensemble des éléments aboutisse positivement sa scolarité sans procéder à une sélection drastique et systématique visant à afficher des chiffres sans faute au bac.

Les résultats de cette « modeste » école qui trace son chemin au fil des années montrent donc sans équivoque que l’éducation en langue régionale a fait ses preuves. Au-delà de cette réussite formelle, il est important de signaler également que, contrairement à ce qu’affirmaient certains leaders politiques ou syndicaux il n’y a pas si longtemps, ces écoles ne sont pas discriminantes puisqu’elles cherchent au mieux à accompagner les élèves quelles que soient leurs capacités de départ. Parions aussi que les jeunes qui en sortent sont prêts, précisément, à affronter le monde dans toute sa diversité, sans jugement de valeur et avec une grande ouverture d’esprit.

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Et si nous reparlions de la taxe carbone ?

Posté par Geneviève Ferone le 4 mai 2010

La vulnérabilité de notre société confrontée à des événements extrêmes

Quel point commun peut-il exister entre un volcan islandais et une marée noire dans le golfe du Mexique ? En apparence aucun. Pourtant à y regarder de plus près, il existe des similitudes entre d’un côté un phénomène naturel et de l’autre un accident industriel. Nous pouvons y voir le reflet de la vulnérabilité de notre société confrontée à des événements extrêmes qui soulignent crument notre état de dépendance. Serait-il opportun de reprendre un débat serein sur la taxe carbone qui vise justement à sortir progressivement de cet étau ?

Evoquée au cours de la campagne présidentielle dès 2007, inspirée du modèle suédois et pièce maîtresse du Grenelle de l’environnement, la taxe carbone a été brutalement escamotée de l’agenda parlementaire, laissant un arrière goût d’inachevé. Ces dernières semaines, le débat s’est durci jusqu’à la caricature. Le coup de semonce du Conseil Constitutionnel a ouvert une brèche politique impossible à colmater. Pourquoi ce qui devait être une mesure phare du quinquennat semble être aujourd’hui largement compromise ? Pourquoi avons-nous tous collectivement raté cet exercice de pédagogie sur les ressorts et les enjeux liés à cette nouvelle forme de fiscalité?

Pour rappel, ce qui est aujourd’hui reporté aux calendes européennes, est un projet de taxe dont l’objectif principal était de porter un signal-prix fort à la consommation finale des énergies fossiles sur deux fronts :

  • faire évoluer progressivement nos habitudes de consommation sans affecter le pouvoir d’achat
  • tout en encourageant les investissements dans les emplois et les brevets de la croissance verte.

Progressivement, la barque a été trop chargée et la cacophonie s’est installée. Les objectifs assignés à cette taxe carbone, se sont multipliés ce qui a nui à la lisibilité du projet, devenu trop complexe, nourri d’exemptions et d’exceptions. Les Français ont fini par y voir une taxe de rendement supplémentaire, un simple tour de passe-passe budgétaire destiné à renflouer les caisses de l’Etat, vidées par l’incurie d’une poignée d’acteurs économiques indélicats.

Une victoire à la Pyrrhus, un simple trompe l’œil de court terme

Nous avons donc raté l’occasion de nous engager dans une fiscalité environnementale ambitieuse ; l’idée de moins taxer le travail et davantage les sources de pollution en général, ne rencontre pas d’adhésion. Ainsi, l’abandon de la taxe carbone passe pour une grande victoire en faveur du pouvoir d’achat ; c’est une victoire à la Pyrrhus, un simple trompe l’œil de court terme. Les chiffres sont têtus. Tout se passe comme si nous ne voulions pas croire à la réalité des processus physiques qui sous-tendent les fondamentaux de notre économie. Avec le retour de la croissance, que tout le monde espère légitimement, nous aurons aussi des besoins croissants en énergie, majoritairement d’origine fossile. Rappelons que la France importe 99% de son pétrole et 97% de son gaz. Notre parc nucléaire ne représente que 30% de la consommation d’énergie primaire de notre pays. Nous sommes placés dans une situation de très grande vulnérabilité concernant les prix de l’énergie et nous n’aurons pas d’autre choix que d’en subir la hausse inexorable. Les plus faibles foyers seront les premiers à en souffrir au quotidien et les entreprises vont différer sine die les efforts de restructuration de leur outil de production, gage de pérennité et compétitivité.

L’économie mondiale doit se mouvoir dans une forte incertitude sur les enjeux climatiques et énergétiques. Certes la volatilité des opinions alimente en retour le caractère velléitaire du monde politique. Nous devons cependant agir maintenant et fortement en faveur d’une politique de développement durable ambitieuse et socialement acceptable. Ce qui est en jeu, n’est pas la sauvegarde d’une planète sanctuarisée mais notre capacité à inventer un nouveau modèle social et économique compatible avec un partage équitable, et si possible démocratique, de ressources sous tension.

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