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Avons-nous besoin de la Nature pour être heureux?

Posté par Geneviève Ferone le 7 juin 2010

En ces temps en peu moroses dominés par les atermoiements politiques et scientifiques sur les sujets environnementaux, d’où pourrait venir un peu de réconfort ?

Loin des calculs et des modélisations fastidieuses de nos climatologues de tous bords, agnostiques, sceptiques, ou apostats, pourrait-on rentrer dans la question écologique par une autre voie, celle des sciences humaines ? Existe-t-il une écologie qui rend heureux, une écologie légère réconciliant l’homme avec son milieu naturel ?

Nous sommes convaincus que la beauté est structurante. Vivre dans un bel environnement, indépendamment du caractère éminemment subjectif du beau, est source de bien être et d’apaisement. Certains environnements naturels ont des fonctions clairement curatives car ils permettent de mettre à distance nos difficultés et nos problèmes, créant une sorte de frontière psychologique au-delà de laquelle s’ouvre un nouvel espace temps.

Les sciences comportementales ont largement mis en évidence les qualités esthétiques des lieux qui exercent une fascination tranquille sur ceux qui les traversent ou les contemplent.

Question : un homme connecté à la nature est-il un homme plus heureux, en meilleur santé et d’une façon générale plus affuté ?

Selon le biologiste américain Edward Wilson père du concept de « biophilie », littéralement du grec ancien, qui se lie d’amitié avec la nature, l’homme éprouve une attirance pour la nature qui est l’expression d’un besoin inné d’établir une relation avec le monde vivant.

Nous savons déjà parfaitement que l’homme entretient un rapport utilitaire à la nature dont il a besoin pour sa survie. Même séparé, du moins en apparence, l’homme éprouve toujours une véritable attirance culturelle, esthétique pour son environnement naturel.

Mais le concept de « biophilie » va plus loin. Il laisse entendre que nous avons gardé dans nos gènes, la mémoire de ses millions d’années où l’homme n’a fait qu’un avec son environnement naturel. Dès lors, même déconnectés en milieu urbain artificialisé, nous gardons cette mémoire, cet affect particulier. Ainsi, des expériences menées en psychologie comportementale selon des protocoles très rigoureux ont montré que le fait d’être en contact avec la nature, au sens large, avait un effet bénéfique sur le bien être. Une chambre d’hôpital ou un bureau, avec vue sur un paysage naturel augmenterait cette sensation d’apaisement et diminuerait le stress.

Bonheur et environnement ne sont pas incompatibles, bien au contraire

Si cette hypothèse est vérifiée, alors l’homme amputé de ce rapport aux choses naturelles serait un être auquel manquerait une source de développement personnel et de bonheur. Paradoxalement, cet être serait en manque d’humanité, ne pouvant se (re)connecter à sa nature profonde ; Jean-Jacques Rousseau apprécierait…

Avant de s’enfoncer plus loin dans le grand essorage de la planète, regardons aussi le débat sous cet angle. Bonheur et environnement ne sont pas incompatibles, bien au contraire. Nulle place ici pour des lamentations stériles sur le paradis perdu par la faute les hommes. Laissons ces chœurs de côté. Il s’agit plutôt de retrouver la voie du bonheur, de la légèreté et de la grâce. Le rapport pacifié avec la nature est une composante de ce cheminement. Il est dans l’intérêt de tous de ne pas altérer irrémédiablement ce lien universel : entre moi et moi-même, il y a la nature.

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Journée mondiale de l’environnement – 5 juin 2010

Posté par Emmanuelle Grundmann le 5 juin 2010

La journée de l’environnement ne devrait pas exister. Pourtant, le 5 juin de chaque année, il demeure essentiel de rappeler à tous – citoyens mais aussi et surtout politiques – à quel point l’état de santé de notre planète est crucial. Pour l’environnement et son corollaire la biodiversité, mais aussi pour nous qui l’habitons, qui utilisons ses ressources et trop souvent la maltraitons. Car de la qualité de cet environnement naturel dépend notre alimentation, notre santé, notre survie. Malheureusement, que cette journée mondiale de l’environnement existe, démontre à quel point le chemin reste encore long à parcourir pour susciter une plus grande prise de conscience envers la nature qui nous entoure.

Préserver l’environnement, c’est cotiser à une assurance vie pour le futur

Ce 5 juin 2010 est marqué par les millions de litres de pétrole qui se déversent au large du golfe du Mexique mais n’oublions pas pour autant d’autres drames qui se déroulent dans la plus grande indifférence médiatique. A Madagascar, au Mozambique et dans bien d’autres pays, des terres sont bradées à des multinationales étrangères privant les populations de leurs ressources agricoles et les plongeant encore un peu plus profondément dans l’insécurité alimentaire. La marchandisation de l’eau s’accélère tandis que plus de 880 millions de personnes n’ont pas accès à l’eau potable. Les forêts tropicales et boréales se rétrécissent comme peau de chagrin par une exploitation trop souvent débridée pour satisfaire une recherche du profit à court terme. Exploitation qui prive de nombreuses populations de leurs ressources, de leur lieu de vie, de leur culture. La liste des atteintes à l’environnement est longue, trop longue et s’accompagne irrémédiablement de catastrophes sociales et économiques pour les peuples qui n’ont d’autres ressources que cet environnement et en dépendent quotidiennement.

Préserver l’environnement, c’est cotiser à une assurance vie pour le futur. Le nôtre mais aussi celui de tous ces petits peuples qui voient leurs langues et leur cultures se dissoudre dans la mondialisation. C’est pourquoi l’accès à l’eau et à une santé de qualité, la lutte contre la déforestation et la désertification ou encore la défense de la diversité culturelle qui comptent parmi les projets développés et soutenus par la fondation Chirac devraient être une priorité de tous afin que dans l’avenir, il n’y ait plus besoin d’une journée de l’environnement.

Emmanuelle Grundmann

Primatologue et journaliste scientifique

Découvrez le site internet d’Emmanuelle Grundmann et Cyril Ruoso

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