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Gérer la forêt Durablement : l’approche modèle du Forest Trust

Posté par Tristan Lecomte le 20 octobre 2010

Selon le WWF, 40 % des importations de bois en France sont illégales. Le manque d’information sur les enjeux de l’éco-certification explique ce comportement. Il y a là un levier d’action puissant pour lutter efficacement contre la déforestation incontrôlée à travers le Monde. Le Forest Trust (TFT) est une organisation non gouvernementale reconnue dans ce domaine, et un partenaire privilégié de la Fondation pour son volet “lutte contre la déforestation et la désertification”.

L’originalité de TFT est d’aborder le problème de la déforestation en ayant une approche sur l’ensemble de la filière. A quoi bon sensibiliser les consommateurs à l’achat de bois durable si les filières ne sont pas mises en place et contrôlées efficacement en amont ? Comment encourager l’industrie forestière à de meilleures pratiques sans aide technique sur le terrain et sans incitation par le marché en aval ?

Les étudiants de la promotion Moabi sur un chantier d’exploitation forestière.2Ainsi, TFT agit de bout en bout de la chaîne de valeur du bois, pour en assurer une bonne gestion. En améliorant les conditions de plantation, de coupe et de vente du bois, on passe d’un situation où la déforestation aggrave le réchauffement climatique et entraîne les populations vers une paupérisation croissante (ceux-ci ne bénéficiant que marginalement des retombées de la vente illégale du bois), à une situation vertueuse de gestion durable de la forêt, d’augmentation de sa capacité de séquestration du CO2 et de valorisation de la filière au profit de tous.

C’est l’esprit du Centre d’Excellence Sociale de gestion durable des forêts au Cameroun, financé en partie par la Fondation. Ce centre est lié à une concession forestière, la plus grande de la région, pour la première fois en Afrique, le certificat FSC garantissant une gestion durable de l’exploitation. Celle-ci prend par ailleurs en compte les droits et les modes de vie des communautés locales qui sont directement impliquées, via, en particulier, une radio communautaire. L’objectif du centre est d’étendre le projet a plus de 7 millions d’hectares en impliquant et en formant plus d’une dizaine d’entreprises forestières locales à la gestion durable de la forêt.

Le TFT suit la même approche dans de nombreux pays dont le Laos, où nous avons pu mieux appréhender la valeur ajoutée du TFT sur le terrain : formation des communautés et des industries forestières à une plantation et une coupe optimisée et gérée durablement du bois, renforcement du lien et de la traçabilité, avec les acheteurs de bois soucieux de l’environnement dans nos pays.

La forêt n’est pas un obstacle au développement des pays du Sud

Ensemble, la fondation Chirac et le TFT animent ce lien jusqu’aux architectes en France, premiers prescripteurs de bois pour le BTP, en proposant des sensibilisations, programme novateur et exemplaire, que la Fondation a aussi souhaité soutenir pour s’inscrire, à l’image de son partenaire dans cette approche holistique de filière.

Tristan Lecomte découvre le projet de Luang Prabang (Laos)L’approche filière du TFT a de nombreux mérites dont celui de montrer que le respect de l’environnement, via une meilleure gestion des forêts est aussi synonyme de création de valeur supplémentaire pour les acteurs économiques et de meilleures retombées sociales pour les populations les plus pauvres. La forêt n’est pas un obstacle au développement des pays du Sud, elle est au contraire un de leurs actifs les plus précieux, il faut le valoriser au mieux pour assurer un développement durable de ces pays.

Les entreprises et consommateurs dans les pays riches sont de plus en plus soucieux des conditions sociales et environnementales des produits qu’ils achètent, c’est un formidable levier d’action sur les opérateurs en amont de la chaîne. Le TFT et la fondation Chirac se sont donc naturellement retrouvés sur ces thématiques qui démontrent l’interdépendance des questions économiques, sociales et environnementales. Le partenariat entend mettre en lumière ces enjeux et encourager le développement de ces pratiques vertueuses dans toute la filière bois, et pourquoi pas, un jour sur toutes les filières de produits que nous consommons.

Une bonne manière de rappeler que tous nos actes d’achat ici conditionnent les facteurs de paix sociale et environnementale dans les pays les plus vulnérables d’où ces mêmes produits sont issus. Un point de départ pour repenser notre rapport à la consommation et ses impacts sur l’Homme et l’Environnement.

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La justice, un obstacle à la paix ?

Posté par Georges Tsaï le 13 octobre 2010

Paix et justice : deux concepts incompatibles ?

En janvier prochain, si tout se passe comme prévu par l’Accord global de paix signé en 2005 par le Gouvernement du Soudan et le Mouvement de libération du Soudan, se tiendra un référendum dans le Sud Soudan pour déterminer si ce dernier accédera à l’indépendance.

Les observateurs intéressés (ils ne sont pas nécessairement légion – après tout, le conflit entre le Nord et le Sud du Soudan n’a fait que deux millions de morts entre 1983 et 2005) retiennent leur souffle : est-ce que le Président Omar el-Bechir respectera les termes de l’Accord, ou va-t-il plutôt trouver un prétexte pour annuler ou à tout le moins retarder la tenue du référendum (il ne faut pas oublier que le Sud recèle d’importantes réserves pétrolières) ? Beaucoup craignent qu’une telle éventualité n’entraîne la reprise des hostilités après cinq années de répit.

La question, importante en soi, se double d’un dilemme éthique qui s’est posé avec beaucoup d’acuité ces dernières années : peut-on négocier ou faire la paix avec quelqu’un qui est accusé d’avoir commis des crimes contre l’humanité ou un génocide ? Est-il moralement juste de traiter avec quelqu’un qui a été inculpé par la Cour pénale internationale de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité (la CPI a finalement décidé de ne pas retenir les accusations de génocide) ?

Pour les uns (les réalistes ?), on fait la paix comme on peut et une paix imparfaite du point de vue moral, mais qui donne le résultat escompté (on ne meurt et ne souffre plus à cause du conflit), vaut beaucoup mieux que la recherche d’une justice qui risque d’aviver le conflit.

Pour les autres (les idéalistes ?), faire la paix sans justice (c’est-à-dire en accordant l’impunité aux coupables) c’est non seulement trahir la mémoire des victimes, c’est aussi courir le risque de ne point apaiser une des parties au conflit et d’entrer dans une spirale sans fin de la violence et, ainsi, annihiler les espoirs des réalistes.

Sommes-nous en présence d’un dilemme irréductible ?

Chaque cas serait-il particulier ?

La réalité, comme il arrive si souvent dans les choses humaines, est sans doute plus complexe que la dichotomie suggérée dans le paragraphe précédent. Comme l’a si bien noté Pierre Hazan, dans un excellent petit livre publié récemment (La paix contre la justice ?, André Versaille éditeur – GRIP, 2010), l’histoire offre des exemples qui donnent raison aux deux courants de pensée (que l’on pense à ce qui s’est passé en Afrique du Sud, en Amérique latine et en ex-Yougoslavie). Ces exemples laisseraient à penser qu’il faut se méfier des positions dogmatiques entre les faiseurs de paix (ou médiateurs) et les tenants d’une application stricte du droit international, et que seule une analyse très fine de chaque situation permettrait de dicter une ligne de conduite.

Bien sûr, cette analyse est complexe. Elle doit tenir compte à la fois des conséquences appréhendées et des valeurs qu’incarne le droit international basé sur les droits de la personne. Pour revenir à l’exemple du Soudan, est-ce que Luis Moreno-Ocampo, procureur de la CPI, a eu raison d’inculper, en 2009 (moins de deux ans avant la tenue d’un référendum crucial pour la paix dans la région), Omar el-Bechir de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité ? Pour ma part, je serais plutôt tenté de donner à l’Accord global de paix une chance d’aller jusqu’au bout du processus prévu, quitte à réviser mon analyse si d’aventure Omar el-Bechir cherchait à annuler ou à torpiller (je sais, l’image est incongrue pour un conflit qui ne sera jamais maritime) le référendum.

Qu’en pensez-vous ?

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Le droit à l’eau, et après ?

Posté par Jean-Michel Severino le 11 octobre 2010

Les Nations Unies viennent d’accomplir une grande avancée politique et symbolique en intégrant le droit à l’eau dans les droits fondamentaux de la personne. Ainsi se trouve reconnue enfin une grande revendication universelle, qui avait vu une étape importante franchie dans la consécration d’un des objectifs du millénaire à ce sujet.

Mais chacun est conscient de ce que l’essentiel est devant nous. L’objectif réel que notre planète doit se fixer se trouve désormais dans l’accès universel à une eau de qualité. De sa réalisation dépendent l’amélioration sanitaire globale (les maladies hydriques demeurent la première cause de mortalité dans les pays pauvres), en conséquence la maîtrise de la démographie, la réduction de nombreuses tensions sociales voire de conflits ouverts, comme nous le voyons dans de nombreuses régions du monde affectées par le stress hydrique et la compétition pour l’accès à l’eau entre communautés, mais aussi la croissance économique : investir dans l’eau, c’est investir dans des mécanismes keynésiens de croissance, c’est libérer de la productivité, c’est permettre l’accès à l’école, notamment celui des filles…

Sur le chemin de cet objectif réside un gigantesque déficit d’investissement. Le résoudre exige d’apporter des réponses précises à la question du financement. Sur un sujet comme celui-ci, ainsi que le rapport rédigé sous la direction de Michel Camdessus l’avait montré, ou ainsi qu’un récent rapport de l’OCDE présenté au forum mondial de l’eau d’Istanbul l’avait précisé, nous devons marcher sur trois jambes : des tarifs adéquats qui permettent d’alimenter en ressources les organismes de gestion et d’investissement, des transferts de solidarité entre usagers, des subventions enfin, car il parait difficile que l’eau finance intégralement l’eau. Nous ne l’avons pas fait en Europe occidentale, et cela ne se fera pas dans le reste du monde, pour la seule raison que les externalités, comme disent les économistes, de son accès rendent légitiment et même exigent pour des raisons financières, que l’ensemble de l’économie via les prélèvements obligatoires participe à cet investissement.

Les subventions, une condition sine quanon

Dans le monde globalisé où nous vivons, les subventions doivent se comprendre comme gérées à l’échelle mondiale, et comprenant des transferts Nord-Sud dont l’inspiration n’est pas la charité mais la reconnaissance du fait que nous vivons dans un espace commun où nous nous influençons les uns les autres. Prenons le cas de l’Afrique. Le maintien d’un taux de croissance au-delà de 6% par an, et qui permette de réaliser progressivement l’accès universel à l’eau exige plus de 100 milliards d’euros par an d’investissements – alors que nous n’en sommes encore approximativement qu’à la moitié. Ces investissements sont étroitement liés à l’énergie, car l’eau consomme beaucoup d’énergie et que les barrages ont des usages mixtes. Il est impossible de réaliser de tels volumes d’investissements dans les dix prochaines années, compte tenu des faiblesses du prélèvement fiscal dans les pays les moins avancées d’Afrique, et de leur faible capacité d’endettement, sans des apports financiers extérieurs significatifs, dont une bonne partie en subventions. Ces apports ne se feront pas sans une amélioration importante de la conception et de la mise en œuvre des politiques locales de l’eau, et notamment de politiques tarifaires justes socialement et financièrement réalistes. C’est donc un effort commun qui doit être entrepris.

Permettre à cet effort de s’intensifier au niveau requis pour concrétiser le droit à l’eau devrait être la tâche principale du prochain forum mondial de l’eau qui se tiendra à Marseille en mars 2012. C’est une occasion exceptionnelle de passer aux actes que la France peut promouvoir. Ce devrait être l’occasion de débloquer le goulot d’étranglement financier et de brancher, au sens propre du terme, ce sujet sur celui des financements innovants. La France est motrice dans le groupe de travail qui pilote la progression de cet enjeu fondamental. En tant qu’hôte du forum de Marseille, elle a l’occasion de faire coup double : donner un sens au processus politique de ce sommet, et par là même à toute la rencontre, et un objet concret à une discussion jusqu’ici abstraite.

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