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Et le désert est redevenu un espace immense

Posté par Jacques Godfrain le 26 janvier 2011

Le Sahel n’est pas un désert d’hommes. Il en est partout, au bout et au bord de chaque piste, au coin de chaque dune. Pour qui connaît un peu (qui les connaît beaucoup ?) ces immensités, on sait que là vivent des hommes et des femmes inscrits totalement dans cette nature hostile, mais dont ils savent à la fois s’acclimater et faire des remparts.

Leurs richesses sont leurs troupeaux, faméliques loin des points d’eau, magnifiques à la saison ou près de la maigre végétation.

Depuis des décennies, les Européens ou les Africains ont compris l’importance et la richesse du monde pastoral. Les études sur les races animales tropicales sont anciennes, dans nos écoles vétérinaires, à l’Agro, à l’école vétérinaire de Dakar.

Ces soins, ces vaccinations, ces suivis des cheptels sub-sahariens ont tissé au fil des ans des liens étroits, intimes et confiants, entre ces populations et ceux qui contribuent à leur vie et parfois leur survie.

Et puis sont venus l’ajustement structurel, l’abandon progressif de l’agriculture comme première préoccupation des financiers, les gels budgétaires, les directives des grandes institutions.

L’Homme du désert a vite compris que l’état sanitaire de son troupeau n’était pas une priorité, et qu’il ne comptait guère dans la tête de ceux qu’il avait accueillis, en touristes, en frères, en amoureux des soleils couchants, et parfois pour lesquels les grands-parents étaient morts.

Et le désert est redevenu un espace immense.

Alors d’autres hommes sont venus, ont parlé, ont aidé, ont soutenu et souvent remplacé, par leur appui et leur sens de la fraternité, les hommes blancs.

Aujourd’hui, les circonstances exigent, non pas la contrition, mais l’action.

Les forces spéciales ne suffiront pas. Il faut absolument revoir nos positions sur l’agriculture et l’élevage. Un formidable organisme existe, l’OIE (L’Organisation mondiale de la santé animale (1)) pour lequel chaque année, budget après budget, on sent les tentatives d’amoindrissement financier.

Il faut renouer le dialogue avec ceux qui soignent et donc nourrissent.

Lutter contre la faim, c’est cela ; lutter contre les médicaments et vaccins factices, c’est cela et pas l’incantation.

Lorsque la sagesse des hommes sait l’emporter sur la force des choses, alors ceux qui enlèvent ou tuent n’ont plus leur place.

Prévenir les conflits, c’est montrer aux plus démunis que la vie au bout du compte permettra au berger d’espérer, au soir de sa vie, laisser un troupeau plus nombreux que celui légué par son père.

Jacques GODFRAIN
Ancien Ministre
Membre Honoraire du Parlement
Député suppléant de l’Aveyron

(1) L’Office international des épizooties a été crée en 1924 pour combattre les maladies animales, en 2003 l’Office est devenu l’Organisation Mondiale de la Santé Animale mais a gardé son acronyme historique OIE.

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Des solutions en énergie durable pour lutter contre la pauvreté

Posté par Rajendra K. Pachauri le 19 janvier 2011

Le faible accès à l’énergie est un cas très répandu à travers le monde ; il représente pourtant un aspect déterminant du développement. Malheureusement, la communauté internationale, et la plupart des gouvernements ne lui ont accordé que peu d’attention. Par le passé, des voix se sont élevées pour demander que l’accès à l’énergie devienne l’un des Objectifs Millénaires du Développement (OMDs), sans trouver la faveur de certains gouvernements. De cette situation, il résulte que près de 20 ans après le sommet de Rio, environ 1 milliard d’êtres humains continuent à ne pas bénéficier du courant électrique dans leur habitation. Davantage, bien plus de 2 milliards de personnes ont recours à la biomasse comme combustible de cuisine, souvent de qualité inférieure et dangereuse pour la santé de ceux qui s’exposent aux émissions nocives de ce type d’énergie.

Toutefois, de nos jours, on observe un surcroît d’intérêt pour ce sujet, à différents niveaux, de par le monde. Il résulte d’une inquiétude authentique s’agissant du bien-être des populations concernées. Inquiétude étendue à la possibilité de réduire les futures émissions de gaz à effet de serre des pays les moins avancés, actuellement privés d’énergies modernes, et qui selon toute vraisemblance, opteront pour les énergies fossiles au fur et à mesure de leur développement.

« Eclairer un milliard de personnes »

Dans ce contexte, le programme lancé par TERI pour approvisionner 1 milliard d’êtres humains en électricité, est une innovation majeure. (LaBL, « Lighting a Billion Lives », en anglais –NDT). Il propose des lanternes solaires, très efficaces et rentables, diffusées de différentes façons auprès des villages dépourvus d’électricité : elles sont par exemple mises en vente sur le marché. Ou encore, une femme est formée comme chef d’entreprise pour revendre et gérer la fourniture en électricité à tout un village : via l’installation de panneaux photovoltaïques sur son toit, elle leur loue pour la nuit les lanternes chargées.

Avec ce programme, TERI a ainsi équipé 600 villages en Inde et de nombreux autres dans diverses régions d’Asie, notamment en Birmanie. TERI vise également une implantation en Afrique, par exemple en Sierra Leone. La réussite d’un tel programme dépend, avant tout, des innovations émanant d’Institutions, du financement à grande échelle, de la formation et du renforcement des capacités.

Un programme tel que LaBL offre d’importantes perspectives de solutions pour l’approvisionnement propre et durable en éclairage. Et ce, pour des êtres humains qui n’auraient autrement aucun espoir de bénéficier rapidement d’électricité à leur domicile. Toutefois, des solutions énergétiques qui soient efficaces, qui préservent l’environnement, tout en comblant les besoins en électricité pour les populations pauvres, ne paraissent pas très brillantes.

Il est temps pour le monde entier, pour les organisations multilatérales en charge du développement, ainsi que pour les fondations d’entreprises, de se montrer résolus à lancer des initiatives sociales appropriées. Ainsi qu’à produire des efforts croissants d’innovation afin de prendre en charge une forme de privation qui semble totalement déplacée dans ce monde globalisé du 21ème siècle, en mouvement vers une croissance économique et des progrès technologiques.

RK Pachauri
Directeur Général, TERI
Président, GIEC

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Le référendum au Sud-Soudan : Miracle ou mirage ?

Posté par Georges Tsaï le 12 janvier 2011

Jimmy Carter, Kofi Annan, plusieurs centaines (milliers ?) de Chinois et… George Clooney ont décidé de commencer la nouvelle année dans le Sud-Soudan, région pourtant peu reconnue pour ses attraits touristiques.

Ils étaient là pour une bonne cause : s’assurer du bon déroulement du référendum sur l’indépendance du Sud-Soudan prévu dans l’Accord de paix global (APG) de 2005, qui mit fin à l’un des conflits les plus meurtriers de ces 50 dernières années.

Sinistre mascarade ou dénouement vertueux ?

Le référendum, qui a commencé dimanche dernier et se terminera dimanche prochain, est porteur d’un grand espoir pour le règlement pacifique, et durable, d’un conflit qui a opposé pendant près de 40 ans le nord et le sud du Soudan.

Rappelons brièvement quelques faits saillants :

En 1955 (soit avant même l’indépendance du Soudan, proclamée en 1956) éclate une première guerre civile entre le Nord, à majorité musulmane, et le Sud, composé majoritairement d’animistes et de chrétiens. Cette guerre, qui durera jusqu’en 1972, fait 500.000 morts et provoque le déplacement involontaire d’un million de réfugiés.

Entre 1972 et 1983, grâce à la médiation de l’empereur Haile Selassié, le Soudan vit une période de paix relative.

1978 : la compagnie Chevron découvre des gisements pétroliers dans le Sud.

La guerre civile reprend en 1983. Ce deuxième conflit, qui fera deux millions de morts et déplacera quatre millions de réfugiés involontaires, cessera en 2005, à la suite de la signature de l’APG, qui met en place un régime fédéral et qui prévoit, entre autres, qu’un référendum sur l’indépendance du Sud-Soudan devra être organisé avant la fin de janvier 2011.

9 janvier 2011 : déjouant les prédictions pessimistes de nombreux observateurs, le référendum commence à se dérouler dans le calme et, semble-t-il, sans violences excessives ni manipulations malhonnêtes du processus référendaire.

Sinistre mascarade qui se terminera mal ou dénouement vertueux d’un des conflits les plus sanglants de la deuxième moitié du XXe siècle ? La question reste posée. Essayons d’analyser les chances de succès et les risques d’échec de cette entreprise.

Morale et realpolitik

Commençons par les facteurs qui peuvent justifier un certain optimisme. Il y a, d’abord, ce qui semble être une réelle mobilisation de forces agissantes de la communauté internationale. Les États-Unis ont joué un rôle considérable depuis la signature de l’APG pour que ce dernier soit effectivement mis en œuvre. George W. Bush, n’avait pas ménagé ses efforts pour que Washington travaille dans ce sens. Le fait que plusieurs mouvements religieux chrétiens appuient l’indépendance du Sud n’était sans doute pas étranger à l’intérêt qu’il a porté à cette question. De façon plus générale, la communauté internationale ne s’est pas complètement remise de son inaction au Rwanda et souffre encore d’un reliquat de mauvaise conscience. Elle chercherait donc à éviter une autre tragédie humanitaire, pour des raisons sincèrement morales.

Ensuite, il y a une bonne dose de realpolitik qui incite beaucoup d’acteurs à vouloir un dénouement heureux. Le pétrole, bien sûr, joue un rôle important et impose la voie de la collaboration entre le Sud, qui possède la plupart des gisements pétroliers du pays, et le Nord, qui a l’infrastructure pour permettre le transport et l’exportation du précieux liquide. De son côté, le Président Omar el-Béchir s’est tout-à-coup transformé en chef d’Etat éclairé, soucieux du respect de la volonté des habitants du Sud. Les sanctions imposées au Soudan et le mandat d’arrêt délivré par la Cour pénale internationale contre le Président ne sont peut-être pas étrangers à cette remarquable conversion. Il y a gros à parier que sa visite à Juba, à quelques jours du référendum, pour y tenir des propos dignes d’un démocrate convaincu n’était pas totalement gratuite.

Menaces persistantes

Mais il y a encore loin de la coupe aux lèvres et ce qui a si bien commencé dimanche dernier pourrait facilement tourner au cauchemar. En particulier, il y a trois vulnérabilités que les Soudanais (du Nord et du Sud) et la communauté internationale devraient surveiller attentivement :

1. D’abord, les résultats du référendum. Pour qu’ils soient acceptés de tous, il faudra réunir trois conditions : une votation exempte de manipulations et de violence ; un pourcentage élevé de votes en faveur de l’une ou l’autre option ; et un taux de participation substantiel. On s’attend à ce que ce dernier dépasse largement le seuil de 60 % fixé par el-Béchir comme étant le minimum absolu pour valider les résultats du référendum. En ce qui concerne le pourcentage de votes en faveur du « oui », plus il sera élevé mieux ce sera. À titre d’exemple, la Slovénie en 1990, la Croatie en 1991 et l’Érythrée en 1993, ont accédé à l’indépendance avec respectivement 95 %, 93 % et 99.8 % de votes favorables. Par contre, un résultat « à la québécoise », c’est-à-dire avec une petite marge entre le « oui » et le « non », créerait une situation difficile, potentiellement explosive. Là encore, 60 % des voix semblerait être un minimum pour justifier le démantèlement d’un pays existant.

2. Ensuite, la question de la frontière entre le Nord et le Sud. Celle-ci doit être déterminée avec précision. Tâche rendue encore plus importante en raison de la présence, dans la région frontalière, de riches gisements pétroliers. Cette question, si elle n’était pas bien réglée, pourrait très vite être la source d’une reprise de conflits violents. Le cas, bien connu, de la frontière, encore disputée, entre les deux Corées et celui, beaucoup moins connu, du différend frontalier entre le Nicaragua et le Costa Rica illustrent, si besoin était, l’importance de cette question.

3. Enfin, les modalités exactes de la coopération économique entre les deux pays, en particulier en ce qui concerne le partage des revenus pétroliers, pèseront de tout leur poids sur la suite des évènements. À cela viendra se greffer la situation, quasiment inextricable, de la région d’Abyei, enclavée dans la partie nord, et qui devait, également par référendum, décider de son rattachement définitif au Nord ou au Sud. La région, bien que petite, recèle elle aussi de riches gisements pétroliers. Des complications liées à la question de qui serait habilité à voter ont fait que le référendum a été reporté sine die. Cela veut dire que le Nord et le Sud devront entreprendre de délicates négociations pour décider du sort de cette région.

Le Sud-Soudan, un Etat en sursis ?

Le monde (ou du moins quelques observateurs) retient son souffle. Ceux qui ont conçu et signé l’Accord de paix global ont fait preuve de sagesse, de vision et de courage. Est-ce que leur pari va être gagné ? Ou est-ce que, au contraire, le nouveau pays deviendra un autre Etat en sursis ? On ne peut qu’espérer que le Sud-Soudan réussisse et que l’APG, document admirable, serve de modèle pour la résolution des conflits interethniques, religieux et linguistiques qui continueront à nous poser de redoutables défis.

Donc, affaire à suivre dans les semaines, mois et années à venir.

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Excellente année 2011 à tous, ainsi qu’à toutes les forêts du Monde…

Posté par Tristan Lecomte le 5 janvier 2011

Les Nations Unies ont déclaré 2011 comme l’année des forêts, ce dont nous nous félicitons à la Fondation. Celle-ci a en effet parmi ses objectifs prioritaires la lutte contre la déforestation et le soutien de filières de bois durables, en particulier parce qu’elle a conscience du lien étroit qui existe entre la préservation des forêts et la défense des peuples premiers.

Le futur de ces populations est de fait intimement lié à leur écosystème, dont ils dépendent pour vivre. Préserver leur forêt, c’est leur permettre de continuer à vivre de manière traditionnelle, de subvenir à leurs besoins en exploitant durablement les ressources de la forêt et aussi de préserver leur culture et leur langue, la forêt les protégeant de l’évolution frénétique du Monde actuel.

La déforestation d’une zone habitée par un peuple premier est très souvent synonyme d’entrée à marche forcée dans le monde occidentalisé et globalisé et de perte de repères pour ces populations fragiles. On mesure ici un des aspects de l’interdépendance très forte qui existe entre la forêt et le développement humain.

La forêt n’est pas qu’un ensemble d’arbres et de végétaux à admirer lors d’une promenade champêtre. La forêt est un immense sanctuaire de biodiversité, la première réserve d’eau douce au niveau mondial, le meilleur moyen de préserver nos sols de l’érosion, de maintenir les sols riches et donc productifs pour les récoltes, et de préserver le climat.

100 mètres carrés de forêt en moins chaque seconde

La forêt est le poumon de notre planète, un poumon en piteux état et que l’on continue de détruire au rythme de 100 mètres carrés de forêt en moins chaque seconde

Souhaitons donc que cette année 2011 soit le point de départ d’une plus grande prise de conscience de l’importance de la forêt et de ses multiples interdépendances avec les enjeux du développement humain. A tous, nous vous souhaitons, une merveilleuse année 2011… dans la forêt !

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