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Journée internationale de la langue maternelle

Posté par Rozenn Milin le 23 février 2011

En l’an 2000, l’UNESCO proclamait le 21 février Journée internationale de la langue maternelle. Voilà donc plus de 10 ans que cette date est chaque année l’occasion de célébrer le multilinguisme et la préservation des langues en tant que patrimoine de l’humanité. L’occasion aussi de rappeler que chacun peut utiliser sa langue maternelle pleinement et librement en toutes circonstances, un droit fondamental qui malheureusement ne s’exerce pas encore librement dans bien des pays.

Les périmètres d’action de l’UNESCO sont l’éducation, les sciences et la culture. La question de la langue maternelle est particulièrement importante pour l’institution internationale dans deux de ces domaines : sur le plan culturel, bien entendu, puisque la langue est une part primordiale du patrimoine immatériel de tout peuple ; sur le plan de l’éducation, ensuite, car la langue d’alphabétisation est souvent cruciale pour la réussite des apprentissages scolaires.

Scolarisation dans sa langue maternelle

Posons donc ici les bases du débat : des études menées à travers le monde par divers organismes montrent qu’alphabétiser un enfant dans sa langue d’origine donne globalement d’excellents résultats, alors qu’imposer d’entrée de jeu la scolarisation en langue nationale ou dans une langue étrangère est une politique menant souvent à l’échec.

La linguiste finlandaise Tove Skutnabb-Kangas, de l’Université d’Helsinki, spécialisée dans l’éducation multilingue et impliquée en particulier dans des projets d’éducation en langue maternelle au Népal et en Inde, donne sur le sujet une analyse limpide :

« Si l’enseignement se fait dans une langue que l’enfant issu d’une communauté linguistique indigène (ou tribale, ou minoritaire) ne connait pas, cet enfant passe ses 2 ou 3 premières années en salle de classe sans comprendre grand-chose à ce qui est enseigné. Il peut répéter mécaniquement ce que le professeur dit sans comprendre, sans développer sa capacité à penser avec l’aide du langage, et en apprenant finalement presque rien des sujets qui lui sont enseignés.

C’est pour cette raison que beaucoup de ces enfants quittent l’école prématurément, sans avoir appris à lire et à écrire, sans avoir non plus développé la maîtrise de leur langue maternelle, et pratiquement sans avoir acquis aucune connaissance scolaire.

Alors que si l’enfant est scolarisé dans sa langue maternelle, il comprend les enseignements, apprend les cours, développe sa capacité cognitive et académique dans sa langue maternelle, et a de très bonnes chances de devenir une personne pensante et cultivée, qui pourra poursuivre son éducation. »

Des meilleurs résultats

La Banque Mondiale elle-même l’affirme dans le Sourcebook for Poverty Reduction Strategies (2001), en reprenant un rapport de l’UNICEF de 1999 :

« De nombreuses recherches montrent que les élèves apprennent plus vite à lire et à acquérir de nouvelles connaissances lorsqu’ils ont reçu un premier enseignement dans leur langue maternelle. Ils apprennent également plus rapidement une seconde langue que ceux qui ont d’abord appris à lire dans une langue qui ne leur était pas familière ».

Citons aussi les linguistes Thomas et Collier (1997) qui, se basant sur des études qu’ils ont menées à grande échelle sur le sujet, sont encore plus précis : ils ont constaté que les élèves issus de minorités linguistiques qui avaient reçu à l’école primaire l’enseignement le plus poussé dans la langue maternelle avaient aussi les meilleurs résultats… dans la langue nationale lors des tests nationaux standardisés menés dans les lycées.

Enfin, pour compléter le tableau, la linguiste Claire Moyse-Faurie, du LACITO/CNRS nous livre un autre argument :

« Le bénéfice est aussi social et culturel : le fait de parler à l’école la même langue que les parents permet à ces derniers de suivre l’apprentissage de leurs enfants, d’en discuter, de les aider, de s’impliquer dans la vie scolaire ; l’éducation en langue vernaculaire est une garantie que les enfants ne seront pas marginalisés dans leur mode de vie et éloignés de leur culture. »

Recommander l’usage de la langue maternelle dans l’alphabétisation et plus globalement dans l’éducation n’est donc pas une option fantaisiste, c’est une recommandation basée sur de multiples travaux de terrain. Au-delà des résultats probants de ces études, et même si certains peinent encore à les admettre, on pourrait ajouter qu’il s’agit là d’une simple question de bon sens. Et il est bien dommage que ces données ne soient pas mieux prises en compte car la réussite à l’école conditionne les chances d’amélioration du niveau de vie de millions d’enfants : une alphabétisation réussie est en effet leur meilleur atout pour ne pas être les laissés pour compte de la mondialisation.

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Les forêts tropicales dans le marché du carbone : chance historique pour le climat ou nouvelle source de «hot air» ?

Posté par Alain Karsenty le 10 février 2011

En 1997, à la veille de la conférence de Kyoto, on pouvait se demander si les négociateurs allaient privilégier l’instrument de la taxe carbone ou celui des marchés des permis d’émission pour diminuer les émissions de gaz à effet de serre. La solution du marché fut retenue, accompagnée de mécanismes de « flexibilité » comme le mécanisme de développement propre (MDP). Ces mécanismes étaient censés permettre d’atteindre les objectifs quantitatifs de réduction des émissions adoptés, mais à un coût moindre. Ces choix s’appuyaient sur les théories économiques qui indiquent que l’on peut, pour réaliser un objectif environnemental, choisir une régulation par les prix (la taxe) ou par les quantités (les quotas). L’existence possible d’un seuil dangereux de concentration qui ferait basculer le système climatique dans une dynamique incontrôlable plaidait plutôt pour une approche par les permis d’émission de type « cap-and-trade ». Malheureusement, le plafonnement des émissions n’a jamais été réalisé, faute d’une participation des pays émergents et du fait de diverses « échappatoires » comme le MDP.

Près de 10 ans après l’entrée en vigueur des mécanismes de flexibilité, il devient de plus en plus manifeste que ceux-ci ont surtout servi à différer des investissements de réduction des émissions et les adaptations nécessaires dans les modes de consommation et de transport dans les pays industrialisés, et qu’ils n’ont eu qu’une influence très marginale sur les objectifs ultimes de la convention climat. Le MDP a permis à une foule d’experts de faire de bonnes affaires mais n’a pas empêché l’ouverture, au côté des champs d’éoliennes, en Chine et ailleurs de centaines de centrales au charbon, contrairement aux espoirs de la fin des années 1990. L’économie politique d’un mécanisme dont la fiabilité dépend d’expertises rigoureuses appuyées sur la précision et transparence des informations mises à disposition par les entreprises a été totalement sous-estimée. La conception même de l’instrument, basé sur la constitution de scénarii « que se serait-il passé sans le projet ? » couplé à un marché où les bureaux certificateurs sont en concurrence auprès des entreprises candidates au MDP, ouvre la porte à des dérives de toute sorte que l’organisme régulateur n’a pas les moyens de contrôler. Quant à l’ambition de « développement », en principe condition sine qua non d’un projet MDP, elle a été vite abandonnée.

« Hot air » ?

Sans qu’un véritable bilan de ces dispositifs de marché n’ait été tiré par la Convention Climat (dispositifs critiqués, entre autres, par des personnalités aussi renommées que le climatologue Hansen ou l’économiste du changement climatique Nordhaus), il est possible qu’à Durban ceux-ci soient reconduits, voire que leur champ soit élargi aux forêts tropicales à travers le mécanisme REDD (Réduction des Émissions issues de la Déforestation et de la Dégradation). Or, la variation des taux de déforestation d’une période à l’autre dépend tout autant sinon plus des variations des prix agricoles et des incidents climatiques que de l’action publique, surtout dans les États « défaillants ». Les crédits carbone délivrés auront ainsi toutes les chances d’être le produit de circonstances plutôt que des choix d’action publique, ce qui génèrera encore plus de « hot air » et affaiblira le signal-prix, fondement du système d’incitation.

Il est possible d’envisager une autre architecture, tant pour le monde post-Kyoto que pour le mécanisme REDD, autour de la fiscalité. La création d’un fonds international de lutte contre la déforestation dépend seulement d’une décision concertée d’un certain nombre de pays, qui pourraient décider de l’abonder avec les fameux « financements innovants » qu’ils pourraient mettre en place chez eux. C’est l’idée de Georges Soros, qui plaide pour qu’un tel fonds soit alimenté, au moins dans un premier temps, par une taxe sur les billets d’avion – à l’instar du système mis en place à l’initiative de la France pour la lutte contre le sida – et qu’il finance également la transformation de l’agriculture dans les pays tropicaux. Ces mesures devraient viser également le soutien aux activités économiques valorisant durablement les différentes ressources forestières, mais aussi le domaine agricole (« intensification écologique ») et celui du foncier (droits opposables en faveur des paysans et des communautés face aux tentatives d’accaparement par l’agrobusiness). Et dans les États défaillants, rien ne sera possible sans commencer par reconstruire des capacités d’action publique et de restaurer un minimum d’état de droit. Autant de priorités de politique publique dont il serait illusoire d’attendre qu’elles soient traitées par le marché (du carbone).

Alain Karsenty
CIRAD

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