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L’Eau pour les villes : répondre au défi urbain – Journée mondiale de l’eau

Posté par Jean-Louis Oliver le 22 mars 2011

Chaque année, cette Journée mondiale de l’eau souligne un aspect particulier de l’eau douce : en 2011, l’objectif est d’attirer l’attention internationale sur l’impact de la rapide croissance démographique urbaine, de l’industrialisation et des incertitudes provoquées par le changement climatique, les conflits et les catastrophes naturelles sur les installations d’eau urbaines.

Le thème de cette année, « L’eau pour les villes : répondre au défi urbain », vise à mettre en lumière et encourager les gouvernements, les organisations, les communautés et les individus à s’engager activement pour relever le défi de la gestion de l’eau urbaine.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : au début du 20ème siècle, 200 millions de personnes vivaient dans des villes, soit 14 % de la population mondiale ; depuis 2008 et pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, la majorité de la population habite aujourd’hui en ville ; et en 2050, la population mondiale devrait atteindre 9 milliards de personnes dont 4,5 milliards d’urbains, soit plus de 50 % de la population mondiale. La croissance exponentielle et anarchique des métropoles mondiales provoque le développement de zones de friche urbaine à la périphérie des villes, où s’installent des communautés humaines privées de l’accès aux infrastructures et aux services publics essentiels. La situation dans ces zones urbaines dégrade les conditions vie et la dignité humaine de leurs habitants, et accroit considérablement les risques sanitaires et sociaux.

L’approvisionnement en eau, la collecte puis l’évacuation des eaux usées et des eaux pluviales, la protection contre les inondations de ces villes, très souvent implantées à proximité d’une rivière, d’un lac ou de la mer, sont donc plus que jamais des priorités essentielles.

L’enjeu central est de canaliser la croissance de ces villes en donnant une vision globale planificatrice au développement urbain, avec des horizons successifs d’anticipation et fondé sur une continuité et une cohérence spatiales, dans le cadre d’une politique d’aménagement du territoire, régional, urbain et rural.

La gestion urbaine du cycle de l’eau y tient une place centrale, d’abord pour assurer l’accès à l’eau et à l’assainissement aux populations, y compris aux plus défavorisées ; mais aussi pour que l’eau devienne un élément structurant de l’espace et du paysage de la ville, à usage récréatif autour des bassins et fontaines dans les parcs et les jardins publics, mais aussi pour la gestion des risques, en aménageant les berges des rivières, avec au besoin des zones d’expansion des crues ou de stockage des eaux de pluie.

Tous les acteurs de la ville doivent être mobilisés

Tout comme les eaux de surface, les eaux souterraines, précieuse ressource mobilisable pour les populations, doivent faire l’objet de mesures de protection et de gestion intégrée et durable. La gouvernance urbaine de l’eau va bien au-delà de la seule intervention publique ; elle doit intégrer dans une même solidarité collective, les trois piliers du développement durable, économique, environnemental et social, en impliquant la société civile à l’échelle locale.

Une ville durable doit s’appuyer sur une stratégie globale concernant à la fois l’aménagement urbain et les politiques publiques mises en œuvre dans les domaines de l’éducation, la formation, la solidarité, l’emploi, etc.

Pour y parvenir, tous les acteurs de la ville doivent être mobilisés : élus, urbanistes, architectes, ingénieurs, sociologues, professionnels du bâtiment, des travaux publics, des services publics et des finances, associations, sans oublier les premiers concernés, les habitants eux-mêmes.

Il n’existe pas de modèle unique de ville durable ; chacune se construit dans un contexte géographique et historique, économique, social et culturel spécifique, en s’appuyant sur son histoire et ses racines, avec une vision de l’avenir portée par ceux qui l’habitent, dans une approche humaniste.

La rapidité du rythme de la croissance urbaine et de l’expansion des zones périurbaines s’impose aujourd’hui comme le plus grand défi pour l’accès à l’eau et à l’assainissement dans le monde.

C’est donc dans cette optique que le 6ème Forum Mondial de l’Eau, que la France et la Ville de Marseille se préparent à accueillir en mars 2012, doit permettre de renforcer la mobilisation de tous les acteurs publics, privés et associatifs concernés, en vue de répondre aux Objectifs du Millénaire pour le Développement dans ce secteur vital.

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Quel sera le nouveau Feu de Prométhée ?

Posté par Geneviève Ferone le 16 mars 2011

Une tragédie déjà maintes fois jouée

Depuis la nuit des temps, les mythes fondateurs les plus anciens ont parfaitement capturé l’essence de notre âme tourmentée et décrit la fragilité de notre existence. L’éternel « facteur » humain a traversé tous les âges, tissant inlassablement les mêmes drames, passant par les mêmes déchirures. Tout est appelé à se répéter à chaque instant de la vie, dans chaque civilisation, mettant en scène les éléments immuables d’une tragédie déjà maintes fois jouée. Pourtant derrière les terribles événements de ce début d’année 2011, révolutions et catastrophes naturelles, se dessinent pour la première fois avec une très nette acuité, l’extrême vulnérabilité de nos sociétés dans ce qu’elles ont en commun de plus précieux : l’énergie.

Une double irréversibilité marque le cheminement de l’humanité

Le système énergétique sur lequel tourne le monde engendre des conséquences irréversibles. La loi de l’entropie nous rappelle qu’il existe une flèche de temps qui oriente l’avenir dans une seule direction, celle de l’exploitation et de la dégradation du stock de ressources épuisables. Nous laisserons donc aux générations futures un patrimoine naturel très largement entamé et moins adapté à leurs besoins. Cependant, la loi de l’entropie n’est pas la seule flèche de temps qui gouverne notre évolution. L’augmentation de nos connaissances est tout aussi déterminante, bien que moins tangible. Le progrès du savoir humain est aussi un processus irréversible. Une double irréversibilité marque le cheminement de l’humanité : la ponction des stocks de ressources non renouvelables et l’accumulation des techniques et des savoirs.

Une course de vitesse

A partir de ces deux processus dynamiques, on peut décider d’une intensification des prélèvements à condition de disposer d’un niveau de connaissances suffisant pour assurer la pérennité du système ; en l’occurrence, la pérennité du système énergétique de la planète. Nous sommes pris dans une course de vitesse, il nous faut simultanément réduire la vitesse de dégradation des ressources et investir massivement dans la recherche, et en priorité sur tout ce qui pourra réduire l’intensité énergétique de notre niveau de vie et développer des solutions alternatives.

Tout semble être réuni pour affronter au mieux cette échéance. Pour autant, nous avons pu nous rendre compte à maintes occasions que nous n’utilisons pas toujours à bon escient l’information dont nous disposons pour organiser la transition dans les meilleurs délais. C’est exactement la situation à laquelle nous sommes aujourd’hui confrontés. L’enjeu réside dans la capacité de nos institutions à faire face à un problème plus grand qu’elles et face auquel, faute d’alternative à la fois technologique et politique, nous restons tétanisés et impuissants. Personne ne peut imaginer un monde sans énergie. Nous ne pouvons pas (encore) nous passer des énergies fossiles, nous redoutons l’énergie nucléaire plus que les menaces du changement climatique et les énergies renouvelables sont dérisoires à la maille de l’enjeu. Le Feu ancien s’épuise lentement ; dans son déclin il menace d’embraser la terre et de diviser les hommes. De quoi sera donc fait le nouveau Feu de Prométhée ? A aucun autre moment dans notre histoire, cette question ne s’est posée avec autant d’urgence, au point que les réponses qui seront apportées vont d’ores et déjà structurer la trame de la première moitié de notre siècle.

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La loi, un élément majeur dans la prévention des conflits

Posté par Fondation Chirac le 9 mars 2011

Maître Bernard Vatier, ancien Bâtonnier du Barreau de Paris, et membre fondateur de la fondation Chirac, succède à Arnaud Danjean comme Délégué général du Prix pour la prévention des conflits. Il répond aux questions de la fondation Chirac sur le rôle du droit dans la gestion des conflits.

Les instruments juridiques peuvent-ils contribuer à prévenir un conflit ?

La prévention des conflits s’instaure grâce à la mise en place d’une règle légitime pour tous ceux qui la servent, c’est-à-dire par la régulation d’une société, par une loi acceptée de tous ceux à qui elle est opposée et qui permet de gérer un conflit.

Toutefois, la loi n’est pas suffisante. Dans une structure sociale, il y a toujours des conflits, c’est pourquoi il est nécessaire qu’il y ait des médiateurs. Entre deux personnes, ce peut être un juge ; dans l’hypothèse d’une contestation entre deux collectivités, c’est plus complexe. Soit on règle une difficulté par la force et la violence et ensuite on maintient une situation par la contrainte. Soit on règle la difficulté par la médiation. C’est à ce moment que le droit a toute sa force. Pour prévenir une violence, il faut donc une loi légitime d’une part, et un médiateur légitime pour trancher le conflit. C’est un travail de juriste.

Avez-vous des exemples d’actions juridiques qui pourraient recevoir le Prix pour la prévention des conflits?

Des organisations internationales de défense des droits de l’homme, pourraient-elles être éligibles au Prix ? Elles dénoncent des anomalies par rapport à un système juridique. Mais cette dénonciation est-elle suffisante pour prévenir un conflit ? La question reste posée.

Un autre exemple d’action pourrait être l’Afghanistan : l’organisation sociale y a été décimée par des guerres, il faut y reconstruire un état de droit -élément majeur dans la prévention des conflits à venir.

Eh bien, il a fallu créer à Kaboul un barreau qui ne serait pas l’otage des groupes politiques et qui puisse avoir sa place dans régulation de la société et acquérir la légitimité voulue afin que l’état de droit puisse s’instaurer. C’est un travail de très longue haleine auquel les barreaux français et européens peuvent et doivent contribuer.

Sachant que la sharia est le fondement juridique de nombreux pays, et de l’Afghanistan notamment, comment concilier la notion d’état de droit d’un point de vue international avec cet autre système ? Parler d’état de droit international dans un pays de droit islamique ne risque-t-il pas de créer au contraire de nouveaux conflits ?

La sharia soulève en effet nombre de contestations. Elle correspond pourtant à l’état de droit local, lié à une religion : elle a en ce sens sa légitimité. Prévenir un conflit, c’est prendre en en compte la culture locale. On ne peut pas transposer la culture que nous avons acquise par l’histoire, ici en Occident, pour l’imposer et la calquer sur une culture qui est tout aussi honorable mais ne connaît pas nos principes.

Il faut faire très attention : la démarche occidentale porte un impérialisme culturel, destructeur d’un système de paix. Si nous calquons nos règles de droits, nous donnons à une collectivité des instruments juridiques qui ne sont pas les siens. On désaccorde alors ce qui devrait être harmonieux.

Je crois que nous avons nous, juristes occidentaux, à être extrêmement humbles, et je reproche aux juristes occidentaux de ne pas avoir cette humilité. Elle est un préalable à la reconnaissance d’une culture qui n’est pas la nôtre, mais à laquelle on peut néanmoins contribuer par l’expérience qui est la nôtre.

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De l’importance de préserver les forêts

Posté par Emmanuelle Grundmann le 3 mars 2011

Après l’année internationale de la biodiversité proclamée par l’ONU en 2010, c’est au tour des forêts de tenir le haut de la scène internationale. Certes, les années et les journées internationales se succèdent sans que parfois nous ne voyions le moindre résultat concret. Ces évènements, s’ils ont le mérite de mettre en lumière la forêt, l’eau potable, les droits des peuples autochtones entre autres, ils ont néanmoins un inconvénient majeur : celui de ne durer qu’un temps limité. Au risque d’oublier de continuer l’action et la sensibilisation, une fois l’événement passé.

L’eau de New York sauvée par la forêt

Les résultats, nous l’avons vu à Nagoya, n’ont pas été à la hauteur des enjeux de l’année de la biodiversité qui s’est achevée. Heureusement, 2011 peut être considérée comme une séance de rattrapage pour tous ceux qui ont refusé de voir dans la biodiversité, l’enjeu majeur de la planète pour notre futur.

Refuser la mise en place d’actions en faveur de la préservation de la biodiversité au nom du développement économique résulte d’une vision à très court terme doublée d’un non sens le plus total. Certes ces mesures peuvent paraître contraignantes de prime abord, cependant, elles seront les garantes d’une bonne santé économique et sociale sur le moyen et le long terme. Car la biodiversité nous rend des services, et pas des moindres. Celui d’approvisionnement en eau potable par exemple ou bien encore cette pollinisation, essentielle pour une grande partie de l’agriculture mondiale, sans oublier le nombre toujours croissant de substances médicinales découvertes parmi les animaux, les plantes et les micro-organismes. Une partie de ses services sont rendus possibles par les forêts et les espèces qu’elles abritent.

L’exemple de la ville de New York est à cet égard remarquable. Depuis toujours la ville était réputée pour son eau potable, gratuite. Une eau qui prenait sa source aux confins des forêts du nord de l’état, dans les montagnes Catskill. Cependant, cette région vit au milieu du 20ème siècle une importante extension des terres arables au détriment des écosystèmes sauvages, et tout particulièrement des forêts. Cette agriculture prenait alors le tournant de l’agro-industrie, terriblement gourmande en pesticides et engrais chimiques. Et, à la fin des années 1990, la pollution des sols et des nappes phréatiques fut si importante que l’eau était devenue impropre à la consommation. Cependant, la municipalité décida non pas d’opter pour une usine de traitement des eaux coûtant entre 6 et 8 milliards de dollars mais de restaurer l’écosystème dégradé des montagnes boisées des Catskill. Et ce, pour un coût de moins d’un milliard de dollars. Aujourd’hui, les 9 millions de personnes de la grosse pomme et de ses alentours peuvent à nouveau boire une eau potable de haute qualité.

En plus de ces services, n’oublions pas que ces forêts dans leur grande diversité (tempérées, boréales, tropicales et méditerranéennes) abritent encore 300 millions d’hommes et de femmes. Baka, Penans, Awà, Dongria Kondh ou encore Komi et Sami, la forêt représente leur garde-manger, leur pharmacie, leur maison, leur vie, leur âme. Et près de 2 milliards de personnes dépendent directement ou indirectement des ressources des forêts pour vivre. La surexploitation de ces écosystèmes et la déforestation sévère qui sévit dans certaines régions du globe met en péril la survie de toutes ces populations. Un constat que j’ai pu faire à de multiples reprises au fil de mes voyages et reportages.

La forêt, notre assurance vie pour l’avenir

Dernièrement, en Colombie, Juan et sa famille, des Kogis, m’ont longuement parlé du lien qu’ils entretiennent avec leur forêt. Une forêt dont ils connaissent les moindres recoins et les espèces qu’elle abrite. Cette forêt leur fournit tout ce dont ils ont besoin, ou presque. Ils ne pourraient vivre sans elle et ne manquent pas de la remercier pour tout ce qu’elle leur apporte.

Dans nos pays où la consommation s’est érigée comme valeur suprême, sans que nous le sachions, les forêts (et particulièrement celles de la ceinture tropicale) continuent à nous fournir de multiples produits et services dont nous ne pouvons nous passer. Cependant, loin de la remercier, nous la surexploitons, pire, nous la rasons.

Il faut espérer que cette année 2011 permette au grand public et à tous les acteurs, politiques, sociaux et économiques de mieux connaître ces écosystèmes et de mesurer à quel point ils constituent notre assurance vie pour l’avenir. Et, si nous voulons que cette année des forêts soit concrétisée par de véritables décisions politiques et économiques, ambitieuses, courageuses, nécessaires et à la mesure des enjeux que ces écosystèmes représentent, nous devons tous nous mobiliser. Cette année des forêts n’est pas celles de quelques personnalités, ONGS et Fondations dédiées à leur préservation. Cette année des forêts est la nôtre. De l’avenir des forêts dépendra également le nôtre.

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