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Heureux les résistants aux antimicrobiens !

Posté par Professeur Marc Gentilini le 7 avril 2011

7 avril 2011, c’est la traditionnelle Journée Mondiale de la Santé pour marquer la création de l’OMS en 1948. Elle est consacrée, cette année, à la lutte contre la résistance aux antimicrobiens. Le thème ? « Agir aujourd’hui pour pouvoir encore soigner demain ». C’est un rappel à l’ordre légitime mais à qui donc s’adresse ce cri d’alarme ? A toute la population du globe ou seulement à celle qui a accès aux antimicrobiens ? car, pour être gaspillés, les antibiotiques, en particulier, ne sont guère, pour autant, partagés !

L’usage abusif de ceux-ci dans les pays riches, après avoir sauvé tant de vies humaines, est devenu dangereux entraînant inefficacité d’une part et émergence de souches microbiennes résistantes d’autre part.

Oui, à qui donc s’adresse ce message ? Seulement au quart le plus nanti de la population, même si on peut toujours arguer que des souches de bacille de Koch résistantes aux antituberculeux prolifèrent déjà dans les pays pauvres et dans les zones de grande précarité des pays riches.

Mais on oublie parfois de rappeler que les médicaments antibiotiques, antibactériens ou antiviraux, sont souvent proposés dans des conditions déplorables, dans les rues ou à même le sol, sur les marchés, sans aucun contrôle ni au niveau de leur fabrication (médicaments falsifiés) ni au niveau de leur date de péremption…

L’an prochain, délivrer un message annuel résolument international ?

Indispensable pour une santé mondiale efficace et cohérente, l’OMS « phare sanitaire du monde », aurait dû délivrer un message annuel résolument international mais ce phare fonctionne curieusement, avec des éclipses. La déferlante épidémique grippale, qui devait être un tsunami sanitaire, et qui a mobilisé autour du virus H1N1, en 2009/2010, toutes les forces vives de l’Organisation, a fait in fine beaucoup de bruit pour rien (mais pour cher), sans objectifs réels puisque l’apocalypse annoncée ne s’est heureusement pas produite. A cet exemple s’en ajoute un autre aujourd’hui : la résistance aux antimicrobiens qui, lui aussi, s’adresse aux pays industrialisés, dont les populations moins exposées aux maladies transmissibles n’en sont pas moins les mieux protégées. Moins de maladies et plus de médicaments, excès de consommation et gaspillage, la dérive est bien connue, n’est pas que médicale et se retrouve dans bien d’autres circonstances.

Notre vœu pour l’année prochaine est que le thème retenu lors de la journée mondiale de la santé 2012 soit universel et s’adresse autant aux malades des pays économiquement équilibrés qu’à ceux, beaucoup plus nombreux, des pays pauvres.

Ce n’est pas faire du misérabilisme que de rappeler qu’ils concentrent le milliard d’affamés, le milliard d’assoiffés, le milliard et demi d’hommes, de femmes et d’enfants n’ayant pas accès à l’assainissement, les huit cent millions d’illettrés et les deux milliards de personnes n’ayant pas accès à la chirurgie vitale…

Polémique déplacée, sans doute ; débat manichéen, peut-être ; mais…

Heureux les résistants aux médicaments,

car eux au moins ils y ont eu accès

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Zéro nouvelle infection à VIH. Zéro discrimination. Zéro décès lié au sida.

Posté par Michel Sidibé le 1 décembre 2010

En cette Journée mondiale de lutte contre le sida, nous pouvons être fiers… Au niveau mondial, nous avons réduit de près de 20% le nombre de nouvelles infections à VIH et de décès liés au sida.

Cela signifie qu’il y a moins de personnes nouvellement contaminées par le virus et moins de gens qui décèdent à cause du sida.

56 pays ont presque tous réussi à stabiliser ou à réduire le nombre de nouvelles infections à VIH.

Pour la première fois, nous pouvons dire que nous avons brisé la trajectoire de l’épidémie de sida et atteint la première partie du 6ème objectif du Millénaire pour le développement.

Nous sommes parvenus à ce tournant décisif parce que des familles, des communautés, des gouvernements et l’ONUSIDA se sont unis afin de mobiliser le monde pour créer une dynamique sans précédent.

Nous prenons l’avantage sur l’épidémie… grâce à l’engagement politique, au leadership de tous les secteurs – y compris des chefs religieux… grâce à la science, à l’expérience, au combat de la société civile, au respect des droits humains et à la passion qui nous anime.

En cette Journée mondiale de lutte contre le sida, nous devons nous souvenir…

Nous n’avons pas enregistré ces succès sans de nombreux sacrifices. Aujourd’hui, nous pleurons des amis et des membres de nos familles – quelque 30 millions de personnes ont perdu la vie à cause du sida.

On estime à 10 millions le nombre de ceux qui restent dans l’attente d’un traitement.

Nous ne devons pas oublier que des lois punitives et la stigmatisation continuent à éloigner de trop nombreuses personnes à travers le monde des services de santé.

En cette Journée mondiale de lutte contre le sida, nous devons nous engager…

Les avancées durement acquises sont fragiles – ainsi, notre engagement vis-à-vis de la riposte au sida ne doit pas fléchir.

Participer à la riposte au sida s’est révélé un investissement payant et cet engagement doit être une responsabilité partagé pour aujourd’hui et pour demain.

En cette Journée mondiale de lutte contre le sida, nous pouvons avoir de l’espoir…

Avec votre engagement, l’ONUSIDA et la famille de Nations Unies sont en train de changer le cours de l’épidémie de sida.

J’ai lancé un appel en faveur de la quasi élimination de la transmission mère-enfant du VIH d’ici à 2015.

Rien ne me donne plus d’espoir que de savoir que c’est possible – connaître une génération sans sida de notre vivant sera l’une des plus grandes victoires de l’humanité.

Alors, en cette Journée mondiale de lutte contre le sida, agissons sans attendre – ensemble nous pouvons atteindre notre vision : Zéro nouvelle infection à VIH. Zéro discrimination. Zéro décès lié au sida.

Michel Sidibé

Directeur exécutif de l’ONUSIDA et

Sous-Secrétaire général des Nations Unies

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Le droit à l’eau, et après ?

Posté par Jean-Michel Severino le 11 octobre 2010

Les Nations Unies viennent d’accomplir une grande avancée politique et symbolique en intégrant le droit à l’eau dans les droits fondamentaux de la personne. Ainsi se trouve reconnue enfin une grande revendication universelle, qui avait vu une étape importante franchie dans la consécration d’un des objectifs du millénaire à ce sujet.

Mais chacun est conscient de ce que l’essentiel est devant nous. L’objectif réel que notre planète doit se fixer se trouve désormais dans l’accès universel à une eau de qualité. De sa réalisation dépendent l’amélioration sanitaire globale (les maladies hydriques demeurent la première cause de mortalité dans les pays pauvres), en conséquence la maîtrise de la démographie, la réduction de nombreuses tensions sociales voire de conflits ouverts, comme nous le voyons dans de nombreuses régions du monde affectées par le stress hydrique et la compétition pour l’accès à l’eau entre communautés, mais aussi la croissance économique : investir dans l’eau, c’est investir dans des mécanismes keynésiens de croissance, c’est libérer de la productivité, c’est permettre l’accès à l’école, notamment celui des filles…

Sur le chemin de cet objectif réside un gigantesque déficit d’investissement. Le résoudre exige d’apporter des réponses précises à la question du financement. Sur un sujet comme celui-ci, ainsi que le rapport rédigé sous la direction de Michel Camdessus l’avait montré, ou ainsi qu’un récent rapport de l’OCDE présenté au forum mondial de l’eau d’Istanbul l’avait précisé, nous devons marcher sur trois jambes : des tarifs adéquats qui permettent d’alimenter en ressources les organismes de gestion et d’investissement, des transferts de solidarité entre usagers, des subventions enfin, car il parait difficile que l’eau finance intégralement l’eau. Nous ne l’avons pas fait en Europe occidentale, et cela ne se fera pas dans le reste du monde, pour la seule raison que les externalités, comme disent les économistes, de son accès rendent légitiment et même exigent pour des raisons financières, que l’ensemble de l’économie via les prélèvements obligatoires participe à cet investissement.

Les subventions, une condition sine quanon

Dans le monde globalisé où nous vivons, les subventions doivent se comprendre comme gérées à l’échelle mondiale, et comprenant des transferts Nord-Sud dont l’inspiration n’est pas la charité mais la reconnaissance du fait que nous vivons dans un espace commun où nous nous influençons les uns les autres. Prenons le cas de l’Afrique. Le maintien d’un taux de croissance au-delà de 6% par an, et qui permette de réaliser progressivement l’accès universel à l’eau exige plus de 100 milliards d’euros par an d’investissements – alors que nous n’en sommes encore approximativement qu’à la moitié. Ces investissements sont étroitement liés à l’énergie, car l’eau consomme beaucoup d’énergie et que les barrages ont des usages mixtes. Il est impossible de réaliser de tels volumes d’investissements dans les dix prochaines années, compte tenu des faiblesses du prélèvement fiscal dans les pays les moins avancées d’Afrique, et de leur faible capacité d’endettement, sans des apports financiers extérieurs significatifs, dont une bonne partie en subventions. Ces apports ne se feront pas sans une amélioration importante de la conception et de la mise en œuvre des politiques locales de l’eau, et notamment de politiques tarifaires justes socialement et financièrement réalistes. C’est donc un effort commun qui doit être entrepris.

Permettre à cet effort de s’intensifier au niveau requis pour concrétiser le droit à l’eau devrait être la tâche principale du prochain forum mondial de l’eau qui se tiendra à Marseille en mars 2012. C’est une occasion exceptionnelle de passer aux actes que la France peut promouvoir. Ce devrait être l’occasion de débloquer le goulot d’étranglement financier et de brancher, au sens propre du terme, ce sujet sur celui des financements innovants. La France est motrice dans le groupe de travail qui pilote la progression de cet enjeu fondamental. En tant qu’hôte du forum de Marseille, elle a l’occasion de faire coup double : donner un sens au processus politique de ce sommet, et par là même à toute la rencontre, et un objet concret à une discussion jusqu’ici abstraite.

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Halte aux faux médicaments

Posté par Dr. Aboubakrine Sarr le 29 septembre 2010

Le médicament occupe indiscutablement une place importante dans la prise en charge de la santé des populations. Sa prescription et son usage rationnel assurent au patient un résultat thérapeutique fondé essentiellement sur sa qualité, son efficacité et sa sécurité. En somme, sur ses bonnes pratiques de fabrication, de distribution et de dispensation, et donc sur sa traçabilité.

De nos jours c’est un truisme que de reconnaître l’importance des médicaments contrefaits communément appelés les faux médicaments. Ils représentent environ 10 % du marché mondial soit près de 45 milliards de dollars U.S pour une production globale pharmaceutique qui, elle, tourne autour de 570 à 575 milliards de dollars U.S. En considérant les projections de 2020 qui prévoient une production mondiale d’une valeur de 1 200 à 1 300 milliards de dollars, les conséquences tragiques socio-sanitaires et économiques risquent d’être importantes si l’on n’y prend garde.

Selon l’OMS, si les médicaments contrefaits représentent dans certains pays développés environ 1 % de leur marché, ce taux s’élève jusqu’à 30 % sur les marchés africains (elle peut même aller jusqu’à 50 % des médicaments disponibles dans certains pays).

Plus grave encore, dans le continent africain, la contrefaçon porte le plus souvent sur des produits très sollicités pour la prise en charge des maladies endémiques (le Paludisme), chroniques (la Tuberculose, le Diabète, HTA…), foudroyante et meurtrière (le Sida). A titre d’exemple, les deux tiers des médicaments antipaludiques vendus sur le continent sont faux, pour une maladie qui tue en moyenne plus d’un million de personnes par an dont 80 % en Afrique subsaharienne.

Il faut reconnaître que les politiques de santé, comme les médicaments ont toujours été une source de compétition politique mondiale, indépendamment de leur dimension médicale ou pharmaceutique. Et ce principe est souvent utilisé par les pays industrialisés pour préserver leur rang dans le concert des grandes nations. Mais de nos jours les organisations (ONG, OIG…) et institutions de défense et de financement de la santé des hommes comme l’OMS, le Fonds Mondial, la fondation Chirac , la Fondation Bill & Melinda Gates se mobilisent pour améliorer l’accès au médicament partout où il manque et dans l’intérêt exclusif de la santé publique.

Ailleurs, l’évolution et le développement de l’industrie pharmaceutique dans les pays émergents comme la Chine, l’Inde, le Brésil, la Russie, la Turquie, l’Afrique du Sud, le Nigeria l’Indonésie, la Thaïlande ont aussi beaucoup contribué au décloisonnement de la production mondiale et à l’accessibilité géographique et financière des médicaments dits essentiels. Pour autant, il serait regrettable d’assister au développement exponentiel des médicaments contrefaits par des réseaux mafieux qui profitent souvent de la fragilité des pays ou des décisions et dispositions réglementaires internationales d’exception (licences obligatoires, déclaration de Doha, importations parallèles…) pour réaliser leur sale besogne.

Une mobilisation mondiale des ressources soutenue par une volonté politique nationale et internationale s’impose pour combattre ce crime des faux médicaments à tous les niveaux (les réseaux, les filières, les trafics, les marchés locaux…).

Cette volonté politique devra d’abord être portée par des engagements forts et harmonisés, puis elle devra se matérialiser par des dispositions juridiques consensuelles conséquentes et enfin êtres complétée par des actions pérennes et soutenues par tous.

Dr Aboubakrine SARR

Président du Syndicat des Pharmaciens Privés du Sénégal

Secrétaire Général de l’Intersyndicale des Pharmaciens d’Afrique (Ispharma)

S.G du Secrétariat Permanent du Forum Pharmaceutique International (FPI)

Axes prioritaires de lutte contre les faux médicaments :

Dans le continent africain et cela à travers les institutions régionales et sous régionales comme l’Union Africaine, l’UEMOA, la CEMAC, l’UDEAC, les axes fondamentaux et prioritaires de la lutte seront de trois ordres :

➢ Au plan législatif et réglementaire :

1/ l’élaboration de lois et règlements harmonisés qui rendent les procédures contentieuses plus rapides (par l’utilisation des différentes procédures d’urgence), évaluent les dommages et intérêts à l’échelle du préjudice subi par le titulaire ou détenteur du brevet d’exploitation et prévoient des amendes et peines d’emprisonnement plus dissuasives et coercitives.

2/ l’élaboration de nouvelles infractions dans le code des douanes réprimant l’importation, l’exportation, la circulation et le transit de contrefaçons et conférant à la douane le pouvoir d’auto-saisine de produits soupçonnés contrefaisants et de saisir directement le ministère public.

3/ l’élaboration et/ou la mise à jour dans le Code de la Santé de dispositions législatives, réglementaires et disciplinaires adaptées au contexte, harmonisées et applicables à tous les pays membres de l’institution régionale ou sous régionale.

➢ Au plan communicationnel, informationnel et éducationnel :

1/ l’élaboration et la production d’outils adaptés à l’information, à la sensibilisation des différentes cibles (les pouvoirs publics, les institutions nationales et/ou communautaires, les leaders d’opinion les populations, les agents de santé publique et mêmes les contrefacteurs)

2/ l’organisation de séminaires et ateliers de formation et/ou de renforcement de capacité des institutions de forces publiques (douane, gendarmerie, police…) aux techniques de détection, de contrôle qualité et de traçabilité des médicaments.

➢ Au plan sanitaire et socioéconomique :

1/ la promotion de la production locale de médicaments essentiels de qualité, accessibles géographiquement et financièrement.

2/ l’harmonisation de l’appui international financier et technique par la mise en place de projets et programmes horizontaux selon les principes de la déclaration de Paris de 2005.

3/ l’adoption dans les différents espaces régionaux et sous-régionaux de principes harmonisés sur les BPF, les BPD et sur la Pharmacovigilance (en cours dans l’espace UEMOA depuis juillet 2010 avec l’élaboration du guide des BPF).

4/ La création de comités nationaux de lutte dans tous les pays des différents espaces régionaux et sous régionaux et comprenant outre les pharmaciens, les différents départements et services des Etats concernés dans la traque et la répression des contrefacteurs et vendeurs des faux médicaments

Le pharmacien africain a un rôle fondamental à jouer dans cette grande entreprise, par sa formation continue et celle de ses agents, par l’information et la sensibilisation des patients/clients sur la complexité de la stabilité des médicaments comme sur le danger de la consommation des médicaments contrefaits notamment ceux achetés dans le circuit illicite et sur Internet et enfin par le conseil pharmaceutique qu’il se doit d’offrir aux malades.

Nous avons ainsi pu bénéficier, comme d’autres, d’appuis techniques et financiers pour un renforcement de nos capacités notamment dans le domaine du contrôle qualité du médicament à la Centrale Humanitaire Médico-Pharmaceutique de Clermont Ferrand. Ce domaine de contrôle constitue de nos jours avec la pharmacovigilance un axe prioritaire dans la qualité des soins pharmaceutiques que nous proposons à nos populations.

C’est le lieu d’encourager et de féliciter des institutions telle la Fondation Chirac et le Conseil de l’Europe, lesquels, avec l’Appel de Cotonou et la Convention MEDICRIME, ont fini de poser courageusement les bases de cette volonté mondiale de lutte contre les responsables du génocide des faux médicaments.

« La peur doit changer de camp. »

Ensemble, l’éthique, l’équité, la solidarité et la justice en bandoulière, la détermination des hommes justes viendra à bout sous peu de la cupidité des vendeurs de la mort.

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Objectifs du Millénaire : le défi de la croissance

Posté par Jean-Michel Severino le 18 novembre 2009

Refusant de se résigner à la pauvreté, la communauté internationale s’est dotée en l’an 2000 d’une série d’objectifs ambitieux de développement à atteindre d’ici 2015. Ils concernent, entre autres, la réduction de la faim, l’accès à la santé, à l’éducation et à un environnement durable. Ces objectifs, qui réunirent derrière eux l’ensemble des pays du globe engagés sous la bannière de l’ONU, ont permis de replacer les individus et leurs besoins les plus fondamentaux  au cœur des politiques.

Plus important encore, ils ont favorisé une véritable « objectivation » des besoins auxquels sont confrontés les pays en développement, faisant entrer les politiques d’aide dans une logique de résultats mesurables. Peu de grandes politiques publiques ont su évoluer de manière aussi radicale. Les critiques parfois adressées contre les indicateurs retenus sont donc bien peu de chose au regard de la portée de la nouvelle philosophie qui sous-tend les OMD.

Comment favoriser les progrès de demain ?

La véritable question est ailleurs : puisque ce sont les résultats concrets de développement qui doivent retenir notre attention, où en sommes-nous aujourd’hui, et comment favoriser les progrès de demain ? Le bilan provisoire est mitigé. Alors qu’il reste moins de la moitié du chemin à parcourir avant la date butoir de 2015, il semble que la plupart des objectifs ne seront pas atteints. Et les crises – alimentaires et économique- ont déjà ralenti certains progrès, voire inversé la tendance. Si l’objectif global de réduction de la pauvreté devrait être atteint d’ici 2015, ce sera essentiellement grâce au formidable décollage des géants indiens et chinois.

Quelles sont les clés de ces résultats? Quels sont les ingrédients permettant à l’alchimie de se produire et aux objectifs d’être atteints in fine? Il semblerait que l’on ait trop souvent oublié l’un des ingrédients essentiels : l’atteinte des OMD passera par le soutien à la croissance économique.

Car il serait vain de penser que les progrès dans le domaine de la santé ou de l’éducation pourront être atteints uniquement grâce à des investissements massifs dans les secteurs en question. Seule une croissance soutenue permettra une accélération de ces progrès sur le long terme. Que seraient des hôpitaux flambants neufs sans médecins formés, et que seraient de nouvelles salles de classes sans professeurs ? Des résultats durables en matière de développement impliquent donc des investissements durables (via le soutien aux projets d’infrastructure, d’énergie ou encore de communication) dans la croissance économique des pays concernés. N’est-ce pas d’abord par une croissance économique soutenue que les pays aujourd’hui émergents ont permis à des millions de leurs habitants d’accéder aux services sociaux de base ?

Dans un contexte africain marqué par l’explosion démographique, l’APD seule ne peut fournir l’accès à ces services. Nul doute, en revanche,  qu’une croissance stable pourrait constituer la clé d’une accélération des progrès sociaux synonymes d’atteinte des OMD ; peut-être pas partout dès 2015, mais certainement en 2030 ou en 2050. Pour cela il faudra accompagner les processus de croissance sur le long terme, et favoriser les conditions dans lesquelles ses fruits pourront être le plus largement partagés par les générations présentes et futures. Car seule une croissance soutenable et équitable permettra de transformer les bénéfices économiques en bénéfices sociaux.

Penser la gestion des conséquences sociales de la crise

Faut-t-il dès lors abandonner tout soutien aux politiques sociales ? Certainement pas. Le contexte actuel exige une vigilance accrue de la part des acteurs du développement, face à l’accroissement des inégalités dans les pays les plus pauvres. Il est urgent de penser la gestion des conséquences sociales de la crise et l’adaptation des sociétés en développement à ces bouleversements. Il faudra ainsi trouver les « courroies de transmission sociales » permettant d’assurer la protection des plus démunis : il est de notre rôle en tant que développeurs de renforcer ces secteurs permettant d’étendre les services sociaux au plus grand nombre, et de les protéger des effets immédiats de la dégradation de leur situation socio-économique, tels que la microfinance ou encore le soutien à l’agriculture.

C’est donc un double processus d’accompagnement qui doit être proposé : accompagnement des pays vulnérables dans leur ensemble, dans le but d’enclencher un cycle vertueux de croissance, et accompagnement des laissés-pour-compte de la croissance au sein des pays concernés.

De ce juste équilibre entre l’enclenchement de la croissance et le soutien aux politiques sociales naîtront les conditions de l’atteinte des Objectifs du Millénaire. Un défi développemental à la mesure de notre temps.

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Bienvenue sur le blog de la fondation Chirac

Posté par Fondation Chirac le 25 octobre 2009

Quatre axes, l’accès à l’eau et à l’assainissement, l’accès aux médicaments de qualité, la protection de l’environnement et de la diversité culturelle, ont été choisis par le Président Jacques Chirac pour sa fondation. Tous convergent vers un seul et même objectif : la prévention des conflits. Car la paix est menacée par les conflits non résolus ou les crises, mais également fragilisée désormais par les atteintes à l’environnement et le risque de voir demain les réfugiés climatiques se compter par millions. Elle est également sapée par les faillites de la solidarité sociale, par l’écrasement des cultures singulières, par la recrudescence des conflits identitaires.

Ces thèmes correspondent à des enjeux majeurs de notre époque, ils sont l’objet de débats, de recherches et d’innovations quotidiennes à travers le monde. Ce blog, à sa modeste mesure, souhaite offrir au public un espace de discussion sur ces sujets. Franck Debié, Directeur général de la fondation, Geneviève Ferone, Directrice du développement durable chez Veolia Environnement, Rozenn Milin, Déléguée générale pour la diversité culturelle de la fondation et Directrice du programme Sorosoro, et Jean-Michel Severino, Directeur de l’Agence française de développement, partageront chaque semaine leur opinion :

- Franck Debié en matière de géopolitique,

- Geneviève Ferone sur l’environnement et l’énergie,

- Rozenn Milin sur la diversité culturelle,

- Jean-Michel Severino sur le développement.

La fondation Chirac veut favoriser l’échange des idées, des techniques, des valeurs et contribuer à créer un maillage toujours plus étendu de connaissances et de pratiques qui engendre par lui-même du développement durable. Chacun est donc invité à leur répondre et à partager ses son point de vue avec eux. Ce blog est le vôtre, à vous d’en faire un espace vivant de réflexion et d’échanges.

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