Objectifs du Millénaire : le défi de la croissance
Posté par Jean-Michel Severino le 18 novembre 2009Refusant de se résigner à la pauvreté, la communauté internationale s’est dotée en l’an 2000 d’une série d’objectifs ambitieux de développement à atteindre d’ici 2015. Ils concernent, entre autres, la réduction de la faim, l’accès à la santé, à l’éducation et à un environnement durable. Ces objectifs, qui réunirent derrière eux l’ensemble des pays du globe engagés sous la bannière de l’ONU, ont permis de replacer les individus et leurs besoins les plus fondamentaux au cœur des politiques.
Plus important encore, ils ont favorisé une véritable « objectivation » des besoins auxquels sont confrontés les pays en développement, faisant entrer les politiques d’aide dans une logique de résultats mesurables. Peu de grandes politiques publiques ont su évoluer de manière aussi radicale. Les critiques parfois adressées contre les indicateurs retenus sont donc bien peu de chose au regard de la portée de la nouvelle philosophie qui sous-tend les OMD.
Comment favoriser les progrès de demain ?
La véritable question est ailleurs : puisque ce sont les résultats concrets de développement qui doivent retenir notre attention, où en sommes-nous aujourd’hui, et comment favoriser les progrès de demain ? Le bilan provisoire est mitigé. Alors qu’il reste moins de la moitié du chemin à parcourir avant la date butoir de 2015, il semble que la plupart des objectifs ne seront pas atteints. Et les crises – alimentaires et économique- ont déjà ralenti certains progrès, voire inversé la tendance. Si l’objectif global de réduction de la pauvreté devrait être atteint d’ici 2015, ce sera essentiellement grâce au formidable décollage des géants indiens et chinois.
Quelles sont les clés de ces résultats? Quels sont les ingrédients permettant à l’alchimie de se produire et aux objectifs d’être atteints in fine? Il semblerait que l’on ait trop souvent oublié l’un des ingrédients essentiels : l’atteinte des OMD passera par le soutien à la croissance économique.
Car il serait vain de penser que les progrès dans le domaine de la santé ou de l’éducation pourront être atteints uniquement grâce à des investissements massifs dans les secteurs en question. Seule une croissance soutenue permettra une accélération de ces progrès sur le long terme. Que seraient des hôpitaux flambants neufs sans médecins formés, et que seraient de nouvelles salles de classes sans professeurs ? Des résultats durables en matière de développement impliquent donc des investissements durables (via le soutien aux projets d’infrastructure, d’énergie ou encore de communication) dans la croissance économique des pays concernés. N’est-ce pas d’abord par une croissance économique soutenue que les pays aujourd’hui émergents ont permis à des millions de leurs habitants d’accéder aux services sociaux de base ?
Dans un contexte africain marqué par l’explosion démographique, l’APD seule ne peut fournir l’accès à ces services. Nul doute, en revanche, qu’une croissance stable pourrait constituer la clé d’une accélération des progrès sociaux synonymes d’atteinte des OMD ; peut-être pas partout dès 2015, mais certainement en 2030 ou en 2050. Pour cela il faudra accompagner les processus de croissance sur le long terme, et favoriser les conditions dans lesquelles ses fruits pourront être le plus largement partagés par les générations présentes et futures. Car seule une croissance soutenable et équitable permettra de transformer les bénéfices économiques en bénéfices sociaux.
Penser la gestion des conséquences sociales de la crise
Faut-t-il dès lors abandonner tout soutien aux politiques sociales ? Certainement pas. Le contexte actuel exige une vigilance accrue de la part des acteurs du développement, face à l’accroissement des inégalités dans les pays les plus pauvres. Il est urgent de penser la gestion des conséquences sociales de la crise et l’adaptation des sociétés en développement à ces bouleversements. Il faudra ainsi trouver les « courroies de transmission sociales » permettant d’assurer la protection des plus démunis : il est de notre rôle en tant que développeurs de renforcer ces secteurs permettant d’étendre les services sociaux au plus grand nombre, et de les protéger des effets immédiats de la dégradation de leur situation socio-économique, tels que la microfinance ou encore le soutien à l’agriculture.
C’est donc un double processus d’accompagnement qui doit être proposé : accompagnement des pays vulnérables dans leur ensemble, dans le but d’enclencher un cycle vertueux de croissance, et accompagnement des laissés-pour-compte de la croissance au sein des pays concernés.
De ce juste équilibre entre l’enclenchement de la croissance et le soutien aux politiques sociales naîtront les conditions de l’atteinte des Objectifs du Millénaire. Un défi développemental à la mesure de notre temps.
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Bienvenue sur le blog de la fondation Chirac
Posté par Franck Debié le 25 octobre 2009Quatre axes, l’accès à l’eau et à l’assainissement, l’accès aux médicaments de qualité, la protection de l’environnement et de la diversité culturelle, ont été choisis par le Président Jacques Chirac pour sa fondation. Tous convergent vers un seul et même objectif : la prévention des conflits. Car la paix est menacée par les conflits non résolus ou les crises, mais également fragilisée désormais par les atteintes à l’environnement et le risque de voir demain les réfugiés climatiques se compter par millions. Elle est également sapée par les faillites de la solidarité sociale, par l’écrasement des cultures singulières, par la recrudescence des conflits identitaires.
Ces thèmes correspondent à des enjeux majeurs de notre époque, ils sont l’objet de débats, de recherches et d’innovations quotidiennes à travers le monde. Ce blog, à sa modeste mesure, souhaite offrir au public un espace de discussion sur ces sujets. Franck Debié, Directeur général de la fondation, Geneviève Ferone, Directrice du développement durable chez Veolia Environnement, Rozenn Milin, Déléguée générale pour la diversité culturelle de la fondation et Directrice du programme Sorosoro, et Jean-Michel Severino, Directeur de l’Agence française de développement, partageront chaque semaine leur opinion :
- Franck Debié en matière de géopolitique,
- Geneviève Ferone sur l’environnement et l’énergie,
- Rozenn Milin sur la diversité culturelle,
- Jean-Michel Severino sur le développement.
La fondation Chirac veut favoriser l’échange des idées, des techniques, des valeurs et contribuer à créer un maillage toujours plus étendu de connaissances et de pratiques qui engendre par lui-même du développement durable. Chacun est donc invité à leur répondre et à partager ses son point de vue avec eux. Ce blog est le vôtre, à vous d’en faire un espace vivant de réflexion et d’échanges.
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