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Quel sera le nouveau Feu de Prométhée ?

Posté par Geneviève Ferone le 16 mars 2011

Une tragédie déjà maintes fois jouée

Depuis la nuit des temps, les mythes fondateurs les plus anciens ont parfaitement capturé l’essence de notre âme tourmentée et décrit la fragilité de notre existence. L’éternel « facteur » humain a traversé tous les âges, tissant inlassablement les mêmes drames, passant par les mêmes déchirures. Tout est appelé à se répéter à chaque instant de la vie, dans chaque civilisation, mettant en scène les éléments immuables d’une tragédie déjà maintes fois jouée. Pourtant derrière les terribles événements de ce début d’année 2011, révolutions et catastrophes naturelles, se dessinent pour la première fois avec une très nette acuité, l’extrême vulnérabilité de nos sociétés dans ce qu’elles ont en commun de plus précieux : l’énergie.

Une double irréversibilité marque le cheminement de l’humanité

Le système énergétique sur lequel tourne le monde engendre des conséquences irréversibles. La loi de l’entropie nous rappelle qu’il existe une flèche de temps qui oriente l’avenir dans une seule direction, celle de l’exploitation et de la dégradation du stock de ressources épuisables. Nous laisserons donc aux générations futures un patrimoine naturel très largement entamé et moins adapté à leurs besoins. Cependant, la loi de l’entropie n’est pas la seule flèche de temps qui gouverne notre évolution. L’augmentation de nos connaissances est tout aussi déterminante, bien que moins tangible. Le progrès du savoir humain est aussi un processus irréversible. Une double irréversibilité marque le cheminement de l’humanité : la ponction des stocks de ressources non renouvelables et l’accumulation des techniques et des savoirs.

Une course de vitesse

A partir de ces deux processus dynamiques, on peut décider d’une intensification des prélèvements à condition de disposer d’un niveau de connaissances suffisant pour assurer la pérennité du système ; en l’occurrence, la pérennité du système énergétique de la planète. Nous sommes pris dans une course de vitesse, il nous faut simultanément réduire la vitesse de dégradation des ressources et investir massivement dans la recherche, et en priorité sur tout ce qui pourra réduire l’intensité énergétique de notre niveau de vie et développer des solutions alternatives.

Tout semble être réuni pour affronter au mieux cette échéance. Pour autant, nous avons pu nous rendre compte à maintes occasions que nous n’utilisons pas toujours à bon escient l’information dont nous disposons pour organiser la transition dans les meilleurs délais. C’est exactement la situation à laquelle nous sommes aujourd’hui confrontés. L’enjeu réside dans la capacité de nos institutions à faire face à un problème plus grand qu’elles et face auquel, faute d’alternative à la fois technologique et politique, nous restons tétanisés et impuissants. Personne ne peut imaginer un monde sans énergie. Nous ne pouvons pas (encore) nous passer des énergies fossiles, nous redoutons l’énergie nucléaire plus que les menaces du changement climatique et les énergies renouvelables sont dérisoires à la maille de l’enjeu. Le Feu ancien s’épuise lentement ; dans son déclin il menace d’embraser la terre et de diviser les hommes. De quoi sera donc fait le nouveau Feu de Prométhée ? A aucun autre moment dans notre histoire, cette question ne s’est posée avec autant d’urgence, au point que les réponses qui seront apportées vont d’ores et déjà structurer la trame de la première moitié de notre siècle.

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La loi, un élément majeur dans la prévention des conflits

Posté par Fondation Chirac le 9 mars 2011

Maître Bernard Vatier, ancien Bâtonnier du Barreau de Paris, et membre fondateur de la fondation Chirac, succède à Arnaud Danjean comme Délégué général du Prix pour la prévention des conflits. Il répond aux questions de la fondation Chirac sur le rôle du droit dans la gestion des conflits.

Les instruments juridiques peuvent-ils contribuer à prévenir un conflit ?

La prévention des conflits s’instaure grâce à la mise en place d’une règle légitime pour tous ceux qui la servent, c’est-à-dire par la régulation d’une société, par une loi acceptée de tous ceux à qui elle est opposée et qui permet de gérer un conflit.

Toutefois, la loi n’est pas suffisante. Dans une structure sociale, il y a toujours des conflits, c’est pourquoi il est nécessaire qu’il y ait des médiateurs. Entre deux personnes, ce peut être un juge ; dans l’hypothèse d’une contestation entre deux collectivités, c’est plus complexe. Soit on règle une difficulté par la force et la violence et ensuite on maintient une situation par la contrainte. Soit on règle la difficulté par la médiation. C’est à ce moment que le droit a toute sa force. Pour prévenir une violence, il faut donc une loi légitime d’une part, et un médiateur légitime pour trancher le conflit. C’est un travail de juriste.

Avez-vous des exemples d’actions juridiques qui pourraient recevoir le Prix pour la prévention des conflits?

Des organisations internationales de défense des droits de l’homme, pourraient-elles être éligibles au Prix ? Elles dénoncent des anomalies par rapport à un système juridique. Mais cette dénonciation est-elle suffisante pour prévenir un conflit ? La question reste posée.

Un autre exemple d’action pourrait être l’Afghanistan : l’organisation sociale y a été décimée par des guerres, il faut y reconstruire un état de droit -élément majeur dans la prévention des conflits à venir.

Eh bien, il a fallu créer à Kaboul un barreau qui ne serait pas l’otage des groupes politiques et qui puisse avoir sa place dans régulation de la société et acquérir la légitimité voulue afin que l’état de droit puisse s’instaurer. C’est un travail de très longue haleine auquel les barreaux français et européens peuvent et doivent contribuer.

Sachant que la sharia est le fondement juridique de nombreux pays, et de l’Afghanistan notamment, comment concilier la notion d’état de droit d’un point de vue international avec cet autre système ? Parler d’état de droit international dans un pays de droit islamique ne risque-t-il pas de créer au contraire de nouveaux conflits ?

La sharia soulève en effet nombre de contestations. Elle correspond pourtant à l’état de droit local, lié à une religion : elle a en ce sens sa légitimité. Prévenir un conflit, c’est prendre en en compte la culture locale. On ne peut pas transposer la culture que nous avons acquise par l’histoire, ici en Occident, pour l’imposer et la calquer sur une culture qui est tout aussi honorable mais ne connaît pas nos principes.

Il faut faire très attention : la démarche occidentale porte un impérialisme culturel, destructeur d’un système de paix. Si nous calquons nos règles de droits, nous donnons à une collectivité des instruments juridiques qui ne sont pas les siens. On désaccorde alors ce qui devrait être harmonieux.

Je crois que nous avons nous, juristes occidentaux, à être extrêmement humbles, et je reproche aux juristes occidentaux de ne pas avoir cette humilité. Elle est un préalable à la reconnaissance d’une culture qui n’est pas la nôtre, mais à laquelle on peut néanmoins contribuer par l’expérience qui est la nôtre.

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Journée internationale de la langue maternelle

Posté par Rozenn Milin le 23 février 2011

En l’an 2000, l’UNESCO proclamait le 21 février Journée internationale de la langue maternelle. Voilà donc plus de 10 ans que cette date est chaque année l’occasion de célébrer le multilinguisme et la préservation des langues en tant que patrimoine de l’humanité. L’occasion aussi de rappeler que chacun peut utiliser sa langue maternelle pleinement et librement en toutes circonstances, un droit fondamental qui malheureusement ne s’exerce pas encore librement dans bien des pays.

Les périmètres d’action de l’UNESCO sont l’éducation, les sciences et la culture. La question de la langue maternelle est particulièrement importante pour l’institution internationale dans deux de ces domaines : sur le plan culturel, bien entendu, puisque la langue est une part primordiale du patrimoine immatériel de tout peuple ; sur le plan de l’éducation, ensuite, car la langue d’alphabétisation est souvent cruciale pour la réussite des apprentissages scolaires.

Scolarisation dans sa langue maternelle

Posons donc ici les bases du débat : des études menées à travers le monde par divers organismes montrent qu’alphabétiser un enfant dans sa langue d’origine donne globalement d’excellents résultats, alors qu’imposer d’entrée de jeu la scolarisation en langue nationale ou dans une langue étrangère est une politique menant souvent à l’échec.

La linguiste finlandaise Tove Skutnabb-Kangas, de l’Université d’Helsinki, spécialisée dans l’éducation multilingue et impliquée en particulier dans des projets d’éducation en langue maternelle au Népal et en Inde, donne sur le sujet une analyse limpide :

« Si l’enseignement se fait dans une langue que l’enfant issu d’une communauté linguistique indigène (ou tribale, ou minoritaire) ne connait pas, cet enfant passe ses 2 ou 3 premières années en salle de classe sans comprendre grand-chose à ce qui est enseigné. Il peut répéter mécaniquement ce que le professeur dit sans comprendre, sans développer sa capacité à penser avec l’aide du langage, et en apprenant finalement presque rien des sujets qui lui sont enseignés.

C’est pour cette raison que beaucoup de ces enfants quittent l’école prématurément, sans avoir appris à lire et à écrire, sans avoir non plus développé la maîtrise de leur langue maternelle, et pratiquement sans avoir acquis aucune connaissance scolaire.

Alors que si l’enfant est scolarisé dans sa langue maternelle, il comprend les enseignements, apprend les cours, développe sa capacité cognitive et académique dans sa langue maternelle, et a de très bonnes chances de devenir une personne pensante et cultivée, qui pourra poursuivre son éducation. »

Des meilleurs résultats

La Banque Mondiale elle-même l’affirme dans le Sourcebook for Poverty Reduction Strategies (2001), en reprenant un rapport de l’UNICEF de 1999 :

« De nombreuses recherches montrent que les élèves apprennent plus vite à lire et à acquérir de nouvelles connaissances lorsqu’ils ont reçu un premier enseignement dans leur langue maternelle. Ils apprennent également plus rapidement une seconde langue que ceux qui ont d’abord appris à lire dans une langue qui ne leur était pas familière ».

Citons aussi les linguistes Thomas et Collier (1997) qui, se basant sur des études qu’ils ont menées à grande échelle sur le sujet, sont encore plus précis : ils ont constaté que les élèves issus de minorités linguistiques qui avaient reçu à l’école primaire l’enseignement le plus poussé dans la langue maternelle avaient aussi les meilleurs résultats… dans la langue nationale lors des tests nationaux standardisés menés dans les lycées.

Enfin, pour compléter le tableau, la linguiste Claire Moyse-Faurie, du LACITO/CNRS nous livre un autre argument :

« Le bénéfice est aussi social et culturel : le fait de parler à l’école la même langue que les parents permet à ces derniers de suivre l’apprentissage de leurs enfants, d’en discuter, de les aider, de s’impliquer dans la vie scolaire ; l’éducation en langue vernaculaire est une garantie que les enfants ne seront pas marginalisés dans leur mode de vie et éloignés de leur culture. »

Recommander l’usage de la langue maternelle dans l’alphabétisation et plus globalement dans l’éducation n’est donc pas une option fantaisiste, c’est une recommandation basée sur de multiples travaux de terrain. Au-delà des résultats probants de ces études, et même si certains peinent encore à les admettre, on pourrait ajouter qu’il s’agit là d’une simple question de bon sens. Et il est bien dommage que ces données ne soient pas mieux prises en compte car la réussite à l’école conditionne les chances d’amélioration du niveau de vie de millions d’enfants : une alphabétisation réussie est en effet leur meilleur atout pour ne pas être les laissés pour compte de la mondialisation.

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Les forêts tropicales dans le marché du carbone : chance historique pour le climat ou nouvelle source de «hot air» ?

Posté par Alain Karsenty le 10 février 2011

En 1997, à la veille de la conférence de Kyoto, on pouvait se demander si les négociateurs allaient privilégier l’instrument de la taxe carbone ou celui des marchés des permis d’émission pour diminuer les émissions de gaz à effet de serre. La solution du marché fut retenue, accompagnée de mécanismes de « flexibilité » comme le mécanisme de développement propre (MDP). Ces mécanismes étaient censés permettre d’atteindre les objectifs quantitatifs de réduction des émissions adoptés, mais à un coût moindre. Ces choix s’appuyaient sur les théories économiques qui indiquent que l’on peut, pour réaliser un objectif environnemental, choisir une régulation par les prix (la taxe) ou par les quantités (les quotas). L’existence possible d’un seuil dangereux de concentration qui ferait basculer le système climatique dans une dynamique incontrôlable plaidait plutôt pour une approche par les permis d’émission de type « cap-and-trade ». Malheureusement, le plafonnement des émissions n’a jamais été réalisé, faute d’une participation des pays émergents et du fait de diverses « échappatoires » comme le MDP.

Près de 10 ans après l’entrée en vigueur des mécanismes de flexibilité, il devient de plus en plus manifeste que ceux-ci ont surtout servi à différer des investissements de réduction des émissions et les adaptations nécessaires dans les modes de consommation et de transport dans les pays industrialisés, et qu’ils n’ont eu qu’une influence très marginale sur les objectifs ultimes de la convention climat. Le MDP a permis à une foule d’experts de faire de bonnes affaires mais n’a pas empêché l’ouverture, au côté des champs d’éoliennes, en Chine et ailleurs de centaines de centrales au charbon, contrairement aux espoirs de la fin des années 1990. L’économie politique d’un mécanisme dont la fiabilité dépend d’expertises rigoureuses appuyées sur la précision et transparence des informations mises à disposition par les entreprises a été totalement sous-estimée. La conception même de l’instrument, basé sur la constitution de scénarii « que se serait-il passé sans le projet ? » couplé à un marché où les bureaux certificateurs sont en concurrence auprès des entreprises candidates au MDP, ouvre la porte à des dérives de toute sorte que l’organisme régulateur n’a pas les moyens de contrôler. Quant à l’ambition de « développement », en principe condition sine qua non d’un projet MDP, elle a été vite abandonnée.

« Hot air » ?

Sans qu’un véritable bilan de ces dispositifs de marché n’ait été tiré par la Convention Climat (dispositifs critiqués, entre autres, par des personnalités aussi renommées que le climatologue Hansen ou l’économiste du changement climatique Nordhaus), il est possible qu’à Durban ceux-ci soient reconduits, voire que leur champ soit élargi aux forêts tropicales à travers le mécanisme REDD (Réduction des Émissions issues de la Déforestation et de la Dégradation). Or, la variation des taux de déforestation d’une période à l’autre dépend tout autant sinon plus des variations des prix agricoles et des incidents climatiques que de l’action publique, surtout dans les États « défaillants ». Les crédits carbone délivrés auront ainsi toutes les chances d’être le produit de circonstances plutôt que des choix d’action publique, ce qui génèrera encore plus de « hot air » et affaiblira le signal-prix, fondement du système d’incitation.

Il est possible d’envisager une autre architecture, tant pour le monde post-Kyoto que pour le mécanisme REDD, autour de la fiscalité. La création d’un fonds international de lutte contre la déforestation dépend seulement d’une décision concertée d’un certain nombre de pays, qui pourraient décider de l’abonder avec les fameux « financements innovants » qu’ils pourraient mettre en place chez eux. C’est l’idée de Georges Soros, qui plaide pour qu’un tel fonds soit alimenté, au moins dans un premier temps, par une taxe sur les billets d’avion – à l’instar du système mis en place à l’initiative de la France pour la lutte contre le sida – et qu’il finance également la transformation de l’agriculture dans les pays tropicaux. Ces mesures devraient viser également le soutien aux activités économiques valorisant durablement les différentes ressources forestières, mais aussi le domaine agricole (« intensification écologique ») et celui du foncier (droits opposables en faveur des paysans et des communautés face aux tentatives d’accaparement par l’agrobusiness). Et dans les États défaillants, rien ne sera possible sans commencer par reconstruire des capacités d’action publique et de restaurer un minimum d’état de droit. Autant de priorités de politique publique dont il serait illusoire d’attendre qu’elles soient traitées par le marché (du carbone).

Alain Karsenty
CIRAD

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Et le désert est redevenu un espace immense

Posté par Jacques Godfrain le 26 janvier 2011

Le Sahel n’est pas un désert d’hommes. Il en est partout, au bout et au bord de chaque piste, au coin de chaque dune. Pour qui connaît un peu (qui les connaît beaucoup ?) ces immensités, on sait que là vivent des hommes et des femmes inscrits totalement dans cette nature hostile, mais dont ils savent à la fois s’acclimater et faire des remparts.

Leurs richesses sont leurs troupeaux, faméliques loin des points d’eau, magnifiques à la saison ou près de la maigre végétation.

Depuis des décennies, les Européens ou les Africains ont compris l’importance et la richesse du monde pastoral. Les études sur les races animales tropicales sont anciennes, dans nos écoles vétérinaires, à l’Agro, à l’école vétérinaire de Dakar.

Ces soins, ces vaccinations, ces suivis des cheptels sub-sahariens ont tissé au fil des ans des liens étroits, intimes et confiants, entre ces populations et ceux qui contribuent à leur vie et parfois leur survie.

Et puis sont venus l’ajustement structurel, l’abandon progressif de l’agriculture comme première préoccupation des financiers, les gels budgétaires, les directives des grandes institutions.

L’Homme du désert a vite compris que l’état sanitaire de son troupeau n’était pas une priorité, et qu’il ne comptait guère dans la tête de ceux qu’il avait accueillis, en touristes, en frères, en amoureux des soleils couchants, et parfois pour lesquels les grands-parents étaient morts.

Et le désert est redevenu un espace immense.

Alors d’autres hommes sont venus, ont parlé, ont aidé, ont soutenu et souvent remplacé, par leur appui et leur sens de la fraternité, les hommes blancs.

Aujourd’hui, les circonstances exigent, non pas la contrition, mais l’action.

Les forces spéciales ne suffiront pas. Il faut absolument revoir nos positions sur l’agriculture et l’élevage. Un formidable organisme existe, l’OIE (L’Organisation mondiale de la santé animale (1)) pour lequel chaque année, budget après budget, on sent les tentatives d’amoindrissement financier.

Il faut renouer le dialogue avec ceux qui soignent et donc nourrissent.

Lutter contre la faim, c’est cela ; lutter contre les médicaments et vaccins factices, c’est cela et pas l’incantation.

Lorsque la sagesse des hommes sait l’emporter sur la force des choses, alors ceux qui enlèvent ou tuent n’ont plus leur place.

Prévenir les conflits, c’est montrer aux plus démunis que la vie au bout du compte permettra au berger d’espérer, au soir de sa vie, laisser un troupeau plus nombreux que celui légué par son père.

Jacques GODFRAIN
Ancien Ministre
Membre Honoraire du Parlement
Député suppléant de l’Aveyron

(1) L’Office international des épizooties a été crée en 1924 pour combattre les maladies animales, en 2003 l’Office est devenu l’Organisation Mondiale de la Santé Animale mais a gardé son acronyme historique OIE.

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Des solutions en énergie durable pour lutter contre la pauvreté

Posté par Rajendra K. Pachauri le 19 janvier 2011

Le faible accès à l’énergie est un cas très répandu à travers le monde ; il représente pourtant un aspect déterminant du développement. Malheureusement, la communauté internationale, et la plupart des gouvernements ne lui ont accordé que peu d’attention. Par le passé, des voix se sont élevées pour demander que l’accès à l’énergie devienne l’un des Objectifs Millénaires du Développement (OMDs), sans trouver la faveur de certains gouvernements. De cette situation, il résulte que près de 20 ans après le sommet de Rio, environ 1 milliard d’êtres humains continuent à ne pas bénéficier du courant électrique dans leur habitation. Davantage, bien plus de 2 milliards de personnes ont recours à la biomasse comme combustible de cuisine, souvent de qualité inférieure et dangereuse pour la santé de ceux qui s’exposent aux émissions nocives de ce type d’énergie.

Toutefois, de nos jours, on observe un surcroît d’intérêt pour ce sujet, à différents niveaux, de par le monde. Il résulte d’une inquiétude authentique s’agissant du bien-être des populations concernées. Inquiétude étendue à la possibilité de réduire les futures émissions de gaz à effet de serre des pays les moins avancés, actuellement privés d’énergies modernes, et qui selon toute vraisemblance, opteront pour les énergies fossiles au fur et à mesure de leur développement.

« Eclairer un milliard de personnes »

Dans ce contexte, le programme lancé par TERI pour approvisionner 1 milliard d’êtres humains en électricité, est une innovation majeure. (LaBL, « Lighting a Billion Lives », en anglais –NDT). Il propose des lanternes solaires, très efficaces et rentables, diffusées de différentes façons auprès des villages dépourvus d’électricité : elles sont par exemple mises en vente sur le marché. Ou encore, une femme est formée comme chef d’entreprise pour revendre et gérer la fourniture en électricité à tout un village : via l’installation de panneaux photovoltaïques sur son toit, elle leur loue pour la nuit les lanternes chargées.

Avec ce programme, TERI a ainsi équipé 600 villages en Inde et de nombreux autres dans diverses régions d’Asie, notamment en Birmanie. TERI vise également une implantation en Afrique, par exemple en Sierra Leone. La réussite d’un tel programme dépend, avant tout, des innovations émanant d’Institutions, du financement à grande échelle, de la formation et du renforcement des capacités.

Un programme tel que LaBL offre d’importantes perspectives de solutions pour l’approvisionnement propre et durable en éclairage. Et ce, pour des êtres humains qui n’auraient autrement aucun espoir de bénéficier rapidement d’électricité à leur domicile. Toutefois, des solutions énergétiques qui soient efficaces, qui préservent l’environnement, tout en comblant les besoins en électricité pour les populations pauvres, ne paraissent pas très brillantes.

Il est temps pour le monde entier, pour les organisations multilatérales en charge du développement, ainsi que pour les fondations d’entreprises, de se montrer résolus à lancer des initiatives sociales appropriées. Ainsi qu’à produire des efforts croissants d’innovation afin de prendre en charge une forme de privation qui semble totalement déplacée dans ce monde globalisé du 21ème siècle, en mouvement vers une croissance économique et des progrès technologiques.

RK Pachauri
Directeur Général, TERI
Président, GIEC

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Le référendum au Sud-Soudan : Miracle ou mirage ?

Posté par Georges Tsaï le 12 janvier 2011

Jimmy Carter, Kofi Annan, plusieurs centaines (milliers ?) de Chinois et… George Clooney ont décidé de commencer la nouvelle année dans le Sud-Soudan, région pourtant peu reconnue pour ses attraits touristiques.

Ils étaient là pour une bonne cause : s’assurer du bon déroulement du référendum sur l’indépendance du Sud-Soudan prévu dans l’Accord de paix global (APG) de 2005, qui mit fin à l’un des conflits les plus meurtriers de ces 50 dernières années.

Sinistre mascarade ou dénouement vertueux ?

Le référendum, qui a commencé dimanche dernier et se terminera dimanche prochain, est porteur d’un grand espoir pour le règlement pacifique, et durable, d’un conflit qui a opposé pendant près de 40 ans le nord et le sud du Soudan.

Rappelons brièvement quelques faits saillants :

En 1955 (soit avant même l’indépendance du Soudan, proclamée en 1956) éclate une première guerre civile entre le Nord, à majorité musulmane, et le Sud, composé majoritairement d’animistes et de chrétiens. Cette guerre, qui durera jusqu’en 1972, fait 500.000 morts et provoque le déplacement involontaire d’un million de réfugiés.

Entre 1972 et 1983, grâce à la médiation de l’empereur Haile Selassié, le Soudan vit une période de paix relative.

1978 : la compagnie Chevron découvre des gisements pétroliers dans le Sud.

La guerre civile reprend en 1983. Ce deuxième conflit, qui fera deux millions de morts et déplacera quatre millions de réfugiés involontaires, cessera en 2005, à la suite de la signature de l’APG, qui met en place un régime fédéral et qui prévoit, entre autres, qu’un référendum sur l’indépendance du Sud-Soudan devra être organisé avant la fin de janvier 2011.

9 janvier 2011 : déjouant les prédictions pessimistes de nombreux observateurs, le référendum commence à se dérouler dans le calme et, semble-t-il, sans violences excessives ni manipulations malhonnêtes du processus référendaire.

Sinistre mascarade qui se terminera mal ou dénouement vertueux d’un des conflits les plus sanglants de la deuxième moitié du XXe siècle ? La question reste posée. Essayons d’analyser les chances de succès et les risques d’échec de cette entreprise.

Morale et realpolitik

Commençons par les facteurs qui peuvent justifier un certain optimisme. Il y a, d’abord, ce qui semble être une réelle mobilisation de forces agissantes de la communauté internationale. Les États-Unis ont joué un rôle considérable depuis la signature de l’APG pour que ce dernier soit effectivement mis en œuvre. George W. Bush, n’avait pas ménagé ses efforts pour que Washington travaille dans ce sens. Le fait que plusieurs mouvements religieux chrétiens appuient l’indépendance du Sud n’était sans doute pas étranger à l’intérêt qu’il a porté à cette question. De façon plus générale, la communauté internationale ne s’est pas complètement remise de son inaction au Rwanda et souffre encore d’un reliquat de mauvaise conscience. Elle chercherait donc à éviter une autre tragédie humanitaire, pour des raisons sincèrement morales.

Ensuite, il y a une bonne dose de realpolitik qui incite beaucoup d’acteurs à vouloir un dénouement heureux. Le pétrole, bien sûr, joue un rôle important et impose la voie de la collaboration entre le Sud, qui possède la plupart des gisements pétroliers du pays, et le Nord, qui a l’infrastructure pour permettre le transport et l’exportation du précieux liquide. De son côté, le Président Omar el-Béchir s’est tout-à-coup transformé en chef d’Etat éclairé, soucieux du respect de la volonté des habitants du Sud. Les sanctions imposées au Soudan et le mandat d’arrêt délivré par la Cour pénale internationale contre le Président ne sont peut-être pas étrangers à cette remarquable conversion. Il y a gros à parier que sa visite à Juba, à quelques jours du référendum, pour y tenir des propos dignes d’un démocrate convaincu n’était pas totalement gratuite.

Menaces persistantes

Mais il y a encore loin de la coupe aux lèvres et ce qui a si bien commencé dimanche dernier pourrait facilement tourner au cauchemar. En particulier, il y a trois vulnérabilités que les Soudanais (du Nord et du Sud) et la communauté internationale devraient surveiller attentivement :

1. D’abord, les résultats du référendum. Pour qu’ils soient acceptés de tous, il faudra réunir trois conditions : une votation exempte de manipulations et de violence ; un pourcentage élevé de votes en faveur de l’une ou l’autre option ; et un taux de participation substantiel. On s’attend à ce que ce dernier dépasse largement le seuil de 60 % fixé par el-Béchir comme étant le minimum absolu pour valider les résultats du référendum. En ce qui concerne le pourcentage de votes en faveur du « oui », plus il sera élevé mieux ce sera. À titre d’exemple, la Slovénie en 1990, la Croatie en 1991 et l’Érythrée en 1993, ont accédé à l’indépendance avec respectivement 95 %, 93 % et 99.8 % de votes favorables. Par contre, un résultat « à la québécoise », c’est-à-dire avec une petite marge entre le « oui » et le « non », créerait une situation difficile, potentiellement explosive. Là encore, 60 % des voix semblerait être un minimum pour justifier le démantèlement d’un pays existant.

2. Ensuite, la question de la frontière entre le Nord et le Sud. Celle-ci doit être déterminée avec précision. Tâche rendue encore plus importante en raison de la présence, dans la région frontalière, de riches gisements pétroliers. Cette question, si elle n’était pas bien réglée, pourrait très vite être la source d’une reprise de conflits violents. Le cas, bien connu, de la frontière, encore disputée, entre les deux Corées et celui, beaucoup moins connu, du différend frontalier entre le Nicaragua et le Costa Rica illustrent, si besoin était, l’importance de cette question.

3. Enfin, les modalités exactes de la coopération économique entre les deux pays, en particulier en ce qui concerne le partage des revenus pétroliers, pèseront de tout leur poids sur la suite des évènements. À cela viendra se greffer la situation, quasiment inextricable, de la région d’Abyei, enclavée dans la partie nord, et qui devait, également par référendum, décider de son rattachement définitif au Nord ou au Sud. La région, bien que petite, recèle elle aussi de riches gisements pétroliers. Des complications liées à la question de qui serait habilité à voter ont fait que le référendum a été reporté sine die. Cela veut dire que le Nord et le Sud devront entreprendre de délicates négociations pour décider du sort de cette région.

Le Sud-Soudan, un Etat en sursis ?

Le monde (ou du moins quelques observateurs) retient son souffle. Ceux qui ont conçu et signé l’Accord de paix global ont fait preuve de sagesse, de vision et de courage. Est-ce que leur pari va être gagné ? Ou est-ce que, au contraire, le nouveau pays deviendra un autre Etat en sursis ? On ne peut qu’espérer que le Sud-Soudan réussisse et que l’APG, document admirable, serve de modèle pour la résolution des conflits interethniques, religieux et linguistiques qui continueront à nous poser de redoutables défis.

Donc, affaire à suivre dans les semaines, mois et années à venir.

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Excellente année 2011 à tous, ainsi qu’à toutes les forêts du Monde…

Posté par Tristan Lecomte le 5 janvier 2011

Les Nations Unies ont déclaré 2011 comme l’année des forêts, ce dont nous nous félicitons à la Fondation. Celle-ci a en effet parmi ses objectifs prioritaires la lutte contre la déforestation et le soutien de filières de bois durables, en particulier parce qu’elle a conscience du lien étroit qui existe entre la préservation des forêts et la défense des peuples premiers.

Le futur de ces populations est de fait intimement lié à leur écosystème, dont ils dépendent pour vivre. Préserver leur forêt, c’est leur permettre de continuer à vivre de manière traditionnelle, de subvenir à leurs besoins en exploitant durablement les ressources de la forêt et aussi de préserver leur culture et leur langue, la forêt les protégeant de l’évolution frénétique du Monde actuel.

La déforestation d’une zone habitée par un peuple premier est très souvent synonyme d’entrée à marche forcée dans le monde occidentalisé et globalisé et de perte de repères pour ces populations fragiles. On mesure ici un des aspects de l’interdépendance très forte qui existe entre la forêt et le développement humain.

La forêt n’est pas qu’un ensemble d’arbres et de végétaux à admirer lors d’une promenade champêtre. La forêt est un immense sanctuaire de biodiversité, la première réserve d’eau douce au niveau mondial, le meilleur moyen de préserver nos sols de l’érosion, de maintenir les sols riches et donc productifs pour les récoltes, et de préserver le climat.

100 mètres carrés de forêt en moins chaque seconde

La forêt est le poumon de notre planète, un poumon en piteux état et que l’on continue de détruire au rythme de 100 mètres carrés de forêt en moins chaque seconde

Souhaitons donc que cette année 2011 soit le point de départ d’une plus grande prise de conscience de l’importance de la forêt et de ses multiples interdépendances avec les enjeux du développement humain. A tous, nous vous souhaitons, une merveilleuse année 2011… dans la forêt !

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De la violence armée hors conflit

Posté par Fondation Chirac le 17 décembre 2010

Récemment, la fondation Chirac a assisté à une journée de réflexion consacrée à la violence armée ; voici quelques éléments d’analyse sur les moyens de combattre ce défi. Cela n’est pas une analyse exhaustive du débat, mais peut être entrainera d’autres réflexions.

« Qu’elle provienne des crimes ou des conflits, la violence armée cause 740 000 décès chaque année. Dans leur grande majorité, ces décès sont le résultat d’une expérience directe de la violence (540 000). Près des deux tiers (490 000) surviennent dans des situations non conflictuelles. » Small Arms Survey, 2010

Malgré ces chiffres importants, le monde continue à ne pas prêter attention à ces morts.

De l’importance de nommer

Ce n’est pas facile de définir ou de créer des catégories sur la violence armée dans des situations hors conflit. Selon la définition utilisée, il y a entre 2 millions et 10 millions de personnes impliquées dans des gangs ou des groupes armés. A cause de ce manque de définition, aucun cadre juridique international ne contribue à réduire ce type de violence. Par exemple, selon la Comité Internationale de la Croix Rouge (CICR), la violence armée hors situation de conflit se trouve dans la catégorie « autres situations ». Faute de définition, très peu de recherche étudie ce sujet et encore moins de temps et d’argent sont consacrés à la réduction ce type de violence.

Chaque cas est distinct. Aujourd’hui des mots comme terroriste et vigilante (espagnol) sont utilisés si fréquemment qu’on pourrait presque croire que tous les groupes terroristes ont les mêmes motivations. C’est pourquoi, autant que possible, ces termes devraient être évités, et, au contraire, les processus sociaux, économiques, et politiques de chaque groupe militant devraient être examinés.

Il existe différentes catégories légales de violence armée : les conflits armés nationaux, les conflits armés internationaux, ceux-ci faisant tous les deux référence à une situation belliqueuse avec comme acteur des Etats et leur armée. Récemment, le Comité international de la Croix Rouge (CICR) a identifié d’autres situations : les coups d’Etat, la violence liée au maintien de l’ordre public, la violence intercommunautaire, celle des gangs pour leur territoire, celle d’organisations transnationales.

S’il est possible de créer des catégories pour décrire ces différents types de violence armée, un groupe ou une personne ne correspond que très rarement à une seule de ces catégories – créant un objet hybride, ou une nouvelle catégorie.

Des causes profondes de la violence armée

Les causes sont nombreuses et évidemment différentes selon les cas, mais beaucoup d’experts trouvent que l’apparition des groupes armés répond à un vide étatique. Autrement dit, ce vide doit être rempli et d’autres acteurs s’en chargent.

Dans le cas de violence urbaine, l’urbanisation rapide est souvent identifiée comme la cause principale. S’il s’agit bien là d’un des facteurs, c’est surtout l’absence de réseaux sociaux et spatiaux qui ouvre la voie à la création de gangs.

Comment réduire ce phénomène?

Les experts et les gouvernements commencent à reconnaître que la violence armée ne peut pas être gérée uniquement par les militaires. Les armées reçoivent souvent la mission de réduire la violence armée parce qu’elles sont formées pour gérer des crises externes, et peuvent être mobilisées très rapidement. Mais gérer la violence armée hors conflit, relève de la sécurité individuelle, d’enjeux économiques, sociaux, de questions de développement et de gouvernance, et implique donc une multiplicité d’acteurs.

Pour observer cette violence, l’Organisation Mondiale de la Santé adopte l’angle de la santé publique pour éviter la violence avant qu’elle n’explose. Cette méthode se base sur un modèle écologique et prend en compte à la fois l’individu, la famille, la communauté et la société. Mais cette approche n’est pas encore très développée et nécessite un temps d’observation de 3 à 5 ans.

Un autre élément important de la lutte contre la violence armée consiste en la destruction même du schéma d’une violence qui serait légitime. Les études montrent en effet souvent que les jeunes témoins ou victimes de la violence ont le plus de risque de devenir eux mêmes auteurs de violences. Il est donc nécessaire de détruire ce schéma, le seul qu’ils connaissent et qu’ils utilisent donc en tout légitimité.

En résumé, chaque cas de violence est distinct, devrait être étudié séparément et avoir son propre nom, et chaque solution prise en compte distinctement. Voici ce qui pourrait être la prochaine étape : comment mobiliser la communauté internationale pour lutter contre quelque chose qui reste si difficile à saisir ?

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Les deux Corées : une famille désunie au bord du gouffre

Posté par Georges Tsaï le 30 novembre 2010

Un régime isolé du reste du monde

La Corée (Nord et Sud confondus) offre, avec l’Islande, un des rares exemples de pays essentiellement homogène du point de vue ethnique et linguistique. Et pourtant, les aléas de l’histoire ont fait que les deux parties de la Corée semblent être irrémédiablement divisées, en tout cas du point de vue idéologique, depuis maintenant près de 60 ans. Le régime de Pyongyang s’est isolé du reste du monde, exception faite de la Chine, qui continue à l’appuyer quoique, semble-t-il, de plus en plus tièdement.

Qui va ciller en premier – la Corée du Nord ou la Corée du Sud ? Pour expliquer le comportement le plus récent de la République populaire démocratique de Corée, les analystes vacillent entre une explication purement politique (Kim Jong-il voudrait assurer l’arrivée au pouvoir de son fils Kim Jong-un) et une explication psychologique (la Corée du Nord, tel un adolescent incompris, chercherait désespérément à attirer l’attention des adultes qui l’entourent sur ses frustrations et angoisses). Sans écarter totalement la première de ces hypothèses, la seconde paraît être la plus plausible. Elle a en outre le mérite d’offrir peut-être une clé pour sortir de la dangereuse impasse dans laquelle les deux Corées ont abouti.

Un changement d’humeur en Corée du Sud ?

Nombreux sont les Coréens du Sud qui ont cherché à sortir de cette situation par le dialogue et le rapprochement, et il serait faux de prétendre que les efforts dans ce sens n’ont pas donné de résultats positifs. La fameuse sunshine policy mise de l’avant par feu le Président Kim Dae-jung (Prix Nobel de la Paix 2000) et son ministre de l’Unification, et actuel Président de l’Université Kyungnam, Park Jae Kyu (Prix spécial du jury pour la prévention des conflits de la fondation Chirac 2009), et poursuivie activement par feu le Président Roh Moo-hyun, prédécesseur de l’actuel Président Lee Myung-bak, a permis, entre 2000 et 2009, que la péninsule coréenne jouisse d’un calme relatif qui pouvait faire espérer une plus grande coopération entre le Nord et le Sud et, pourquoi pas, à terme, une forme d’unification suffisamment souple pour rassurer tout le monde.

Il est, je crois, juste de dire que cette politique de rapprochement a eu, jusqu’à très récemment, l’appui d’une grande partie de la population sud-coréenne. À l’occasion d’un séjour de trois semaines que j’ai fait en Corée du Sud le printemps dernier, après l’incident du Cheonan, j’ai pu constater combien les Coréens du Sud restaient attachés, malgré la crise provoquée par le torpillage du bâtiment de guerre, à la poursuite du dialogue Nord-Sud. Ils ont conservé une attitude exemplaire, faite de patience et de conciliation envers leurs voisins du Nord. On peut donc comprendre les signes d’irritation que Séoul donne depuis quelques jours. Cependant, laisser ce capital de bonne volonté s’évaporer à la suite du bombardement de l’île de Yeonpyeong, pour laisser la place à des sentiments de vengeance – aussi légitimes soient-ils – pourrait avoir des conséquences tragiques.

Ne pas imposer de préalables

Il ne sera pas facile de sortir de l’impasse, car les deux positions sont apparemment irréconciliables. Il y a celle de Séoul (il serait peut-être plus juste de dire celle de Washington) qui consiste à dire dénucléarisation d’abord et aide et normalisation ensuite, et il y a celle de Pyongyang, qui veut la normalisation d’abord et ensuite la dénucléarisation. Ce jeu de “le premier qui cligne des yeux a perdu” ou de “mon préalable mais pas le tien” semblerait bien puéril si les risques étaient moins grands.

Alors, serait-il possible d’envisager qu’un homme ou une femme politique de grande envergure, actif ou à la retraite, et venant d’un pays qui ne participe pas aux négociations à six actuellement mises en veilleuse, puisse convaincre les deux parties d’accepter que dénucléarisation et normalisation se fassent simultanément ? Est-il réaliste de penser que la politique du gros bâton avec manœuvres aéronavales et tout le toutim va donner les résultats escomptés par les États-Unis et la Corée du Sud (car pour que cette politique soit efficace, il faudrait être prêt à utiliser le bâton à la prochaine incartade du mouton noir de la famille sous peine de perdre toute crédibilité) ? Est-il trop difficile de rassurer cet adolescent turbulent et provocateur qu’est la Corée du Nord en lui faisant sentir qu’il fait partie de la famille plutôt que de l’axe du mal ?

Le quotidien The Korea Times, publié à Séoul, note, avec une sagesse toute orientale, que les Coréens ne devraient pas laisser les différences idéologiques de ces 60 dernières années annihiler 5 000 ans d’identité nationale commune à tous les Coréens. On ne saurait mieux dire.

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