L’homme spectateur ou partie intégrante de la biodiversité?
Posté par Geneviève Ferone le 8 février 2010La question des changements climatiques, de leurs effets et des mesures d’adaptation à mettre en place, est devenue une question politique majeure. En 2010, les effets de ces changements climatiques sur la biodiversité est clairement en première ligne sur l’agenda de la communauté politique et scientifique mais également, grande nouveauté, apparaît timidement sur celui des entreprises. Les entreprises ont cependant beaucoup de difficultés à appréhender la question de la biodiversité dans leurs modèles économiques. Elles se trouvent surtout dans la situation d’égrener leurs bonnes pratiques en matière de préservation de la nature et d’équilibre des écosystèmes, mettant le plus souvent en valeur les actions vertueuses de leur fondation.
Citadin, l’homme dépend de la nature et de la biodiversité
D’une façon générale, quel que soit l’habit qu’il porte, l’homme (et bien sûr la femme), être de plus en plus urbain, arpentant le bitume, a tendance à considérer la biodiversité comme une aimable fenêtre à ouvrir de temps en temps avec parfois un brin de nostalgie. L’homme n’est pas de cette biodiversité, il la regarde et s’y promène mais ne si fond pas.
Mais de toute évidence, l’homme ne peut se considérer en dehors de cette biodiversité dont il fait (encore) partie intégrante. Nous sommes tous reliés à la Terre par un cordon ombilical très fragile, dont nous ne connaissons finalement pas grand-chose. Nous n’avons donc pas pleinement conscience de notre vulnérabilité. Ainsi qui est réellement capable de mesurer ce que l’on doit au quotidien aux formidables services gratuits que nous rendent Mère Nature ?
Les « réfugiés climatiques », un exemple de la dispersion des espèces
Si nous ne prêtons guère attention au sort qui sera réservé aux autres espèces avec lesquelles nous partageons la planète, nous pourrions nous interroger néanmoins sur nos propres capacités d’adaptation dans le maillon de dépendance ultime qui nous relie au vivant. Notre espèce joue effectivement un rôle spécifique et majeur dans les changements climatiques actuels et à venir, elle est également, en réalité, une partie de la biodiversité. A ce titre, elle n’est pas épargnée par les facteurs d’érosion de la biodiversité, qu’il s’agisse de l’effet des polluants sur la santé ou des introductions d’espèces, bactéries, virus et leurs vecteurs. Nos mécanismes d’adaptation s’appréhendent sur les mêmes registres, physiologique, comportemental, et génétique, que ceux évoqués pour les autres espèces : les « réfugiés climatiques » sont aussi un exemple de la dispersion des espèces à la recherche, d’une nouvelle niche écologique plus favorable, en cas de modification des habitats.
Désegmenter la gestion des ressources de la planète
La gestion de la biodiversité ne peut être disjointe de celle de la gestion d’autres ressources naturelles avec lesquelles elle interagit et qui seront fortement impactées par les changements climatiques. Il s’agit en particulier de la concurrence sur le foncier, la gestion des flux et des fluides essentiels de la vie : la mobilité, l’énergie, l’eau, les ressources nourricières et naturelles, la production de déchets… Pour arrimer davantage l’homme dans cette compréhension de sa vulnérabilité et de sa dépendance, il est urgent de construire les instances de gouvernance pouvant englober la gestion durable de la biodiversité et des ressources sous tension, évitant si possible le piège de la segmentation des spécialités et des responsabilités.
Mission impossible ?
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« Climategate » A qui profite le crime ?
Posté par Geneviève Ferone le 9 décembre 2009Face à la montée en puissance de ceux qui se présentent sous le terme « climato-sceptiques », l’indifférence parait être une posture dangereuse ; cette communauté existe bel et bien, apparaît puissante, organisée et pratique l’art de la subversion avec des moyens que certaines ONG environnementales, un peu musclées, ne renieraient pas elles mêmes. Certains peuvent exprimer des inquiétudes légitimes sur son influence auprès d’une opinion internationale fraîchement sensibilisée et faiblement mobilisée sur le sujet du réchauffement climatique.
Une menace pour les revenus de certains
De fait, il est toujours précieux de conserver de l’humilité, surtout dans le domaine scientifique, et de s’assurer que toutes les voix puissent être entendues dans un exercice, exigent et sans complaisance, de peer review, tel que le pratique les membres du GIEC entre eux. La question est ailleurs, la violence de la charge contre les climatologues, les accusant de complot et de falsification, donne plutôt à penser que certains auront donc beaucoup à perdre si la communauté internationale avançait sur la voie d’un accord global à Copenhague.
Si on y regarde de plus près, ces attaques ont surtout un caractère très prévisible. Ceux qui vivent – très bien – de la rente des énergies fossiles ne sont pas les chantres d’une économie décarbonée. Ils sont capables de faire leurs calculs et de s’apercevoir que le monde qui se dessine grignotera lentement mais inexorablement leurs privilèges. Paradoxalement, en ayant recours à de telles méthodes d’intimidation et en jetant le trouble et le discrédit à l’ouverture du sommet le plus médiatisé de la décennie, ces détracteurs montrent très clairement que oui, le changement climatique est bien une menace réelle pour eux et leurs fonds de commerce.
L’immaturité d’une partie des acteurs économiques et politiques
Ces procédés ne sont donc pas nouveaux et ont été promus largement, parfois avec succès par d’autres industries qui se sentaient menacées. Ils sont surtout la preuve de l’immaturité d’une partie des acteurs économiques et politiques qui refuse tout simplement de considérer avec lucidité et courage l’immense enjeu qui attend l’humanité en ce début de siècle. La ressource la plus rare n’est ni le pétrole, ni l’intelligence collective que nous pouvons déployer ensemble, la ressource la plus rare est tout simplement le temps. Le temps ne s’achète pas, ne dispersons pas nos forces, ne nous trompons pas de combat. Oui, il existe bien évidemment des marges d’incertitudes, oui, personne n’est capable de prédire exactement quelle sera la température de la terre en 2032.
Nous disposons cependant d’une somme d’informations considérables étayant la contribution des hommes au réchauffement de la planète. A l’image d’une dépression, plusieurs fronts d’une rare violence sont en train de converger à très grande vitesse sur nous. Ces fronts, un par un, constituent des événements majeurs d’instabilité et de rupture de nos modèles sociaux, économiques et écologiques. Ensemble, ils constituent un défi inédit, associant une multitude d’acteurs aux intérêts divergents, devant impérativement trouver une solution unique, dans une fenêtre temporelle très étroite.
Combien de temps allons-nous encore attendre pour savoir s’il est trop tard ?
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Copenhague : Requiem pour un sommet ?
Posté par Geneviève Ferone le 12 novembre 2009Il semble de bon ton, à quelques semaines du sommet de Copenhague, de prédire un enlisement des négociations internationales et d’énoncer toutes les raisons pour lesquelles il est vain d’espérer un accord de principe sur une future feuille de route mondiale, ouvrant la voie à une économie fondée sur un nouveau paradigme énergétique.
En effet, il est d’ores et déjà acquis que les engagements de réduction de gaz à effet de serre (GES) fixés par le protocole de Kyoto, ne seront pas respectés lorsque l’on arrêtera les comptes en 2012. Pour noircir davantage le tableau, les derniers travaux du GIEC, ont démontré que ces premiers objectifs, sont beaucoup trop limités si nous souhaitons contenir la dérive climatique dans une fourchette « raisonnable ».
Trouver un accord, une illusion ?
Trouver un accord, et s’y tenir entre des acteurs aux intérêts si divergents, paraît à l’évidence une illusion. L’histoire de la diplomatie internationale est en effet pavée d’échecs et de compromissions, dans tous les domaines : l’aide au développement, l’agriculture, le commerce, les droits de l’homme, la lutte contre la corruption. Pourquoi en serait-il autrement pour le climat ? Laissons la technologie accomplir des miracles et la main invisible du marché verdir doucement.
Cette posture est intenable et irresponsable. Il paraît particulièrement dangereux de renoncer à notre seul espace et instrument de négociation internationale prenant prétexte de nos éternelles rivalités et de notre incapacité à partager équitablement les ressources de cette planète. Nous sommes arrivés à un point de non retour menaçant tous les fondamentaux de nos sociétés, l’équilibre fragile de nos organisations sociales, économiques et politiques. Nous ne pouvons plus nous accommoder de cette tiédeur, de ces petits marchandages opportunistes. Grandissons, apprenons à vivre et à parler ensemble autrement.
Une délicate période de transition
En effet, nous devons inventer un nouveau modèle économique plus équitable, intégrant pleinement les contraintes environnementales pour 7 milliards d’êtres humains d’ici 10 ans. Nous sommes démunis et incapables de trouver les déterminants de cette croissance verte que nous appelons de nos vœux, telle une pensée magique. Avant de recueillir les fruits de ce nouvel âge d’or, il faudra d’abord s’engager dans une longue et délicate période de transition. A y regarder de plus près, ce passage ressemble fortement à un chas d’aiguille face auquel, nous avons le choix suivant : passer à l’intérieur ou échouer. Ce passage nécessite donc une prise de conscience immédiate et collective des enjeux climatiques et énergétiques. Passer ensemble le chas de l’aiguille impose d’adopter, de façon concertée, la bonne trajectoire, au degré près et de se donner les moyens d’agir considérablement sur sa souplesse et sa corpulence.
Ces deux questions sont exactement au cœur des négociations de Copenhague et nous devons collectivement y répondre, au plus vite. N’enterrons pas trop vite les rudiments du seul alphabet vert dont nous disposons et sur lequel reposera à l’avenir notre langue commune.
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Bienvenue sur le blog de la fondation Chirac
Posté par Franck Debié le 25 octobre 2009Quatre axes, l’accès à l’eau et à l’assainissement, l’accès aux médicaments de qualité, la protection de l’environnement et de la diversité culturelle, ont été choisis par le Président Jacques Chirac pour sa fondation. Tous convergent vers un seul et même objectif : la prévention des conflits. Car la paix est menacée par les conflits non résolus ou les crises, mais également fragilisée désormais par les atteintes à l’environnement et le risque de voir demain les réfugiés climatiques se compter par millions. Elle est également sapée par les faillites de la solidarité sociale, par l’écrasement des cultures singulières, par la recrudescence des conflits identitaires.
Ces thèmes correspondent à des enjeux majeurs de notre époque, ils sont l’objet de débats, de recherches et d’innovations quotidiennes à travers le monde. Ce blog, à sa modeste mesure, souhaite offrir au public un espace de discussion sur ces sujets. Franck Debié, Directeur général de la fondation, Geneviève Ferone, Directrice du développement durable chez Veolia Environnement, Rozenn Milin, Déléguée générale pour la diversité culturelle de la fondation et Directrice du programme Sorosoro, et Jean-Michel Severino, Directeur de l’Agence française de développement, partageront chaque semaine leur opinion :
- Franck Debié en matière de géopolitique,
- Geneviève Ferone sur l’environnement et l’énergie,
- Rozenn Milin sur la diversité culturelle,
- Jean-Michel Severino sur le développement.
La fondation Chirac veut favoriser l’échange des idées, des techniques, des valeurs et contribuer à créer un maillage toujours plus étendu de connaissances et de pratiques qui engendre par lui-même du développement durable. Chacun est donc invité à leur répondre et à partager ses son point de vue avec eux. Ce blog est le vôtre, à vous d’en faire un espace vivant de réflexion et d’échanges.
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