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La mort d’une vieille dame et de sa très vieille langue

Posté par Rozenn Milin le 19 février 2010

Le 5 février dernier mourait Madame Boa Sr, la dernière locutrice d’une langue multimillénaire, la langue bo, parlée sur l’une des îles Andaman, dans l’Océan Indien. Cette disparition a été très largement rapportée dans la presse internationale, et l’on peut se demander pourquoi la mort d’une vieille dame et l’extinction de sa « petite » langue ont suscité tant d’émoi…

Pour comprendre la portée symbolique de cette mort « double », la mort d’une femme et la mort d’une langue, il faut se plonger dans l’histoire, non seulement de cette partie du monde mais aussi des origines de l’Homme.

Une langue qui remonte à l’époque pré-néolithique

L’archipel des Andaman est composé de 204 îles situées à plus de 1 000 km des côtes indiennes, réparties entre les Grandes et les Petites Andaman. Sur ces îles vivent quatre groupes de populations :

  • les Sentinelles, entre 50 et 200 membres, qui sont extrêmement isolés et n’ont, semblerait-il, jamais été en contact avec les Occidentaux ; c’est une des populations les plus isolées au monde ;
  • les Jarawa, qui seraient un peu moins de 300 ;
  • les Onges, qui compteraient près d’une centaine d’individus ;
  • les Grands Andamanais, dont la langue était elle-même composée d’une dizaine de variantes dialectales, parmi lesquelles la langue bo, qui vient donc de s’éteindre. Il ne resterait plus à présent qu’une cinquantaine de personnes à parler une langue grand andamanaise.

Les chercheurs pensent généralement que toutes ces langues andamanaises pourraient être les dernières représentantes de langues dont l’histoire remonte à l’époque pré-néolithique…

Ces populations auraient en effet quitté le continent africain il y a 70 000 ans pour finalement s’établir en Asie du Sud-Est, et les hommes et les femmes qui composaient ces communautés ont probablement été les premiers êtres humains « modernes » à s’établir dans cette partie du monde.

Ils ont survécu au fil des siècles et des millénaires jusqu’à l’arrivée des colons anglais en 1858 : à partir de cette date, ils ont été décimés, tués par les nouveaux arrivants ou emportés par les maladies.

La fin d’un long voyage

Il semblerait donc malheureusement qu’ils arrivent à présent au bout de leur long voyage, en ce début de XXIème siècle. Car comment imaginer que quelques centaines de représentants disséminés sur un chapelet d’îles pourraient résister aux grandes vagues uniformisatrices de la mondialisation ?

Le jour où le dernier locuteur de ces langues andamanaises mourra, la perte sera irréparable, une famille entière de langues se sera éteinte. Ce qui se joue ici est donc tout simplement la disparition de l’une des plus anciennes cultures de la planète, qui remonte à la nuit des temps….

« Vous ne pouvez imaginer la douleur et l’angoisse que j’éprouve chaque jour en étant le témoin muet de la disparition d’une culture remarquable et d’une langue unique », disait Anvita Abbi, la linguiste qui œuvrait à la documentation de la langue bo.

Elle avait enregistré Mme Boa Sr et nous comprenons aujourd’hui à quel point ce travail était important : ce sont là les dernières traces d’une langue que plus personne ne parlera. Et cela nous rappelle aussi l’urgence d’enregistrer, de filmer, de documenter toutes ces autres langues et cultures de la terre qui sont aujourd’hui menacées. C’est la tâche immense à laquelle s’est attelé le programme Sorosoro de la fondation Chirac.

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De Trégarvan à Tchibanga, l’histoire du « symbole »

Posté par Rozenn Milin le 25 novembre 2009

L’un des axes de travail de la fondation Chirac est la préservation de la diversité culturelle, et en particulier de la diversité linguistique : le programme Sorosoro envoie des équipes de tournage filmer à travers le monde le patrimoine immatériel de l’humanité, c’est-à-dire des langues en danger, les cultures qu’elles véhiculent, les savoirs qu’elles ont jusqu’à présent transmis de génération en génération et qui risquent de disparaître au cours d’un 21ème siècle marqué du sceau de la mondialisation.

Au retour des équipes de terrain et au fur et à mesure de la réception des traductions des données filmées, nous composons ainsi un tableau foisonnant de la vie des peuples de la planète, riche en enseignements et en découvertes, un tableau qui donne à percevoir les différences et l’altérité, mais qui met aussi en relief les similitudes et les ressemblances. L’histoire du « symbole » est une de ces histoires que nous ne nous attendions pas à retrouver à des milliers de kilomètres de distance…

La pédagogie de la délation

Déportons-nous donc au sud du Gabon, à Tchibanga, un village où l’on parle punu, une langue de la grande famille bantoue. Kwenzi Mickala, le maire de l’endroit, raconte face caméra comment sa langue a commencé à décliner et il parle du… « symbole ». Ce mot n’évoquera sans doute pas grand-chose à la plupart des internautes, mais pour les plus âgés qui ont été élevés dans des langues régionales, le terme peut avoir un sens bien précis.

Le symbole, de triste mémoire, était un objet infamant de la France du 19ème et de la première partie du 20ème siècle qui devait servir à enseigner le français à des enfants qui ne parlaient que leurs langues maternelles. Le principe était simple mais redoutable : lorsqu’un élève était surpris à parler sa langue, en classe ou dans la cour de récréation, l’instituteur l’affublait de cet objet qu’il devait porter autour du cou jusqu’à ce qu’à son tour il débusque un autre camarade fautif. Et en fin de journée, le maladroit qui se faisait attraper symbole au cou était puni : devoirs supplémentaires, punitions corporelles, séance de moquerie générale etc. Drôle de pédagogie, tout de même, que cet enseignement basé sur la délation.

De la queue de vache à la tête de singe…

Cette méthode a été utilisée tout aussi bien au Pays de Galles (avec le « welsh not ») ou en Wallonie (avec le « noer boton ») que dans diverses régions de France et jusque dans les colonies. Des procédés similaires étaient mis en pratique ailleurs dans le monde pour éradiquer, par exemple, les langues amérindiennes. Le but était d’ « assimiler les indigènes ».

En Bretagne, le symbole était un sou percé, un sabot ou une queue de vache. A des milliers de kilomètres de là, au Gabon, Kwenzi Mickala nous dit qu’il pouvait s’agir d’un morceau de bois ou d’une tête de singe ! La boucle est bouclée : avec une certaine cohérence, d’un continent à l’autre, d’une population à l’autre, le symbole était un objet destiné à ramener celui qui le portait à son stade de « plouc », d’être arriéré, mal dégrossi.

Ces politiques de la honte ont été très efficaces, elles ont amené des populations entières à abandonner leurs propres langues, leurs propres cultures. Et ce sont ainsi des pans entiers de notre patrimoine mondial immatériel qui n’ont pas été transmis et qui sont aujourd’hui perdus à tout jamais. Nous le constatons à chaque tournage que nous organisons, en Amérique latine ou en Afrique : on se souvient de l’existence de tel ou tel récit mythique mais plus personne ne saurait le raconter, on connaît l’existence de plantes médicinales réputées guérir telle ou telle maladie mais plus personne ne sait comment les utiliser. Il reste certes encore beaucoup à collecter, à enregistrer, à filmer, mais il faut faire vite : au fur et à mesure que les bulldozers avancent dans la forêt, que les télévisions arrivent dans les villages les plus reculés, que la jeunesse s’en va chercher un meilleur sort dans les villes, le monde s’uniformise et nous perdons toujours un peu plus de la mémoire de l’humanité.

Pour visionner les films de Sorosoro : www.sorosoro.org

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Bienvenue sur le blog de la fondation Chirac

Posté par Franck Debié le 25 octobre 2009

Quatre axes, l’accès à l’eau et à l’assainissement, l’accès aux médicaments de qualité, la protection de l’environnement et de la diversité culturelle, ont été choisis par le Président Jacques Chirac pour sa fondation. Tous convergent vers un seul et même objectif : la prévention des conflits. Car la paix est menacée par les conflits non résolus ou les crises, mais également fragilisée désormais par les atteintes à l’environnement et le risque de voir demain les réfugiés climatiques se compter par millions. Elle est également sapée par les faillites de la solidarité sociale, par l’écrasement des cultures singulières, par la recrudescence des conflits identitaires.

Ces thèmes correspondent à des enjeux majeurs de notre époque, ils sont l’objet de débats, de recherches et d’innovations quotidiennes à travers le monde. Ce blog, à sa modeste mesure, souhaite offrir au public un espace de discussion sur ces sujets. Franck Debié, Directeur général de la fondation, Geneviève Ferone, Directrice du développement durable chez Veolia Environnement, Rozenn Milin, Déléguée générale pour la diversité culturelle de la fondation et Directrice du programme Sorosoro, et Jean-Michel Severino, Directeur de l’Agence française de développement, partageront chaque semaine leur opinion :

- Franck Debié en matière de géopolitique,

- Geneviève Ferone sur l’environnement et l’énergie,

- Rozenn Milin sur la diversité culturelle,

- Jean-Michel Severino sur le développement.

La fondation Chirac veut favoriser l’échange des idées, des techniques, des valeurs et contribuer à créer un maillage toujours plus étendu de connaissances et de pratiques qui engendre par lui-même du développement durable. Chacun est donc invité à leur répondre et à partager ses son point de vue avec eux. Ce blog est le vôtre, à vous d’en faire un espace vivant de réflexion et d’échanges.

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