La diversité culturelle et ses succès… sur le territoire français aussi !
Posté par Rozenn Milin le 18 mai 2010Les Français sont connus à travers le monde pour être de grands donneurs de leçons, prompts à juger ce qui se fait ailleurs et à distribuer bons et mauvais points. Le terrain de la diversité culturelle n’échappe pas à cette règle : nous aimons penser que nous sommes les garants de la pluralité et de la liberté d’expression, et nous nous inquiétons de l’appauvrissement de la diversité planétaire qui va de pair avec la mondialisation. Mais à y regarder de plus près, il est bien plus facile de se préoccuper de ce type de problème quand il concerne de lointains pays que lorsqu’il se pose sur notre propre territoire : la distance géographique rend en effet ces cultures plus mystérieuses, plus singulières, et donc plus séduisantes, plus précieuses, en quelque sorte.
La diversité culturelle : sur le territoire français aussi
Pourtant, les cultures régionales qui nous entourent sont aussi dignes d’intérêt, et ceux qui se battent pour que ces cultures et ces langues trouvent une juste place dans notre société connaissent quelques succès qu’il est intéressant de relever.
Le Figaro a fait paraître récemment son palmarès 2010 des lycées de France, et les résultats de cette étude ont certainement surpris beaucoup de lecteurs du journal. Les lycées arrivant en tête n’étaient en effet pas les « grands » lycées parisiens, mais, pour le premier, un lycée de Beaune en Bourgogne, et pour le deuxième le lycée « Diwan » de Carhaix dans le Finistère.
La réussite de l’éducation en langue régionale
Diwan est un ensemble d’écoles associatives et gratuites, allant de la maternelle à la terminale, créé en 1977, et dont la principale caractéristique est que la langue de base de l’enseignement est… le breton. La méthode pratiquée est celle de l’immersion : le français est progressivement introduit à partir du CE1 ; au collège, l’enseignement se fait aux deux-tiers en breton pour un tiers en français ; et à partir de la quatrième, l’anglais devient langue d’enseignement de certaines matières.
Pour qui a eu l’occasion de visiter ou de fréquenter ces écoles, ce qui frappe d’emblée est l’esprit d’ouverture : des adolescents parlant couramment anglais, des cours d’arabe au fin fond de la Bretagne, une pratique musicale généralisée, etc.
Et les résultats sont là : en français, les évaluations nationales en CE2 et en 6ème montrent que le niveau des élèves des écoles Diwan est globalement supérieur à la moyenne nationale. En 1992, huit premiers collégiens passaient le brevet des collèges ainsi que le First Degree of Cambridge avec un taux de réussite de 100%. Et en 2010, Le Figaro classe le lycée Diwan de Carhaix « 2ème meilleur lycée de France » parmi 1930 établissements.
Sélection drastique ou accompagnement des élèves ?
Pour ceux qui s’étonneraient de ce dernier résultat, sachant que le taux de réussite au bac de 2009 n’est « que » de 99% dans ce lycée alors que des établissements plus prestigieux comme Louis Le Grand ou Henri IV obtiennent 100%, une explication s’impose : le taux désormais affiché est le « taux de cohorte », considéré plus significatif. Le taux brut de réussite au baccalauréat peut en effet résulter d’un écrémage drastique en amont et plusieurs autres éléments sont donc désormais pris en compte, notamment le taux d’accès des classes de seconde et de première au baccalauréat et la proportion de bacheliers parmi les sortants. Il s’agit bien ici de mesurer l’accompagnement global des élèves depuis leur entrée en seconde, la volonté de faire que l’ensemble des éléments aboutisse positivement sa scolarité sans procéder à une sélection drastique et systématique visant à afficher des chiffres sans faute au bac.
Les résultats de cette « modeste » école qui trace son chemin au fil des années montrent donc sans équivoque que l’éducation en langue régionale a fait ses preuves. Au-delà de cette réussite formelle, il est important de signaler également que, contrairement à ce qu’affirmaient certains leaders politiques ou syndicaux il n’y a pas si longtemps, ces écoles ne sont pas discriminantes puisqu’elles cherchent au mieux à accompagner les élèves quelles que soient leurs capacités de départ. Parions aussi que les jeunes qui en sortent sont prêts, précisément, à affronter le monde dans toute sa diversité, sans jugement de valeur et avec une grande ouverture d’esprit.
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Le temps de l’Afrique – le cinquantenaire des indépendances africaines
Posté par Jean-Michel Severino le 7 avril 2010Je voudrais partager avec vous un projet qui me tient tout particulièrement à cœur en cette année 2010 marquée par le cinquantenaire des indépendances africaines. Il prend la forme d’un essai intitulé Le temps de l’Afrique, que je viens de publier avec Olivier Ray aux éditions Odile Jacob.
Nous ne comprenons pas l’Afrique
Ce livre est né d’une stupéfaction et d’une rencontre.
La stupéfaction, c’est de s’apercevoir que nous ne comprenons pas l’Afrique, et que nous sommes aveugles au formidable jeu de forces qui l’animent.
L’arrivée de la Chine sur le continent est-elle une bonne ou mauvaise nouvelle pour ses habitants ? L’Afrique sub-saharienne est-elle trop ou trop peu peuplée ? Sera-t-elle en mesure de nourrir sa population en forte croissance ? Quels seront les effets du changement climatique au Sud du Sahara ? Doit-on s’attendre à la multiplication de guerres civiles et génocides de grande ampleur, comme celui qui a meurtri le Rwanda en 1994 ? Ou la tendance à l’apaisement engagée au tournant du siècle a-t-elle des chances de se poursuivre ? L’Afrique est-elle mûre pour la démocratie ? Faut-il craindre des vagues de migrants africains ? La croissance économique de ces dernières années est-elle au contraire appelée à durer, faisant de l’Afrique la prochaine puissance émergente ? L’Afrique a-t-elle sa place dans un monde multipolaire ?
D’innombrables ouvrages traitent de l’Afrique. Mais ils parlent d’une autre Afrique – celle de l’histoire. Nos clés de lecture sont aujourd’hui dépassées. Nous ne parvenons pas à déchiffrer les événements qui secouent le sous-continent et le transforment sous nos yeux. Deux Subsahariens sur trois ont moins de vingt-cinq ans. A l’opposé de nos sociétés européennes engourdies, le dynamisme démographique africain impose une cadence effrénée aux mutations du sous-continent. Il y avait seulement onze habitants par kilomètre carré en Côte d’Ivoire en 1960. Il y en a près de soixante dix aujourd’hui, et il y en aura cent dix en 2050. Si la France avait connu la même croissance démographique que la Côte d’Ivoire entre 1960 et 2005, elle compterait aujourd’hui deux cent cinquante millions d’habitants – dont soixante millions d’étrangers !
L’Afrique change donc précipitamment d’échelle et de cap. Compte tenu de la vitesse et de l’ampleur de la métamorphose en cours, nous devrions scruter la route plusieurs kilomètres en avant. Or nous regardons ce bolide africain s’élancer à toute allure… à travers un rétroviseur. Comment s’étonner que nous ne parvenions pas à penser sa trajectoire ? Le décalage est frappant entre le regard que nous portons sur l’Afrique, restée comme figée au siècle dernier, et ses réalités contemporaines.
L’Europe semble abdiquer
Dans le contingent des aveugles, le peloton européen figure au premier rang. Au fil des débats publics, l’espace au Sud du Sahara est présenté comme une terre maudite, marginalisée, à l’écart de la mondialisation. L’Afrique est perçue comme un objet de compassion, qui appelle – au mieux – la charité. Au pire, l’endiguement. Ses habitants sont promis à un avenir funeste dont la solidarité internationale, telle une perfusion d’antalgiques, devrait atténuer les souffrances ou réduire les convulsions. La charité a été largement sous-traitée à des organisations humanitaires et philanthropiques ; l’endiguement confié aux organisations onusiennes et aux Etats africains eux-mêmes. Ce regard, qu’il se veuille charitable ou « lucide », n’est certes pas sans rapport avec les réalités d’une Afrique qui émerge péniblement de plusieurs décennies de crises. Mais il ignore les bouleversements à l’œuvre sur le continent. Sans surprise, ce sont les acteurs les plus « jeunes » de notre société mondiale – Chinois, Indiens, Brésiliens – qui saisissent les opportunités de cette aventure inouïe. Savons-nous que les économies africaines connaissent, depuis le tournant du XXIème siècle, une croissance économique annuelle bien supérieure à celles des Etats-Unis ou de l’Europe ?
L’époque n’est pourtant pas si lointaine où nous avions l’impression de « connaître » l’Afrique, où nos pays y décelaient des « intérêts ». Depuis la fin de la guerre froide cependant, l’Europe s’en est détournée : plombé par une histoire pesante et aveuglante, son grand voisin du Sud est tombé en bas de la pile de ses politiques publiques. En ce début de XXIème siècle, tandis que des acteurs émergents des relations internationales s’intéressent aux évolutions de l’Afrique et à leurs relations avec ce continent, l’Europe semble abdiquer. La société de la rive Nord de la Méditerranée, et en premier lieu ses acteurs économiques, lui tournent le dos. Elle n’a plus de pensée publique réfléchie, cohérente, prospective sur l’Afrique.
Il est maintenant temps de reconnaître l’Afrique.
Ce livre est une tentative de penser une matière complexe et mouvante, qui défie nos grilles de lecture traditionnelles. Cette pensée part du refus de se laisser piéger par les évidences du passé. Elle repose sur l’observation des changements qui se déroulent sous nos yeux. Elle s’arrime, enfin, aux quelques points de repère que nous avons dans l’avenir. Nous savons d’ores et déjà que la population du sous-continent doublera en l’espace de seulement quelques décennies. Nous savons aussi qu’elle sera alors majoritairement urbaine. Or la façon dont les Africains vivront, se déplaceront, se définiront et interagiront avec leur environnement déterminera la trajectoire de leurs sociétés – mais aussi des nôtres.
Il ne s’agit pas ici de prédire si l’Afrique de demain ira « bien » ou ira « mal », ni de déterminer qui il conviendra alors de louer ou de blâmer. Les pages qui suivent ne se situent pas dans les débats stériles entre « afro-optimistes » et « afro-pessimistes », qui ont longtemps monopolisé les discussions sur le sujet. Le moment est venu de penser les conséquences de ces mutations d’intensité sismique sur l’Afrique, sur ses voisins et sur le monde. Ce que nous percevons, en interrogeant le présent et l’avenir, est la réémergence stratégique de l’Afrique – dans les risques comme dans les opportunités qui y sont liés.
L’Afrique du milliard et demi d’habitants s’imposera rapidement dans la mondialisation
L’Afrique est complexe. Jamais, peut-être, ne l’a-t-elle autant été qu’à l’heure de sa métamorphose. Toute analyse prospective d’un sujet en mouvement est condamnée à livrer des diagnostics frustes et des prévisions erronées. Nous assumons ces imprécisions et ces erreurs, convaincus que la complexité ne doit pas paralyser la réflexion. Il importe d’être en phase avec ce moment de l’histoire auquel nous nous situons, sans quoi nous risquons le chaos à nos portes – qu’aucune perfusion humanitaire ne saurait endiguer. L’Afrique du milliard et demi d’habitants s’imposera rapidement dans la mondialisation. Faute de s’engager dans des politiques cohérentes et adaptées, nous risquons de la voir s’inviter brusquement dans nos politiques intérieures. Le grand chambardement africain implique des choix radicaux de politique publique.
Nous avons rencontré Ibrahim dans un taxi à Johannesburg. La route était longue et encombrée pour arriver au centre-ville depuis l’aéroport. Nous avons sympathisé avec ce chauffeur, un Malien d’une trentaine d’années. Interrogé sur les raisons de son immigration en Afrique du Sud, il nous a raconté son périple. Le départ de son village natal, dans le Nord-est du pays. Après plusieurs saisons de mauvaises pluies, les céréales s’étaient faites rares sur le marché. Les spéculateurs quadruplaient les prix à la saison de « soudure ». Son père avait beau être l’un des hommes les plus riches du village, les portions avaient tout de même commencé à diminuer pour Ibrahim et ses six frères et sœurs. Ibrahim avait refusé de partir, comme ses cousins, se battre aux côtés de la rébellion. Par manque de rage contre son gouvernement. « Que voulez-vous qu’il fasse, le gouvernement ? Il n’a pas un franc dans ses tiroirs, il n’est même pas capable de payer l’instituteur du village. » Le récit d’Ibrahim collait : le Mali traversait à cette époque les années noires des ajustements structurels, et prenait la crise du coton de plein fouet.
L’histoire d’une grande migration, unique dans l’histoire de l’humanité
Alors Ibrahim a préféré partir. Commença pour lui une période d’errance à travers des grandes villes d’Afrique de l’Ouest. Il était à Abidjan quand la crise ivoirienne éclata. Il ne faisait pas bon y être étranger. Mais alors que la plupart de ses compagnons de route décidaient de se lancer dans le long périple en direction de Paris ou Londres, lui a préféré faire cap vers le Sud. On lui avait parlé de la nouvelle Afrique de Mandela, en plein décollage après l’Apartheid. Ce ne fut pas facile tout de suite : installé dans un Township, il traversa une nouvelle période de galère et de petits boulots. Voyant que nous regardions le petit chapelet qui pendait au rétroviseur, Ibrahim nous expliqua qu’il s’était converti. Une petite communauté évangéliste du township l’avait beaucoup aidé à son arrivée. Grâce à de l’argent emprunté à des fidèles et à une organisation caritative américaine, il a pu lancer son business. Il avait aujourd’hui cinq taxis à lui, reliés par un système radio dernier cri. Il prévoyait d’acheter un mini-van, pour relier les aéroports aux hôtels. « Comme les Chinois », qui ont aussi investi ce secteur. Encore quelques mois et il devrait pouvoir arrêter de conduire, pour se concentrer sur la gestion de son entreprise. Un petit bureau tout équipé l’attend. Et après ? Ibrahim a de grands projets. Il voudrait se marier et avoir des enfants. Mais d’abord changer de quartier : sa priorité est de sortir du township pour acheter un appartement en centre ville. Rentrer au pays ? Non : « mon pays c’est l’Afrique. Je suis chez moi ici. Et puis, business is good in South Africa. » Interrogé sur les violences anti-immigrés qui ont ensanglanté les townships à l’hiver 2008, il préféra changer de sujet.
Il nous est apparu que l’histoire d’Ibrahim était celle d’une Afrique en marche – tout sauf statique ou en marge du monde. Peut-être, aussi, de l’Afrique qui marche. L’histoire d’une grande migration, unique dans l’histoire de l’humanité. Ce livre s’attache à conter cette mutation africaine, riche d’opportunités et de défis d’un nouvel ordre. Une métamorphose qui marquera la planète dans son ensemble – et ne saurait laisser aucun de ses habitants indifférent.
J’espère que ces quelques réflexions vous donneront l’envie de découvrir ce livre, et de rejoindre les discussions sur l’Afrique au XXIème siècle qui accompagneront le cinquantenaire des indépendances africaines. Nous vous invitons chaleureusement à venir débattre des thèses avancées dans l’ouvrage, ou de partager votre vision de l’Afrique subsaharienne, des défis et des espoirs que suscitent sa métamorphose sur ce blog et dans le forum du site www.letempsdelafrique.com.
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La mort d’une vieille dame et de sa très vieille langue
Posté par Rozenn Milin le 19 février 2010Le 27 janvier dernier mourait Madame Boa Sr, la dernière locutrice d’une langue multimillénaire, la langue bo, parlée sur l’une des îles Andaman, dans l’Océan Indien. Cette disparition a été très largement rapportée dans la presse internationale, et l’on peut se demander pourquoi la mort d’une vieille dame et l’extinction de sa « petite » langue ont suscité tant d’émoi…
Pour comprendre la portée symbolique de cette mort « double », la mort d’une femme et la mort d’une langue, il faut se plonger dans l’histoire, non seulement de cette partie du monde mais aussi des origines de l’Homme.
Une langue qui remonte à l’époque pré-néolithique
L’archipel des Andaman est composé de 204 îles situées à plus de 1 000 km des côtes indiennes, réparties entre les Grandes et les Petites Andaman. Sur ces îles vivent quatre groupes de populations :
- les Sentinelles, entre 50 et 200 membres, qui sont extrêmement isolés et n’ont, semblerait-il, jamais été en contact avec les Occidentaux ; c’est une des populations les plus isolées au monde ;
- les Jarawa, qui seraient un peu moins de 300 ;
- les Onges, qui compteraient près d’une centaine d’individus ;
- les Grands Andamanais, dont la langue était elle-même composée d’une dizaine de variantes dialectales, parmi lesquelles la langue bo, qui vient donc de s’éteindre. Il ne resterait plus à présent qu’une cinquantaine de personnes à parler une langue grand andamanaise.
Les chercheurs pensent généralement que toutes ces langues andamanaises pourraient être les dernières représentantes de langues dont l’histoire remonte à l’époque pré-néolithique…
Ces populations auraient en effet quitté le continent africain il y a 70 000 ans pour finalement s’établir en Asie du Sud-Est, et les hommes et les femmes qui composaient ces communautés ont probablement été les premiers êtres humains « modernes » à s’établir dans cette partie du monde.
Ils ont survécu au fil des siècles et des millénaires jusqu’à l’arrivée des colons anglais en 1858 : à partir de cette date, ils ont été décimés, tués par les nouveaux arrivants ou emportés par les maladies.
La fin d’un long voyage
Il semblerait donc malheureusement qu’ils arrivent à présent au bout de leur long voyage, en ce début de XXIème siècle. Car comment imaginer que quelques centaines de représentants disséminés sur un chapelet d’îles pourraient résister aux grandes vagues uniformisatrices de la mondialisation ?
Le jour où le dernier locuteur de ces langues andamanaises mourra, la perte sera irréparable, une famille entière de langues se sera éteinte. Ce qui se joue ici est donc tout simplement la disparition de l’une des plus anciennes cultures de la planète, qui remonte à la nuit des temps….
« Vous ne pouvez imaginer la douleur et l’angoisse que j’éprouve chaque jour en étant le témoin muet de la disparition d’une culture remarquable et d’une langue unique », disait Anvita Abbi, la linguiste qui œuvrait à la documentation de la langue bo.
Elle avait enregistré Mme Boa Sr et nous comprenons aujourd’hui à quel point ce travail était important : ce sont là les dernières traces d’une langue que plus personne ne parlera. Et cela nous rappelle aussi l’urgence d’enregistrer, de filmer, de documenter toutes ces autres langues et cultures de la terre qui sont aujourd’hui menacées. C’est la tâche immense à laquelle s’est attelé le programme Sorosoro de la fondation Chirac.
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De Trégarvan à Tchibanga, l’histoire du « symbole »
Posté par Rozenn Milin le 25 novembre 2009L’un des axes de travail de la fondation Chirac est la préservation de la diversité culturelle, et en particulier de la diversité linguistique : le programme Sorosoro envoie des équipes de tournage filmer à travers le monde le patrimoine immatériel de l’humanité, c’est-à-dire des langues en danger, les cultures qu’elles véhiculent, les savoirs qu’elles ont jusqu’à présent transmis de génération en génération et qui risquent de disparaître au cours d’un 21ème siècle marqué du sceau de la mondialisation.
Au retour des équipes de terrain et au fur et à mesure de la réception des traductions des données filmées, nous composons ainsi un tableau foisonnant de la vie des peuples de la planète, riche en enseignements et en découvertes, un tableau qui donne à percevoir les différences et l’altérité, mais qui met aussi en relief les similitudes et les ressemblances. L’histoire du « symbole » est une de ces histoires que nous ne nous attendions pas à retrouver à des milliers de kilomètres de distance…
La pédagogie de la délation
Déportons-nous donc au sud du Gabon, à Tchibanga, un village où l’on parle punu, une langue de la grande famille bantoue. Kwenzi Mickala, le maire de l’endroit, raconte face caméra comment sa langue a commencé à décliner et il parle du… « symbole ». Ce mot n’évoquera sans doute pas grand-chose à la plupart des internautes, mais pour les plus âgés qui ont été élevés dans des langues régionales, le terme peut avoir un sens bien précis.
Le symbole, de triste mémoire, était un objet infamant de la France du 19ème et de la première partie du 20ème siècle qui devait servir à enseigner le français à des enfants qui ne parlaient que leurs langues maternelles. Le principe était simple mais redoutable : lorsqu’un élève était surpris à parler sa langue, en classe ou dans la cour de récréation, l’instituteur l’affublait de cet objet qu’il devait porter autour du cou jusqu’à ce qu’à son tour il débusque un autre camarade fautif. Et en fin de journée, le maladroit qui se faisait attraper symbole au cou était puni : devoirs supplémentaires, punitions corporelles, séance de moquerie générale etc. Drôle de pédagogie, tout de même, que cet enseignement basé sur la délation.
De la queue de vache à la tête de singe…
Cette méthode a été utilisée tout aussi bien au Pays de Galles (avec le « welsh not ») ou en Wallonie (avec le « noer boton ») que dans diverses régions de France et jusque dans les colonies. Des procédés similaires étaient mis en pratique ailleurs dans le monde pour éradiquer, par exemple, les langues amérindiennes. Le but était d’ « assimiler les indigènes ».
En Bretagne, le symbole était un sou percé, un sabot ou une queue de vache. A des milliers de kilomètres de là, au Gabon, Kwenzi Mickala nous dit qu’il pouvait s’agir d’un morceau de bois ou d’une tête de singe ! La boucle est bouclée : avec une certaine cohérence, d’un continent à l’autre, d’une population à l’autre, le symbole était un objet destiné à ramener celui qui le portait à son stade de « plouc », d’être arriéré, mal dégrossi.
Ces politiques de la honte ont été très efficaces, elles ont amené des populations entières à abandonner leurs propres langues, leurs propres cultures. Et ce sont ainsi des pans entiers de notre patrimoine mondial immatériel qui n’ont pas été transmis et qui sont aujourd’hui perdus à tout jamais. Nous le constatons à chaque tournage que nous organisons, en Amérique latine ou en Afrique : on se souvient de l’existence de tel ou tel récit mythique mais plus personne ne saurait le raconter, on connaît l’existence de plantes médicinales réputées guérir telle ou telle maladie mais plus personne ne sait comment les utiliser. Il reste certes encore beaucoup à collecter, à enregistrer, à filmer, mais il faut faire vite : au fur et à mesure que les bulldozers avancent dans la forêt, que les télévisions arrivent dans les villages les plus reculés, que la jeunesse s’en va chercher un meilleur sort dans les villes, le monde s’uniformise et nous perdons toujours un peu plus de la mémoire de l’humanité.
Pour visionner les films de Sorosoro : www.sorosoro.org
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Bienvenue sur le blog de la fondation Chirac
Posté par Franck Debié le 25 octobre 2009Quatre axes, l’accès à l’eau et à l’assainissement, l’accès aux médicaments de qualité, la protection de l’environnement et de la diversité culturelle, ont été choisis par le Président Jacques Chirac pour sa fondation. Tous convergent vers un seul et même objectif : la prévention des conflits. Car la paix est menacée par les conflits non résolus ou les crises, mais également fragilisée désormais par les atteintes à l’environnement et le risque de voir demain les réfugiés climatiques se compter par millions. Elle est également sapée par les faillites de la solidarité sociale, par l’écrasement des cultures singulières, par la recrudescence des conflits identitaires.
Ces thèmes correspondent à des enjeux majeurs de notre époque, ils sont l’objet de débats, de recherches et d’innovations quotidiennes à travers le monde. Ce blog, à sa modeste mesure, souhaite offrir au public un espace de discussion sur ces sujets. Franck Debié, Directeur général de la fondation, Geneviève Ferone, Directrice du développement durable chez Veolia Environnement, Rozenn Milin, Déléguée générale pour la diversité culturelle de la fondation et Directrice du programme Sorosoro, et Jean-Michel Severino, Directeur de l’Agence française de développement, partageront chaque semaine leur opinion :
- Franck Debié en matière de géopolitique,
- Geneviève Ferone sur l’environnement et l’énergie,
- Rozenn Milin sur la diversité culturelle,
- Jean-Michel Severino sur le développement.
La fondation Chirac veut favoriser l’échange des idées, des techniques, des valeurs et contribuer à créer un maillage toujours plus étendu de connaissances et de pratiques qui engendre par lui-même du développement durable. Chacun est donc invité à leur répondre et à partager ses son point de vue avec eux. Ce blog est le vôtre, à vous d’en faire un espace vivant de réflexion et d’échanges.
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