Français    English   

Compensation globale et mondialisation du marché des droits d’émission. Attention : danger !

Posté par Fondation Chirac le 3 décembre 2009

Les perspectives d’un accord global à Copenhague se sont éloignées. Mais le coût d’un échec total serait tellement important que chacun s’apprête à faire un effort. A défaut de s’entendre sur des plafonds et des mécanismes contraignants, il peut y avoir des compromis sur les principes et les méthodes. Certains de ces compromis au plus petit dénominateur commun peuvent être redoutables. La globalisation du marché des droits d’émission, c’est-à-dire la généralisation du système qui fonctionne en Europe, pourrait avoir des conséquences difficiles à gérer.

En gros, les pays du monde tropical seraient « compensés » pour conserver intactes leurs forêts et geler les défrichements. Une fois la compensation acquittée, les nations industrielles pourraient poursuivre le développement de leurs propres activités polluantes (moyennant peut-être quand même le respect de certains plafonds d’émission, plafonds qui seront fixés de manière sans doute volontaire et dont on ne voit pas quel mécanisme de sanctions global les fera à terme respecter…).

Le principe de la compensation au plan global est triplement dangereux.

Dans les pays du Nord, il va réduire la pression pour l’innovation technologique : pourquoi se presser d’imaginer, de développer, d’industrialiser de nouvelles solutions s’il suffit de payer une compensation ? Il risque aussi de concentrer l’offre innovante : pourquoi développer rapidement, à des coûts élevés, de nouvelles solutions en Europe, en Corée du Sud, en Australie, sur de petits marchés, avec peu de capital risque disponible, plutôt que d’attendre quelques années qu’apparaissent des solutions technologiques fiables et peu coûteuses à importer des Etats-Unis, marché le plus demandeur, le plus capable d’investir et donc le plus créatif.

Dans les pays du Sud, le versement des compensations va renforcer le désir de contrôle des Etats sur les massifs forestiers, au détriment des droits d’usage des peuples qui y vivent. Elle risque de s’accompagner ici et là par l’expulsion des pauvres : les défricheurs, les colons, les peuples autochtones. Elle peut faire reculer l’agriculture vivrière si nécessaire pourtant à la sécurité alimentaire là où les populations sont enclavées. Elle conduira à faire converger vers les Etats l’argent dont le secteur privé, et notamment le monde paysan, a si cruellement besoin : car les circuits de redistribution de la compensation sont encore bien flous. Elle va introduire une nouvelle conditionnalité imposée par les pays industriels versant la compensation, une nouvelle économie administrée de la forêt, où risquent de se multiplier les sur-déclarations et les préservations virtuelles. Elle peut arrêter la dynamique foncière sans apporter un surcroît de développement.

Un marché de dupe

La compensation globale risque d’envenimer les tensions Nord/Sud et le ressentiment à l’encontre des nations riches. Elle peut en effet accréditer l’idée que les pays industriels doivent acquitter régulièrement une sorte de pénalité pour avoir le droit de dégrader l’environnement planétaire : mais cette pénalité sera-t-elle jamais assez élévée ? Peut-on ainsi racheter une culpabilité existentielle à l’égard de l’habitat de l’homme ? Comment seront jugés les dirigeants du Sud par les générations futures s’ils acceptent aujourd’hui un tel deal ?

C’est pourquoi, dans son récent discours devant les ministres africains de l’Environnement du Forum du Développement durable à Ougadougou, en octobre dernier, le Président Chirac a exprimé sa conviction que les Africains comme les autres pays du monde tropical rejetteront d’eux-mêmes le principe de la compensation globale : « Rêvons plutôt ensemble d’une Afrique encore plus dynamique sur les marchés mondiaux, d’une Afrique industrielle et prospère, capable d’assumer par elle-même, selon ses propres règles et ses propres méthodes, l’essentiel de son adaptation aux défis du climat. »

Lire le discours du Président Jacques Chirac au 7ème Forum de développement durable de Ouagadougou, Dimanche 11 Octobre 2009

Partagez cet article :

Commentaires (0)


Pas de commentaire »

Pas encore de commentaire.

Flux RSS des commentaires de cet article. Adresse web de rétrolien


Additional comments powered by BackType