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De l’importance de préserver les forêts

Posté par Emmanuelle Grundmann le 3 mars 2011

Après l’année internationale de la biodiversité proclamée par l’ONU en 2010, c’est au tour des forêts de tenir le haut de la scène internationale. Certes, les années et les journées internationales se succèdent sans que parfois nous ne voyions le moindre résultat concret. Ces évènements, s’ils ont le mérite de mettre en lumière la forêt, l’eau potable, les droits des peuples autochtones entre autres, ils ont néanmoins un inconvénient majeur : celui de ne durer qu’un temps limité. Au risque d’oublier de continuer l’action et la sensibilisation, une fois l’événement passé.

L’eau de New York sauvée par la forêt

Les résultats, nous l’avons vu à Nagoya, n’ont pas été à la hauteur des enjeux de l’année de la biodiversité qui s’est achevée. Heureusement, 2011 peut être considérée comme une séance de rattrapage pour tous ceux qui ont refusé de voir dans la biodiversité, l’enjeu majeur de la planète pour notre futur.

Refuser la mise en place d’actions en faveur de la préservation de la biodiversité au nom du développement économique résulte d’une vision à très court terme doublée d’un non sens le plus total. Certes ces mesures peuvent paraître contraignantes de prime abord, cependant, elles seront les garantes d’une bonne santé économique et sociale sur le moyen et le long terme. Car la biodiversité nous rend des services, et pas des moindres. Celui d’approvisionnement en eau potable par exemple ou bien encore cette pollinisation, essentielle pour une grande partie de l’agriculture mondiale, sans oublier le nombre toujours croissant de substances médicinales découvertes parmi les animaux, les plantes et les micro-organismes. Une partie de ses services sont rendus possibles par les forêts et les espèces qu’elles abritent.

L’exemple de la ville de New York est à cet égard remarquable. Depuis toujours la ville était réputée pour son eau potable, gratuite. Une eau qui prenait sa source aux confins des forêts du nord de l’état, dans les montagnes Catskill. Cependant, cette région vit au milieu du 20ème siècle une importante extension des terres arables au détriment des écosystèmes sauvages, et tout particulièrement des forêts. Cette agriculture prenait alors le tournant de l’agro-industrie, terriblement gourmande en pesticides et engrais chimiques. Et, à la fin des années 1990, la pollution des sols et des nappes phréatiques fut si importante que l’eau était devenue impropre à la consommation. Cependant, la municipalité décida non pas d’opter pour une usine de traitement des eaux coûtant entre 6 et 8 milliards de dollars mais de restaurer l’écosystème dégradé des montagnes boisées des Catskill. Et ce, pour un coût de moins d’un milliard de dollars. Aujourd’hui, les 9 millions de personnes de la grosse pomme et de ses alentours peuvent à nouveau boire une eau potable de haute qualité.

En plus de ces services, n’oublions pas que ces forêts dans leur grande diversité (tempérées, boréales, tropicales et méditerranéennes) abritent encore 300 millions d’hommes et de femmes. Baka, Penans, Awà, Dongria Kondh ou encore Komi et Sami, la forêt représente leur garde-manger, leur pharmacie, leur maison, leur vie, leur âme. Et près de 2 milliards de personnes dépendent directement ou indirectement des ressources des forêts pour vivre. La surexploitation de ces écosystèmes et la déforestation sévère qui sévit dans certaines régions du globe met en péril la survie de toutes ces populations. Un constat que j’ai pu faire à de multiples reprises au fil de mes voyages et reportages.

La forêt, notre assurance vie pour l’avenir

Dernièrement, en Colombie, Juan et sa famille, des Kogis, m’ont longuement parlé du lien qu’ils entretiennent avec leur forêt. Une forêt dont ils connaissent les moindres recoins et les espèces qu’elle abrite. Cette forêt leur fournit tout ce dont ils ont besoin, ou presque. Ils ne pourraient vivre sans elle et ne manquent pas de la remercier pour tout ce qu’elle leur apporte.

Dans nos pays où la consommation s’est érigée comme valeur suprême, sans que nous le sachions, les forêts (et particulièrement celles de la ceinture tropicale) continuent à nous fournir de multiples produits et services dont nous ne pouvons nous passer. Cependant, loin de la remercier, nous la surexploitons, pire, nous la rasons.

Il faut espérer que cette année 2011 permette au grand public et à tous les acteurs, politiques, sociaux et économiques de mieux connaître ces écosystèmes et de mesurer à quel point ils constituent notre assurance vie pour l’avenir. Et, si nous voulons que cette année des forêts soit concrétisée par de véritables décisions politiques et économiques, ambitieuses, courageuses, nécessaires et à la mesure des enjeux que ces écosystèmes représentent, nous devons tous nous mobiliser. Cette année des forêts n’est pas celles de quelques personnalités, ONGS et Fondations dédiées à leur préservation. Cette année des forêts est la nôtre. De l’avenir des forêts dépendra également le nôtre.

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Commentaires (2)


2 commentaires »

Clavreul a commenté le 4 mars 2011 à 8 h 42 min

Bonjour
Merci pour votre article . J’adhère totalement à votre analyse . Les forêts sont notre avenir et nous devons tout faire pour les protéger. De mon coté , j’ai écrit un petit livre concernant les arbres en Afrique « 70 petites histoires d’arbres en Afrique » les arbres un moyen de lutte contre la pauvreté. Il est édité aux Editions Ganndal malheureusement il est épuisé et ces éditions n’ont pas les moyens pour le rééditer. Pour ceux qui s’intéresse à ce sujet je puis vous en envoyer la version électronique en attendant un financement pour l’imprimer à nouveau.
J’arrive d’Haïti où là encore la déforestation s’étend en raison de la production du charbon . Pourtant des solutions simples existent pour reconstituer les forêts et Haïti: la régénération naturelle assistée par semis direct et produire du charbon sans toucher au tronc des arbres en les tallant sous la forme de têtard. Seules les branches seront utilisées pour la fabrication du charbon.
J’ai aussi préparer une série d’ouvrages illustrés pour l’éducation environnmentale des jeunes enfants africains et là encore je ne trouve aucune Fondation pour financer de type d’initiative. J’espère que l’année des forêts sera l’année du lancement de cette collection. Un budget de 60.000€ serait nécessaire mais où le trouver pour mener à bien ce projet.
Si vous souhaitez recevoir la version électronique du livre sur les histoires d’arbres ou des propositions pour le financement des petits livres pour les enfants voici mon adresse courriel jean-yves.clavreul@wanadoo.fr

Housekeeping Uniforms a commenté le 14 juillet 2011 à 20 h 20 min

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