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Et si nous reparlions de la taxe carbone ?

Posté par Geneviève Ferone le 4 mai 2010

La vulnérabilité de notre société confrontée à des événements extrêmes

Quel point commun peut-il exister entre un volcan islandais et une marée noire dans le golfe du Mexique ? En apparence aucun. Pourtant à y regarder de plus près, il existe des similitudes entre d’un côté un phénomène naturel et de l’autre un accident industriel. Nous pouvons y voir le reflet de la vulnérabilité de notre société confrontée à des événements extrêmes qui soulignent crument notre état de dépendance. Serait-il opportun de reprendre un débat serein sur la taxe carbone qui vise justement à sortir progressivement de cet étau ?

Evoquée au cours de la campagne présidentielle dès 2007, inspirée du modèle suédois et pièce maîtresse du Grenelle de l’environnement, la taxe carbone a été brutalement escamotée de l’agenda parlementaire, laissant un arrière goût d’inachevé. Ces dernières semaines, le débat s’est durci jusqu’à la caricature. Le coup de semonce du Conseil Constitutionnel a ouvert une brèche politique impossible à colmater. Pourquoi ce qui devait être une mesure phare du quinquennat semble être aujourd’hui largement compromise ? Pourquoi avons-nous tous collectivement raté cet exercice de pédagogie sur les ressorts et les enjeux liés à cette nouvelle forme de fiscalité?

Pour rappel, ce qui est aujourd’hui reporté aux calendes européennes, est un projet de taxe dont l’objectif principal était de porter un signal-prix fort à la consommation finale des énergies fossiles sur deux fronts :

  • faire évoluer progressivement nos habitudes de consommation sans affecter le pouvoir d’achat
  • tout en encourageant les investissements dans les emplois et les brevets de la croissance verte.

Progressivement, la barque a été trop chargée et la cacophonie s’est installée. Les objectifs assignés à cette taxe carbone, se sont multipliés ce qui a nui à la lisibilité du projet, devenu trop complexe, nourri d’exemptions et d’exceptions. Les Français ont fini par y voir une taxe de rendement supplémentaire, un simple tour de passe-passe budgétaire destiné à renflouer les caisses de l’Etat, vidées par l’incurie d’une poignée d’acteurs économiques indélicats.

Une victoire à la Pyrrhus, un simple trompe l’œil de court terme

Nous avons donc raté l’occasion de nous engager dans une fiscalité environnementale ambitieuse ; l’idée de moins taxer le travail et davantage les sources de pollution en général, ne rencontre pas d’adhésion. Ainsi, l’abandon de la taxe carbone passe pour une grande victoire en faveur du pouvoir d’achat ; c’est une victoire à la Pyrrhus, un simple trompe l’œil de court terme. Les chiffres sont têtus. Tout se passe comme si nous ne voulions pas croire à la réalité des processus physiques qui sous-tendent les fondamentaux de notre économie. Avec le retour de la croissance, que tout le monde espère légitimement, nous aurons aussi des besoins croissants en énergie, majoritairement d’origine fossile. Rappelons que la France importe 99% de son pétrole et 97% de son gaz. Notre parc nucléaire ne représente que 30% de la consommation d’énergie primaire de notre pays. Nous sommes placés dans une situation de très grande vulnérabilité concernant les prix de l’énergie et nous n’aurons pas d’autre choix que d’en subir la hausse inexorable. Les plus faibles foyers seront les premiers à en souffrir au quotidien et les entreprises vont différer sine die les efforts de restructuration de leur outil de production, gage de pérennité et compétitivité.

L’économie mondiale doit se mouvoir dans une forte incertitude sur les enjeux climatiques et énergétiques. Certes la volatilité des opinions alimente en retour le caractère velléitaire du monde politique. Nous devons cependant agir maintenant et fortement en faveur d’une politique de développement durable ambitieuse et socialement acceptable. Ce qui est en jeu, n’est pas la sauvegarde d’une planète sanctuarisée mais notre capacité à inventer un nouveau modèle social et économique compatible avec un partage équitable, et si possible démocratique, de ressources sous tension.

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