Français    English   

Halte aux faux médicaments

Posté par Dr. Aboubakrine Sarr le 29 septembre 2010

Le médicament occupe indiscutablement une place importante dans la prise en charge de la santé des populations. Sa prescription et son usage rationnel assurent au patient un résultat thérapeutique fondé essentiellement sur sa qualité, son efficacité et sa sécurité. En somme, sur ses bonnes pratiques de fabrication, de distribution et de dispensation, et donc sur sa traçabilité.

De nos jours c’est un truisme que de reconnaître l’importance des médicaments contrefaits communément appelés les faux médicaments. Ils représentent environ 10 % du marché mondial soit près de 45 milliards de dollars U.S pour une production globale pharmaceutique qui, elle, tourne autour de 570 à 575 milliards de dollars U.S. En considérant les projections de 2020 qui prévoient une production mondiale d’une valeur de 1 200 à 1 300 milliards de dollars, les conséquences tragiques socio-sanitaires et économiques risquent d’être importantes si l’on n’y prend garde.

Selon l’OMS, si les médicaments contrefaits représentent dans certains pays développés environ 1 % de leur marché, ce taux s’élève jusqu’à 30 % sur les marchés africains (elle peut même aller jusqu’à 50 % des médicaments disponibles dans certains pays).

Plus grave encore, dans le continent africain, la contrefaçon porte le plus souvent sur des produits très sollicités pour la prise en charge des maladies endémiques (le Paludisme), chroniques (la Tuberculose, le Diabète, HTA…), foudroyante et meurtrière (le Sida). A titre d’exemple, les deux tiers des médicaments antipaludiques vendus sur le continent sont faux, pour une maladie qui tue en moyenne plus d’un million de personnes par an dont 80 % en Afrique subsaharienne.

Il faut reconnaître que les politiques de santé, comme les médicaments ont toujours été une source de compétition politique mondiale, indépendamment de leur dimension médicale ou pharmaceutique. Et ce principe est souvent utilisé par les pays industrialisés pour préserver leur rang dans le concert des grandes nations. Mais de nos jours les organisations (ONG, OIG…) et institutions de défense et de financement de la santé des hommes comme l’OMS, le Fonds Mondial, la fondation Chirac , la Fondation Bill & Melinda Gates se mobilisent pour améliorer l’accès au médicament partout où il manque et dans l’intérêt exclusif de la santé publique.

Ailleurs, l’évolution et le développement de l’industrie pharmaceutique dans les pays émergents comme la Chine, l’Inde, le Brésil, la Russie, la Turquie, l’Afrique du Sud, le Nigeria l’Indonésie, la Thaïlande ont aussi beaucoup contribué au décloisonnement de la production mondiale et à l’accessibilité géographique et financière des médicaments dits essentiels. Pour autant, il serait regrettable d’assister au développement exponentiel des médicaments contrefaits par des réseaux mafieux qui profitent souvent de la fragilité des pays ou des décisions et dispositions réglementaires internationales d’exception (licences obligatoires, déclaration de Doha, importations parallèles…) pour réaliser leur sale besogne.

Une mobilisation mondiale des ressources soutenue par une volonté politique nationale et internationale s’impose pour combattre ce crime des faux médicaments à tous les niveaux (les réseaux, les filières, les trafics, les marchés locaux…).

Cette volonté politique devra d’abord être portée par des engagements forts et harmonisés, puis elle devra se matérialiser par des dispositions juridiques consensuelles conséquentes et enfin êtres complétée par des actions pérennes et soutenues par tous.

Dr Aboubakrine SARR

Président du Syndicat des Pharmaciens Privés du Sénégal

Secrétaire Général de l’Intersyndicale des Pharmaciens d’Afrique (Ispharma)

S.G du Secrétariat Permanent du Forum Pharmaceutique International (FPI)

Axes prioritaires de lutte contre les faux médicaments :

Dans le continent africain et cela à travers les institutions régionales et sous régionales comme l’Union Africaine, l’UEMOA, la CEMAC, l’UDEAC, les axes fondamentaux et prioritaires de la lutte seront de trois ordres :

➢ Au plan législatif et réglementaire :

1/ l’élaboration de lois et règlements harmonisés qui rendent les procédures contentieuses plus rapides (par l’utilisation des différentes procédures d’urgence), évaluent les dommages et intérêts à l’échelle du préjudice subi par le titulaire ou détenteur du brevet d’exploitation et prévoient des amendes et peines d’emprisonnement plus dissuasives et coercitives.

2/ l’élaboration de nouvelles infractions dans le code des douanes réprimant l’importation, l’exportation, la circulation et le transit de contrefaçons et conférant à la douane le pouvoir d’auto-saisine de produits soupçonnés contrefaisants et de saisir directement le ministère public.

3/ l’élaboration et/ou la mise à jour dans le Code de la Santé de dispositions législatives, réglementaires et disciplinaires adaptées au contexte, harmonisées et applicables à tous les pays membres de l’institution régionale ou sous régionale.

➢ Au plan communicationnel, informationnel et éducationnel :

1/ l’élaboration et la production d’outils adaptés à l’information, à la sensibilisation des différentes cibles (les pouvoirs publics, les institutions nationales et/ou communautaires, les leaders d’opinion les populations, les agents de santé publique et mêmes les contrefacteurs)

2/ l’organisation de séminaires et ateliers de formation et/ou de renforcement de capacité des institutions de forces publiques (douane, gendarmerie, police…) aux techniques de détection, de contrôle qualité et de traçabilité des médicaments.

➢ Au plan sanitaire et socioéconomique :

1/ la promotion de la production locale de médicaments essentiels de qualité, accessibles géographiquement et financièrement.

2/ l’harmonisation de l’appui international financier et technique par la mise en place de projets et programmes horizontaux selon les principes de la déclaration de Paris de 2005.

3/ l’adoption dans les différents espaces régionaux et sous-régionaux de principes harmonisés sur les BPF, les BPD et sur la Pharmacovigilance (en cours dans l’espace UEMOA depuis juillet 2010 avec l’élaboration du guide des BPF).

4/ La création de comités nationaux de lutte dans tous les pays des différents espaces régionaux et sous régionaux et comprenant outre les pharmaciens, les différents départements et services des Etats concernés dans la traque et la répression des contrefacteurs et vendeurs des faux médicaments

Le pharmacien africain a un rôle fondamental à jouer dans cette grande entreprise, par sa formation continue et celle de ses agents, par l’information et la sensibilisation des patients/clients sur la complexité de la stabilité des médicaments comme sur le danger de la consommation des médicaments contrefaits notamment ceux achetés dans le circuit illicite et sur Internet et enfin par le conseil pharmaceutique qu’il se doit d’offrir aux malades.

Nous avons ainsi pu bénéficier, comme d’autres, d’appuis techniques et financiers pour un renforcement de nos capacités notamment dans le domaine du contrôle qualité du médicament à la Centrale Humanitaire Médico-Pharmaceutique de Clermont Ferrand. Ce domaine de contrôle constitue de nos jours avec la pharmacovigilance un axe prioritaire dans la qualité des soins pharmaceutiques que nous proposons à nos populations.

C’est le lieu d’encourager et de féliciter des institutions telle la Fondation Chirac et le Conseil de l’Europe, lesquels, avec l’Appel de Cotonou et la Convention MEDICRIME, ont fini de poser courageusement les bases de cette volonté mondiale de lutte contre les responsables du génocide des faux médicaments.

« La peur doit changer de camp. »

Ensemble, l’éthique, l’équité, la solidarité et la justice en bandoulière, la détermination des hommes justes viendra à bout sous peu de la cupidité des vendeurs de la mort.

Partagez cet article :

Commentaires (1)


1 commentaire »

Twitted by AlainClergeot a commenté le 1 octobre 2010 à 10 h 21 min

[...] This post was Twitted by AlainClergeot [...]

Flux RSS des commentaires de cet article. Adresse web de rétrolien


Additional comments powered by BackType