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Le droit à l’eau, et après ?

Posté par Jean-Michel Severino le 11 octobre 2010

Les Nations Unies viennent d’accomplir une grande avancée politique et symbolique en intégrant le droit à l’eau dans les droits fondamentaux de la personne. Ainsi se trouve reconnue enfin une grande revendication universelle, qui avait vu une étape importante franchie dans la consécration d’un des objectifs du millénaire à ce sujet.

Mais chacun est conscient de ce que l’essentiel est devant nous. L’objectif réel que notre planète doit se fixer se trouve désormais dans l’accès universel à une eau de qualité. De sa réalisation dépendent l’amélioration sanitaire globale (les maladies hydriques demeurent la première cause de mortalité dans les pays pauvres), en conséquence la maîtrise de la démographie, la réduction de nombreuses tensions sociales voire de conflits ouverts, comme nous le voyons dans de nombreuses régions du monde affectées par le stress hydrique et la compétition pour l’accès à l’eau entre communautés, mais aussi la croissance économique : investir dans l’eau, c’est investir dans des mécanismes keynésiens de croissance, c’est libérer de la productivité, c’est permettre l’accès à l’école, notamment celui des filles…

Sur le chemin de cet objectif réside un gigantesque déficit d’investissement. Le résoudre exige d’apporter des réponses précises à la question du financement. Sur un sujet comme celui-ci, ainsi que le rapport rédigé sous la direction de Michel Camdessus l’avait montré, ou ainsi qu’un récent rapport de l’OCDE présenté au forum mondial de l’eau d’Istanbul l’avait précisé, nous devons marcher sur trois jambes : des tarifs adéquats qui permettent d’alimenter en ressources les organismes de gestion et d’investissement, des transferts de solidarité entre usagers, des subventions enfin, car il parait difficile que l’eau finance intégralement l’eau. Nous ne l’avons pas fait en Europe occidentale, et cela ne se fera pas dans le reste du monde, pour la seule raison que les externalités, comme disent les économistes, de son accès rendent légitiment et même exigent pour des raisons financières, que l’ensemble de l’économie via les prélèvements obligatoires participe à cet investissement.

Les subventions, une condition sine quanon

Dans le monde globalisé où nous vivons, les subventions doivent se comprendre comme gérées à l’échelle mondiale, et comprenant des transferts Nord-Sud dont l’inspiration n’est pas la charité mais la reconnaissance du fait que nous vivons dans un espace commun où nous nous influençons les uns les autres. Prenons le cas de l’Afrique. Le maintien d’un taux de croissance au-delà de 6% par an, et qui permette de réaliser progressivement l’accès universel à l’eau exige plus de 100 milliards d’euros par an d’investissements – alors que nous n’en sommes encore approximativement qu’à la moitié. Ces investissements sont étroitement liés à l’énergie, car l’eau consomme beaucoup d’énergie et que les barrages ont des usages mixtes. Il est impossible de réaliser de tels volumes d’investissements dans les dix prochaines années, compte tenu des faiblesses du prélèvement fiscal dans les pays les moins avancées d’Afrique, et de leur faible capacité d’endettement, sans des apports financiers extérieurs significatifs, dont une bonne partie en subventions. Ces apports ne se feront pas sans une amélioration importante de la conception et de la mise en œuvre des politiques locales de l’eau, et notamment de politiques tarifaires justes socialement et financièrement réalistes. C’est donc un effort commun qui doit être entrepris.

Permettre à cet effort de s’intensifier au niveau requis pour concrétiser le droit à l’eau devrait être la tâche principale du prochain forum mondial de l’eau qui se tiendra à Marseille en mars 2012. C’est une occasion exceptionnelle de passer aux actes que la France peut promouvoir. Ce devrait être l’occasion de débloquer le goulot d’étranglement financier et de brancher, au sens propre du terme, ce sujet sur celui des financements innovants. La France est motrice dans le groupe de travail qui pilote la progression de cet enjeu fondamental. En tant qu’hôte du forum de Marseille, elle a l’occasion de faire coup double : donner un sens au processus politique de ce sommet, et par là même à toute la rencontre, et un objet concret à une discussion jusqu’ici abstraite.

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Commentaires (1)


1 commentaire »

carolle atonta a commenté le 17 novembre 2010 à 18 h 43 min

Bravo!!!!!!!! au rédacteur de cet article
En tant que chercheur dans le domaine je m’arrête juste pour saluer ces fortes recommandations qui épousent mes idées.
voilà!!!!!

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