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Journée internationale des forêts

Posté par Stéphane Guéneau le 21 mars 2010

Poursuivre la gestion responsable des forêts

Le sommet sur les changements climatiques qui s’est déroulé il y a quelques semaines à Copenhague a mis une fois de plus en évidence le rôle des forêts dans les équilibres écologiques de notre planète. La déforestation est désormais reconnue comme une des principales sources d’émission de gaz à effet de serre. En cette année de la biodiversité, rappelons également que les forêts, notamment les forêts tropicales, sont les principaux réservoirs de biodiversité du Globe.

Pourtant, malgré les impacts écologiques évidents de la déforestation et de la dégradation des forêts, les gouvernements peinent à trouver des solutions permettant de résoudre ce problème. Les négociations de Copenhague montrent à quel point la coordination internationale est difficile sur ces grands sujets environnementaux.

Aussi, des dispositifs pragmatiques permettant d’agir, parallèlement à la négociation internationale ont été proposés et mis en œuvre depuis quelques années par des organismes non étatiques. La certification FSC (Forest Stewardship Council) est l’un de ces dispositifs soutenu par de grandes ONG. Il s’agit de garantir aux consommateurs que les produits bois ou papiers qu’ils consomment proviennent de forêts gérées de manière responsable. La présence du label FSC sur les produits est la preuve de cette sur garantie.

Près de 120 millions d’hectares de forêt sont certifiées FSC

Depuis la création du FSC, les surfaces de forêts certifiées ont progressé à un rythme élevé. A l’heure actuelle, près de 120 millions d’hectares de forêt sont certifiées FSC. Par rapport aux 13 millions d’hectares annuels de perte de forêts naturelles signalés dans les organisations internationales, ces surfaces peuvent paraître dérisoires. Mais dans ces millions d’hectares de forêts certifiées, les pratiques de gestion respectent les lois en vigueur et les droits des populations locales, portent une attention particulière à la protection de biodiversité, améliorent les conditions de sécurité et de travail, etc. Autant d’éléments qui sont documentés (1) et qui permettent de montrer les incidences positives de la certification FSC.

Stéphane Guéneau

Président de FSC-France

(1) Voir par exemple : Karmann, M., and Smith A., 2009, FSC reflected in scientific and professional literature. Literature study on the outcomes and impacts of FSC certification. FSC Policy Series No. 2009 – P001, FSC International Center


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Les scientifiques, les politiques et le tigre de Sumatra sont sur un bateau

Posté par Geneviève Ferone le 17 mars 2010

La remise en cause, parfois violente, des travaux du GIEC sur le changement climatique éclaire crument les lignes de faille de notre société confrontée à un enjeu de gouvernance sans précédent et une crise économique qui grippe les économies occidentales. Les débats sont entrés dans une très grande confusion et le champ des questions s’est déplacé, sans avoir du reste reculé.

Le sommet sur le climat a montré clairement les limites de nos institutions

Ainsi, avant Copenhague, la question centrale était de savoir comment contenir le réchauffement climatique en deçà de 2 degrés. Désormais, la question posée porte davantage sur la confiance que nous pouvons accorder à nos scientifiques, notamment lorsqu’ils s’engagent en faveur d’une responsabilité des activités humaines dans l’emballement de la machine climatique. Le sommet sur le climat a montré clairement les limites de nos institutions. Jamais ces 192 personnalités politiques ne se seraient réunies s’il n’y avait pas eu derrière elles les travaux du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), c’est-à-dire les savants, mais tous seuls les savants ne peuvent pas dire la politique. Deux groupes de personnes sont donc en jeu : un groupe d’experts qui savent mais qui ne sont pas élus, et un groupe d’élus qui ne savent pas.

Cette contestation ne doit absolument pas jeter l’opprobre sur la communauté scientifique dont nous avons un besoin de réhabilitation urgent. Simple phénomène d’isostasie, juste et sain retour à l’équilibre, ou malais plus profond ? Les profils de nos élites, celles qui décident aujourd’hui, ne sont pas assez pétris de culture scientifique et les visiteurs du soir sont parfois parfaitement incultes sur ces sujets. Pour avancer, il faudrait inventer une reconfiguration de ces deux profils. Celui du politique comme celui du scientifique, dont l’implication dans la vie de la cité est aujourd’hui impérative.

Nous courrons donc un grand danger, celui de jeter le bébé avec l’eau du bain trop pressés d’en finir avec un problème inextricable auquel nous souhaitons échapper.

Si nous résumons, nous observons bel et bien des anomalies climatiques et une érosion de la biodiversité mais l’homme n’y serait pour rien. Quel soulagement, nous allons enfin pouvoir reprendre le cours de nos activités normales débarrassés de ces relents de culpabilité entretenus par les tenants d’une écologie cléricale de plus en plus virulente. En effet, comment se battre à armes égales contre le soleil, les plaques tectoniques, les nuages et les océans, nous pauvres et frêles créatures. Tous nos efforts de frugalité et de nos petits gestes verts n’y changeront donc rien. Donnons du temps au temps. Laissons les scientifiques avancer dans l’exploration de notre planète, pas à pas. Nous pouvons adopter cette posture bien connue qui est que finalement, aucun problème ne résiste longtemps à une absence de solution. Il faudrait néanmoins éviter de l’ériger en modèle politique.

Les limites de la prospérité sont bien plus dépendantes du capital naturel disponible

Au nom de l’éthique du chercheur (heureusement certains en ont) et de la très grande complexité des domaines à peine explorés, la science ne fournira jamais une réponse sans marges d’incertitudes à destination de nos décideurs. Pendant ce temps, de plus en plus de personnes et d’industries, toujours plus performantes, accentuent leur pression sur les écosystèmes. Cependant, les limites de la prospérité sont bien plus dépendantes du capital naturel disponible que des prouesses technologiques actuelles ou à venir. Tandis que la technologie continue de repousser l’épuisement des ressources en produisant des matériaux qui semblent toujours de moins en moins chers, ceux-ci ne sont moins chers qu’en apparence, car la disparition des forêts, l’accumulation de déchets toxiques se déversant dans les rivières, l’appauvrissement des sols et l’érosion des cultures, ne sont pas comptés dans les coûts de production.

Le stock de capital naturel s’effondre

Ce ne sont pas les ressources de pétrole ou de cuivre qui commencent à limiter notre développement mais la « Biogée » comme l’appelle Michel Serres, c’est-à-dire la terre et la vie. Ce ne sont pas les limites de puissance des pompes mais l’épuisement des aquifères qui menace l’accès à l’eau. Nous pouvons multiplier les exemples.

L’humanité a hérité d’une réserve de capital naturel de 4 millions d’années. Au rythme actuel d’usage et de dégradation, il n’en restera que très peu à la fin du siècle prochain. Ce n’est pas une question de dogme ou de morale, mais d’un sujet de la plus extrême importance pour notre société et les êtres humains. Malgré les innombrables articles, livres et colloques traitant de l’état de l’environnement, le stock de capital naturel s’effondre et les services vitaux qu’il rend deviennent cruciaux pour notre survie.

Pour autant, notre instinct de survie n’est pas enclenché à l’échelle de l’humanité. Le tigre de Sumatra devra quitter son île. Entre la protection de son habitat naturel et les revenus de l’huile de palme, il n’y a pas de place pour le débat.

Le chômage fait beaucoup plus peur que la dégradation de l’environnement. Il frappe cruellement au cœur de chaque famille, de chaque pays. Nous partageons pourtant tous les mêmes combats sans nous en rendre compte, celui de la prospérité de notre espèce dans ses liens de dépendance avec la Terre.

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La prévention des conflits peut (encore) rapporter gros

Posté par Franck Debié le 24 février 2010

La fin de la Guerre froide a vu plusieurs parties du monde bénéficier des dividendes de la paix : l’Europe d’abord avec la fin de la course aux armements conventionnels, l’Afrique australe avec la fin des conflits ouverts en Namibie, en Angola, au Mozambique, l’Amérique centrale enfin avec l’extinction des Contras et des fronts révolutionnaires. Recueillir les dividendes de la paix n’a été possible dans ces régions que parce que les accords divers qui ont mis fin aux conflits ont été assortis de mesures crédibles de prévention du retour au conflit. Mesures militaires avec des accords de désarmement, des mesures de confiances et de sécurité, des déploiements internationaux destinés à rassurer ceux qui désarmaient. Mesures sociales ensuite avec des processus de réconciliation, de reconstruction, de réintégration des belligérants. Mesures économiques avec d’importants paquets de reconstruction, de développement régional, de restructuration économique. Mesures symboliques enfin, avec la participation de toutes les forces morales et détenteurs de la légitimité au processus de concorde : partis, Eglises, syndicats, institutions internationales.

Investir ailleurs que dans l’armement

Des dividendes de la paix, il en reste beaucoup à recueillir dans le monde appauvri qui sort de la crise économique et financière, une crise qui aura causé des dommages de guerre en temps de paix. Partout, il faut arriver à soustraire au surarmement un principe de suffisance raisonnable. Tout près de nous, en Europe d’abord : les niveaux de dépense militaire des Balkans, de la Grèce, de Chypre sont encore anormalement élevés. Avec la Russie ensuite : contre qui, pour quelle cause, prolonge-t-elle son effort d’armement à des niveaux trois ou quatre fois supérieurs au moins à ceux de l’Allemagne ? Le Proche et le Moyen-Orient ont des dépenses militaires d’avant-guerre… Que dire des PMA ?

Que d’argent qui pourrait aider à combler les déficits sociaux, régionaux, publics aggravés par la crise économique ! Que de capacités d’investissement durablement gaspillées !

Inventer de nouveaux instruments de prévention

Pour y arriver, il faut arriver à inventer de nouveaux instruments de prévention : des traités crédibles et solides là où ils font défaut (sur les armements conventionnels en Europe par exemple), des garanties de sécurité permettant de tranquilliser ceux qui sincèrement cherchent à s’engager dans une dynamique de désarmement, comme autour de la Mer Noire. Mais il faut surtout des échanges, des complémentarités, des interactions entre les sociétés civiles, des intérêts en commun. Une telle dynamique n’est pas possible si le protectionnisme économique refait surface. Elle n’est pas possible non plus si les frontières se ferment aux travailleurs migrants. Rien ne peut aboutir sans un minimum de solidarité, d’aide au développement, d’appui désintéressé des tiers.

Une nouvelle génération de leaders d’opinion doit s’engager

Mais un nouvel encadrement institutionnel de la sécurité, du commerce et du développement ne suffira pas. Une nouvelle génération de leaders d’opinion doit s’engager dans les efforts de prévention aux côtés des élites institutionnelles : ceux qui parlent à la jeunesse, ceux qui parlent aux femmes, ceux qui parlent aux pauvres et aux extrêmes. Les sociétés sont plus complexes, moins tenues et dirigées que celles de la fin de la Guerre froide. Les dirigeants politiques s’évertuent à capter l’attention médiatique mais leur légitimité est plus diluée. Notamment lorsqu’il s’agit de produire cette confiance particulière qui est nécessaire à désarmer la crainte d’un nouveau conflit. Il faut des médiateurs aux mains nues, des leaders d’opinion de quartier, des maillages denses d’avocats de la paix et du désarmement, capables de reconnaître dans l’autre un proche, un voisin et peut-être demain un allié.

En complément de ce billet, vous pouvez vous reporter à cet article de Jacques Delpa : Greek Crisis: Ending (at last) the Trojan War

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La mort d’une vieille dame et de sa très vieille langue

Posté par Rozenn Milin le 19 février 2010

Le 27 janvier dernier mourait Madame Boa Sr, la dernière locutrice d’une langue multimillénaire, la langue bo, parlée sur l’une des îles Andaman, dans l’Océan Indien. Cette disparition a été très largement rapportée dans la presse internationale, et l’on peut se demander pourquoi la mort d’une vieille dame et l’extinction de sa « petite » langue ont suscité tant d’émoi…

Pour comprendre la portée symbolique de cette mort « double », la mort d’une femme et la mort d’une langue, il faut se plonger dans l’histoire, non seulement de cette partie du monde mais aussi des origines de l’Homme.

Une langue qui remonte à l’époque pré-néolithique

L’archipel des Andaman est composé de 204 îles situées à plus de 1 000 km des côtes indiennes, réparties entre les Grandes et les Petites Andaman. Sur ces îles vivent quatre groupes de populations :

  • les Sentinelles, entre 50 et 200 membres, qui sont extrêmement isolés et n’ont, semblerait-il, jamais été en contact avec les Occidentaux ; c’est une des populations les plus isolées au monde ;
  • les Jarawa, qui seraient un peu moins de 300 ;
  • les Onges, qui compteraient près d’une centaine d’individus ;
  • les Grands Andamanais, dont la langue était elle-même composée d’une dizaine de variantes dialectales, parmi lesquelles la langue bo, qui vient donc de s’éteindre. Il ne resterait plus à présent qu’une cinquantaine de personnes à parler une langue grand andamanaise.

Les chercheurs pensent généralement que toutes ces langues andamanaises pourraient être les dernières représentantes de langues dont l’histoire remonte à l’époque pré-néolithique…

Ces populations auraient en effet quitté le continent africain il y a 70 000 ans pour finalement s’établir en Asie du Sud-Est, et les hommes et les femmes qui composaient ces communautés ont probablement été les premiers êtres humains « modernes » à s’établir dans cette partie du monde.

Ils ont survécu au fil des siècles et des millénaires jusqu’à l’arrivée des colons anglais en 1858 : à partir de cette date, ils ont été décimés, tués par les nouveaux arrivants ou emportés par les maladies.

La fin d’un long voyage

Il semblerait donc malheureusement qu’ils arrivent à présent au bout de leur long voyage, en ce début de XXIème siècle. Car comment imaginer que quelques centaines de représentants disséminés sur un chapelet d’îles pourraient résister aux grandes vagues uniformisatrices de la mondialisation ?

Le jour où le dernier locuteur de ces langues andamanaises mourra, la perte sera irréparable, une famille entière de langues se sera éteinte. Ce qui se joue ici est donc tout simplement la disparition de l’une des plus anciennes cultures de la planète, qui remonte à la nuit des temps….

« Vous ne pouvez imaginer la douleur et l’angoisse que j’éprouve chaque jour en étant le témoin muet de la disparition d’une culture remarquable et d’une langue unique », disait Anvita Abbi, la linguiste qui œuvrait à la documentation de la langue bo.

Elle avait enregistré Mme Boa Sr et nous comprenons aujourd’hui à quel point ce travail était important : ce sont là les dernières traces d’une langue que plus personne ne parlera. Et cela nous rappelle aussi l’urgence d’enregistrer, de filmer, de documenter toutes ces autres langues et cultures de la terre qui sont aujourd’hui menacées. C’est la tâche immense à laquelle s’est attelé le programme Sorosoro de la fondation Chirac.

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Quel rôle de l’aide au développement face à la violence ?

Posté par Jean-Michel Severino le 10 février 2010

Les organisations de développement telles que l’AFD travaillent dans des sociétés en mutation rapide. La croissance économique et démographique, l’urbanisation rapide ou les changements identitaires qui y sont liés chamboulent des sociétés et leur mode d’organisation. Des phénomènes de violence peuvent émerger en l’absence d’institutions formelles ou informelles de gestion des conflits générés par ces mutations accélérées. Quel peut être le rôle d’organismes de développement face au défi de ces Etats et sociétés dits « fragiles » ?  J’aimerais retracer ici le long processus d’apprentissage d’organismes de développement dans leur quête de réponses à ces situations de violence.

Les années 1990 : des Etats « faillis » à « reconstruire »

La chute du mur de Berlin a été suivie d’une vague de conflits particulièrement meurtrière : les guerres civiles qui ont ensanglanté les années 1990 ont interpellé une « communauté internationale » de plus en plus consciente des limites de ses instruments – à la fois conceptuels et opérationnels – pour y faire face. Une décennie après le début des programmes d’ajustements structurels, dont l’un des corolaires a été la réduction de l’Etat à la portion congrue, les conflits du Golfe de Guinée, de la Corne de l’Afrique ou de l’Afrique centrale ont montré que la faiblesse des Etats porte en elle le risque de l’effritement des structures gouvernantes – avec pour conséquence la perte de contrôle de leurs territoires, et les impacts que l’on connaît en termes de piraterie, de drogue, de terrorisme, etc.

La question des « Etats faillis », traduction de l’anglais « failed states », émergea ainsi en l’espace de quelques années comme un enjeu majeur de sécurité collective. Dans l’urgence, les organisations internationales de développement s’attelèrent, non sans maladresses, à construire ou à reconstruire des capacités étatiques par des opérations de « state-building » (qui peut se traduire en français par la “construction de l’Etat”). Ces dernières étaient essentiellement entreprises sur le mode curatif, la gestion des défaillances laissant en réalité peu de temps pour se préoccuper de l’action préventive dans des Etats risquant de suivre la même trajectoire.

Le tournant des années 2000 : l’analyse de fragilités porteuses de violence

La consécration du terme des « Etats fragiles », qui s’est progressivement imposé dans les stratégies et les organigrammes des organisations de développement au tournant du siècle, a marqué une rupture dans l’analyse des Etats fragiles et dans les stratégies mises en œuvre pour y intervenir[1]. Certes, cette catégorie est d’abord née en réponse à un besoin institutionnel : celui de poursuivre l’aide à des pays dont il serait illusoire d’exiger le respect à la lettre des standards de gouvernance habituellement imposés aux pays aidés.

Mais ce changement de terminologie a permis de dépasser la stricte problématique de la « faillite » de l’Etat pour se pencher sur ses signes avant-coureurs : politiques, bien sûr, mais également économiques et sociaux. En effet le progrès des connaissances sur les multiples déséquilibres auxquels sont soumises les sociétés dans leurs processus de développement ont permis d’identifier des facteurs de vulnérabilités socio-économiques qui se retrouvent fréquemment dans l’équation de la violence. Autant « d’indicateurs d’alerte » auxquels les acteurs du développement doivent être particulièrement attentifs. Pensons à la jeunesse urbaine au chômage, qui prit les armes durant les violences en Côte d’Ivoire ou au Kenya. Pensons aussi à la difficile gestion de ressources rares – comme les pressions considérables sur le foncier, qui a contribué au déchainement de la violence au Rwanda en 1994, ou celle sur l’accès à l’eau et aux pâturages, qui envenime les tensions entre communautés dans l’Est du Tchad ou au Darfour. Pensons enfin aux inégalités économiques et sociales dont la persistance dans le temps génère des frustrations porteuses de violences.

Le traitement des fragilités – premier pas vers la prévention des conflits ?

Le retour d’expérience de plusieurs décennies d’actions au chevet d’Etats et de sociétés fragiles a permis d’identifier une exigence fondamentale pour toute opération de développement : celle de « ne pas nuire », c’est-à-dire de ne pas contribuer par mégarde à l’exacerbation de tensions. C’est à la fois un cap fondamental et un défi permanent. Mais pouvons-nous, aujourd’hui, aller plus loin ? L’AFD a décidé de se doter d’une stratégie d’action spécifique aux Etats fragiles qui, outre l’exigence de ne pas nuire, se donne pour ambition d’identifier des opérations de développement qui permettent de traiter certaines des fragilités qui constituent le terreau de la violence.

Cette stratégie est exigeante, puisqu’elle demande un investissement permanent dans la connaissance fine des sociétés dans lesquelles nous agissons, ainsi que de leurs mutations. Nous poursuivons cet effort avec notre réseau de partenaires. Un travail est ainsi mené avec des organisations non-gouvernementales sur la préservation ou la reconstruction du lien social mis à mal par certains bouleversements sociaux et économiques. Un programme de recherche est également en cours de lancement avec des acteurs de la recherche pour mieux comprendre la façon dont des projets de développement permettent de modifier l’économie politique de la violence en travaillant à réduire certaines des vulnérabilités dont elle se nourrit.

Malgré des progrès au cours des deux dernières décennies, ce champ de l’analyse et de l’action est encore dans son enfance – à l’heure où de nouvelles « fragilités » émergent, tels les impacts des changements climatiques. C’est pourquoi l’investissement dans la connaissance des forces qui animent les sociétés en développement comme des effets de nos propres programmes est crucial si l’on souhaite contribuer — avec les outils qui sont les nôtres et toute l’humilité que ce sujet commande — à la paix et à la stabilité de sociétés en développement. Le prix de la Fondation Chirac pour la prévention des conflits est en ce sens une initiative importante pour encourager les pas en avant dans ce processus d’apprentissage collectif.


[1] Pour une analyse de ce terme et de son appropriation par les organisations de développement, voir Chataigner, Magro et al., Etats et Sociétés Fragiles : Entre conflits, reconstruction et développement, Karthala 2007.

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L’homme spectateur ou partie intégrante de la biodiversité?

Posté par Geneviève Ferone le 8 février 2010

La question des changements climatiques, de leurs effets et des mesures d’adaptation à mettre en place, est devenue une question politique majeure. En 2010, les effets de ces changements climatiques sur la biodiversité est clairement en première ligne sur l’agenda de la communauté politique et scientifique mais également, grande nouveauté, apparaît timidement sur celui des entreprises. Les entreprises ont cependant beaucoup de difficultés à appréhender la question de la biodiversité dans leurs modèles économiques. Elles se trouvent surtout dans la situation d’égrener leurs bonnes pratiques en matière de préservation de la nature et d’équilibre des écosystèmes, mettant le plus souvent en valeur les actions vertueuses de leur fondation.

Citadin, l’homme dépend de la nature et de la biodiversité

D’une façon générale, quel que soit l’habit qu’il porte, l’homme (et bien sûr la femme), être de plus en plus urbain, arpentant le bitume, a tendance à considérer la biodiversité comme une aimable fenêtre à ouvrir de temps en temps avec parfois un brin de nostalgie. L’homme n’est pas de cette biodiversité, il la regarde et s’y promène mais ne si fond pas.

Mais de toute évidence, l’homme ne peut se considérer en dehors de cette biodiversité dont il fait (encore) partie intégrante. Nous sommes tous reliés à la Terre par un cordon ombilical très fragile, dont nous ne connaissons finalement pas grand-chose. Nous n’avons donc pas pleinement conscience de notre vulnérabilité. Ainsi qui est réellement capable de mesurer ce que l’on doit au quotidien aux formidables services gratuits que nous rendent Mère Nature ?

Les « réfugiés climatiques », un exemple de la dispersion des espèces

Si nous ne prêtons guère attention au sort qui sera réservé aux autres espèces avec lesquelles nous partageons la planète, nous pourrions nous interroger néanmoins sur nos propres capacités d’adaptation dans le maillon de dépendance ultime qui nous relie au vivant. Notre espèce joue effectivement un rôle spécifique et majeur dans les changements climatiques actuels et à venir, elle est également, en réalité, une partie de la biodiversité. A ce titre, elle n’est pas épargnée par les facteurs d’érosion de la biodiversité, qu’il s’agisse de l’effet des polluants sur la santé ou des introductions d’espèces, bactéries, virus et leurs vecteurs. Nos mécanismes d’adaptation s’appréhendent sur les mêmes registres, physiologique, comportemental, et génétique, que ceux évoqués pour les autres espèces : les « réfugiés climatiques » sont aussi un exemple de la dispersion des espèces à la recherche, d’une nouvelle niche écologique plus favorable, en cas de modification des habitats.

Désegmenter la gestion des ressources de la planète

La gestion de la biodiversité ne peut être disjointe de celle de la gestion d’autres ressources naturelles avec lesquelles elle interagit et qui seront fortement impactées par les changements climatiques. Il s’agit en particulier de la concurrence sur le foncier, la gestion des flux et des fluides essentiels de la vie : la mobilité, l’énergie, l’eau, les ressources nourricières et naturelles, la production de déchets… Pour arrimer davantage l’homme dans cette compréhension de sa vulnérabilité et de sa dépendance, il est urgent de construire les instances de gouvernance pouvant englober la gestion durable de la biodiversité et des ressources sous tension, évitant si possible le piège de la segmentation des spécialités et des responsabilités.

Mission impossible ?

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Christianistes et islamistes en Afrique : logique du face-à-face

Posté par Franck Debié le 27 janvier 2010

Rencontrer l’Imam Ashafa et le Pasteur Wuye est une chance personnelle : ce sont des combattants, des hommes de foi, capables de mettre autant d’énergie et de force de conviction à désarmer les miliciens chrétiens ou musulmans d’aujourd’hui qu’ils en avaient mis naguère à les entraîner et à les exciter au combat.

Le religieux bouscule la typologie classique des conflits

Les rencontrer a aussi été pour moi l’occasion d’un déniaisement. Les conflits au Nigéria, en Afrique, de manière générale, il me semblait en connaître les causes :
- les frontières mal tracées et les logiques d’ingérence et de déstabilisation entre Etats voisins,
- la concurrence armée pour les ressources naturelle,
- l’ethnicité armée des minoritaires résistants à l’Etat ethnique dominant,
- les guerres entre prétoriens pour la conquête du pouvoir,
- l’enkystement de vieux conflits issus de la Guerre froide.

Entre ces cinq types de conflits, des interactions, des effets de renforcement et de récupération. Et partout des logiques toujours possibles de criminalisation des conflits. Paysage brutal, complexe, mais familier.

Or cette complexité géopolitique a masqué, à en écouter le Pasteur et l’Imam, une autre réalité, plus discrète parce que longtemps enfouie dans la société civile, plus difficile à cerner parce que largement clandestine, moins traitée parce que longtemps considérée comme secondaire par les Etats : celle du conflit de faible intensité, à base religieuse, entre des groupes miliciens chrétiens et musulmans, se percevant comme mutuellement menacés. Ce conflit de faible intensité s’étend potentiellement à toute l’interface sahélienne entre christianisme et islam. Il a des prolongements sur toute la façade orientale du continent où migrations et influences successives ont abouti à faire coexister les deux religions.

Les logiques du conflit de faible intensité, à base religieuse

La logique de mobilisation dont nous parlent l’Imam et le Pasteur suit une séquence précise :
- sentiment que les « provocations » de l’autre restent impunies par un Etat faible, partial et décidé à regarder ailleurs,
- désir minoritaire d’auto-défense,
-organisation parallèle d’une communauté secrète armée en marge de la communauté officielle des croyants,
- organisation tactique du territoire par la milice (lieux d’entraînement, arsenaux, réseau de surveillance, lignes de front à défendre, positions à tenir),
- tension croissante dans la société à l’idée que les autres se sont armés : tout incident peut conduire à l’affrontement,
- désir de sécuriser un bout du territoire en expulsant, détruisant, désarmant l’appareil militaire de l’autre. Entre les différentes options – surveillance, posture défensive, démonstration de force, attaque frontale – divergences, divisions, scissions éventuelles de la milice.

Un schéma complexe qui traverse le continent

A écouter le Pasteur et l’Imam aujourd’hui devenus des propagandistes du désarmement et de la prévention des conflits entre miliciens « christianistes » et islamistes, plusieurs choses frappent :
- l’hétérogénéité entre la dynamique religieuse et la dynamique de mobilisation milicienne : le Pasteur comme l’Imam décrivent des communautés de croyants intenses, en recherche d’une nouvelle authenticité dans la foi, en recherche d’une appropriation plus personnelle de l’héritage de la tradition : d’où la tentation de la radicalité religieuse, mais aussi les changements d’affiliation issues de la recherche d’une foi réformée : changement de maîtres spirituels, de confréries, d’églises. Le paysage religieux bouge, mais ce mouvement ne produit pas en lui-même la mobilisation politique.
- la superposition trompeuse de deux niveaux : la masse des croyants et des dirigeants religieux appellent à la paix civile et à la concorde, mais se montrent incapables de contrôler la logique milicienne d’auto-défense qui s’instaure sous la paix apparente, logique qu’ils ignorent ou tolèrent ;
- la grande proximité que le Pasteur et l’Iman reconnaissent dans le paysage milicien de l’affrontement chrétien/musulman dans différents territoires africains ;
- la critique commune à tous de l’Etat, présenté comme corrompu, faible, passif, manipulateur…

La société civile, solution face aux défaillances de l’Etat

Il en ressort, me semble-t-il, deux conclusions possibles :
- la première est que le potentiel de destruction de ce face à face milicien entre chrétiens et musulman reste entier et constitue une menace endogène pour la paix très sérieuse ;
- la seconde est que le discrédit de l’Etat est tel que seules des initiatives issues de la société civile elle-même peuvent apparaître crédibles pour réduire la tension ; des ingérences internationales n’auraient pas plus d’efficacité ; c’est pourquoi utiliser le désir proprement religieux de plus d’authenticité dans la foi pour appeler au pardon et à la concorde entre miliciens est peut-être, malgré ses apparences d’utopie et malgré tous les dangers de débordement qu’elle comporte, une des voies les plus réalistes.

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Vers l’endettement éthique ?

Posté par Jean-Michel Severino le 14 janvier 2010

Je rencontrais il y a quelques temps les responsables de plusieurs ONG rassemblées dans une plate-forme « Dette et Développement ». La qualité de nos échanges me donna l’idée de poursuivre nos réflexions sur le thème de la dette.

Cette question revient régulièrement sur le devant de la scène : importantes vagues d’annulation de la dette au niveau bilatéral (Initiative PPTE) et multilatéral (IADM) ; émergence de nouveaux bailleurs souverains, notamment la Chine ; regain d’activité des fonds vautours (ces investisseurs qui rachètent sur le marché secondaire la dette de pays pauvres pour en récupérer toute la valeur nominale). En outre les débats sur les devoirs des créanciers à l’égard des consommateurs nationaux, mis en lumière par la ‘crise des subprimes’, ne sont pas sans rappeler ceux sur la responsabilité des pays du Nord dans la crise de la dette du tiers monde dans les années 1980.

Trois fondements pour une nouvelle politique de financement en prêts

Mais le ’sujet’ de la dette des pays en développement se pose en des termes bien différents aujourd’hui. Les circonstances actuelles appellent à refonder une politique de financement en prêts, tirant les leçons de l’histoire et basée sur de nouveaux outils. A mon sens, la véritable question est donc celle de la définition des droits et devoirs de chacun des acteurs engagés, dans un contexte de réendettement tout à la fois souhaitable et nécessairement responsable. Trois grands fondements permettent d’édifier cette politique sur des bases solides.

Les prêts : créer une offre responsable

Le premier de ces fondements a trait aux annulations de dette. Celles-ci ont favorisé un contexte de solvabilité restaurée dans la plupart des pays concernés. Le stock de la dette africaine a été ramené au tiers de sa valeur initiale, dégageant des moyens au service de politiques sociales. Le succès de ces annulations – nécessaires – ne doit cependant pas nous conduire à ‘jeter aux orties’ l’instrument du prêt, qui constitue un des éléments de la palette d’outils financiers qui doit être mise au service des pays en développement.

Prenons l’exemple africain. Le continent croît (à plus de 6% en moyenne entre 2003 et 2008) et entreprend. Et cette Afrique émergente a un besoin crucial et pressant d’investir. Or seul l’accès à des financements de long terme permettra de soutenir les investissements publics porteurs d’externalités positives – dans les infrastructures, le capital humain ou encore la santé – et donc de croissance sur une longue période. Il paraît clair que les projets d’infrastructure dont les économies africaines ont besoin (ports, aéroports, barrages, réseaux etc.) ne pourront pas être financés uniquement en subvention ; les volumes d’aide au développement ne le permettent pas. Je suis donc convaincu que notre rôle en tant qu’acteurs du développement est d’offrir des possibilités nouvelles de financement aux pays africains tout en s’attachant à résoudre les problèmes de vulnérabilité. Au vu des opportunités qui s’offrent à eux, les Etats africains n’attendront pas pour aller chercher ailleurs les ressources qui sont nécessaires à l’accompagnement de cette croissance retrouvée. De nouveaux bailleurs offrent des possibilités de financements considérables, à des conditions qui restent opaques. C’est pourquoi il est urgent de proposer aux pays africains une offre responsable leur permettant de mesurer les avantages comparatifs de chaque partenariat.

Les leçons de la crise des années 1970-1980

Le second fondement repose sur la mémoire des échecs du passé, meilleur des remèdes pour nous prémunir de leur résurgence. La communauté internationale a fait montre dans les années 70-80 d’un manque de clairvoyance certain. Elle a laissé les pays en développement s’engouffrer dans la ‘crise des ciseaux’ – cette combinaison de la chute des matières premières (qui s’avéra durable) et de l’augmentation des taux d’intérêt ayant favorisé une spirale d’endettement intenable. Les solutions qu’elle apporta au problème de la dette dévoreuse de budgets – à travers les Programmes d’Ajustement Structurel- ont constitué une forme de thérapie de choc qui, si elle a permis le retour de l’équilibre budgétaire, a largement grevé les investissements dans les équipements et dans le capital social du continent.

Toutefois ce qui était vrai hier n’est pas nécessairement applicable aujourd’hui. Les sources de la croissance africaine – au premier rang desquels son poids démographique – sont beaucoup plus stables et durables que dans les années 1970. Quant aux prix des matières premières, il y a fort à parier que les cours resteront élevés dans les années à venir. La question aujourd’hui réside donc moins dans le rejet du prêt en tant qu’instrument que dans la manière de favoriser un réendettement soutenable et responsable.

Pour une nouvelle gouvernance de la dette

Le troisième fondement se construit à partir des évolutions actuelles. Deux principales leçons ont été tirées de la crise de la dette, qui trouvent aujourd’hui des réponses concrètes: le besoin de coordination internationale d’une part, et la nécessité d’un meilleur diagnostic des problèmes de solvabilité d’autre part. La première suppose une plus grande coopération entre l’ensemble des acteurs concernés dans un cadre clairement défini. La mise en place d’un outil de suivi international, le Cadre de Viabilité de la Dette (CVD), s’inscrit dans cette logique. En septembre 2008 se tenait la conférence d’Accra sur l’efficacité de l’aide, qui a traité, entre autres questions, du problème de la discipline collective. Un sujet primordial à l’heure de proposer à l’Afrique une nouvelle offre de prêt. Car transparence, responsabilité mutuelle, et discipline collective sont les trois conditions de notre réussite en la matière. La seconde leçon suppose de trouver les instruments d’une nouvelle gouvernance de la dette. Or de tels outils existent. Mon agence a mis en place un ‘prêt contracyclique’: assorti d’un mécanisme assurantiel en cas de choc exogène, il permet d’atténuer la vulnérabilité des débiteurs ; sorte de traduction financière du principe de force majeure. Pour que ces instruments novateurs portent pleinement leurs fruits, il est nécessaire de les appliquer à plus large échelle.

Vers une responsabilité partagée entre débiteur et créancier

Ces évolutions convergent donc vers la notion de responsabilité partagée entre débiteur et créancier. Dans le but d’inscrire ‘dans le marbre’ les droits et devoirs de chacun, ne pourrait-t-on recenser un corpus de pratiques ou coutumes internationales, basées sur l’expérience passée et présente, bonne ou mauvaise? En démontrant qu’ils sont capables à la fois d’apprendre de leurs erreurs passées, et de développer des instruments qui permettront d’éviter la résurgence des crises à l’avenir, les bailleurs pourraient ainsi bâtir les fondations d’un droit international de la dette. Celui-ci reposerait sur nos trois piliers : l’analyse de l’échec des années 1970-80, la pratique des annulations de dette, et les conditions actuelles de réendettement, selon des mécanismes fiables et avec des instruments responsables.

Il ne s’agirait pas de la première tentative pour amener la dette souveraine dans le domaine du droit. Anne Krueger, alors numéro deux du FMI, proposait en 2001 un mécanisme de restructuration des dettes souveraines, sur le modèle du droit de faillite américain. Une initiative intéressante mais non suivie d’effets.

Engager un débat sur ce thème contribuerait à combler un certain vide international.

Je serais heureux d’avoir votre sentiment sur cette question qui me semble aujourd’hui être à un nouveau tournant de son évolution.

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Rendez-vous avec l’Afrique à Copenhague

Posté par Jean-Michel Severino le 16 décembre 2009

Nous voici enfin à Copenhague. Avec ces négociations, nos pays s’engagent dans l’un des exercices d’action collective les plus complexes et les plus déterminants qu’ils ont eu à gérer dans l’histoire des relations internationales. Il s’agit ni plus ni moins de la préservation d’un environnement propice à la survie et au développement d’une humanité de 9 milliards d’habitants. Nul besoin de revenir sur l’enjeu de l’accord, maintenant bien connu. Considérons plutôt les conditions du succès de négociations que de nombreux commentateurs estiment aujourd’hui mal engagées.

Certaines d’entre elles sautent aux yeux : la poursuite du leadership et de l’exemplarité dont l’Europe a fait preuve ces dernières années sur le dossier climatique, l’approfondissement des avancées américaines initiées en octobre à la conférence de Bangkok et la volonté des grands pays émergents à s’engager dans des politiques ambitieuses de réduction des émissions de gaz à effets de serre figurent sur le chemin critique d’un accord efficace.

La place de l’Afrique dans l’agenda climatique est, en revanche, largement négligée. Les émissions subsahariennes, estimées à 3 à 4% seulement des émissions mondiales d’origine humaine, intéressent peu. Pourtant l’Afrique occupe une place centrale dans la crise environnementale globale, à trois titres.

L’Afrique serait la première victime d’un dérèglement climatique

Premièrement, l’Afrique serait la première victime d’un dérèglement climatique – avec des effets sur la planète dans son ensemble. Les experts s’accordent sur le fait que le continent subira certains des changements les plus importants alors même que les capacités de réponse des sociétés africaines sont parmi les plus faibles du monde. De nombreux pays africains sont déjà confrontés à la diminution de la pluviométrie, à la dégradation des sols, à l’épuisement de précieuses ressources naturelles, or deux subsahariens sur trois tirent leurs revenus de l’environnement. Les impacts de cette vulnérabilité sur le reste du monde pourraient être considérables sur les plans économiques, sociaux, migratoires et sécuritaires vu que l’on parle d’un continent qui hébergera au moins deux milliards d’habitants en 2050.

Deuxièmement, l’Afrique est l’un des acteurs importants de la crise environnementale globale. Le continent a vu son couvert forestier fondre de 10% entre 1990 et 2005 – soit plus de la moitié du recul enregistré dans le monde. Par ailleurs, alors que les pays les plus pauvres d’Afrique sont aujourd’hui ceux dont le contenu de l’énergie en carbone est le plus élevé, l’Afrique remportera le palmarès de la plus forte croissance des besoins énergétiques ces cinquante prochaines années. Le sort de la planète se verra influencé selon que ces besoins énergétiques sont comblés par des énergies fossiles ou renouvelables. C’est donc aussi en Afrique que se jouera la bataille contre le changement climatique.

Un patrimoine naturel riche, clé possible contre le changement climatique

Enfin, de par son patrimoine naturel considérable, le continent africain détient quelques-unes des clés les plus puissantes pour lever la vaste trappe écologique en formation à l’échelle de la planète. Riches de 220 millions d’hectares, les forêts du bassin du Congo constituent le deuxième bloc forestier tropical au monde. A l’heure où les émissions globales s’emballent, cette gigantesque machine à séquestrer le carbone constitue, tout comme les sols agricoles, l’un des maillons essentiels de la régulation climatique. Il est primordial que l’accord de décembre reconnaisse la contribution africaine aux équilibres mondiaux, et permette de la valoriser. Car, ces efforts de préservation des ressources naturelles et de maîtrise du vaste potentiel d’énergies renouvelables du sous-continent représentent un coût. Si l’humanité considère la capacité de stockage du carbone des biotopes africains comme un bien public mondial, alors il est juste que chacun contribue à sa protection. La course contre la montre est donc engagée pour trouver les mécanismes qui permettront cette préservation et le basculement vers des modèles énergétiques durables.

Trois pistes prometteuses devront se concrétiser rapidement

La première est d’accroître le recours aux outils existants, à l’instar des Mécanismes de Développement Propre (MDP) – qui permettent à des acteurs du Nord de valoriser la mise en place de projets réducteurs d’émissions dans les pays du Sud. L’Afrique est jusqu’à présent passé à côté de la manne des MDP : moins de 2% des projets labellisés à date concernent l’Afrique, contre 73% pour l’Asie. Le continent doit constituer la nouvelle frontière du marché carbone.

Le second chantier à concrétiser est la mesure et la rétribution de la « déforestation évitée » et du stockage de carbone par les sols africains. A l’heure où l’humanité prend conscience de la valeur de la biodiversité et de l’importance des sols et des forêts dans la régulation climatique, l’Afrique a beaucoup à gagner de se faire gardien d’un patrimoine essentiel à la survie de l’humanité. Cela représente un enjeu de plusieurs milliards d’euros, qui pourrait constituer l’un des relais essentiels de croissance économique pour l’Afrique dans une ère post-pétrole.

Enfin le plan « justice climat » promu par la France et d’autres à Copenhague, qui vise à aider l’Afrique à élargir l’accès de ses habitants à une énergie propre, est crucial à l’heure où les trois quarts des habitants d’Afrique subsaharienne n’ont pas accès à l’électricité. Il y a là un enjeu de justice, mais aussi de régulation climatique. Allier les forces du public et du privé pour équiper les 2 milliards d’Africains en énergie durable sera l’un des grands défis des prochaines décennies.

Les pays africains ont par le passé eu du mal à faire entendre leur voix dans les grandes négociations internationales. La décision de faire bloc à Copenhague représente un pas en avant important. Toutefois l’Afrique et ses partenaires devront à leur tour s’allier pour faire valoir que l’exploitation durable du potentiel environnemental africain dans l’intérêt de tous figure, lui aussi, sur le chemin critique d’un climat viable.

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« Climategate » A qui profite le crime ?

Posté par Geneviève Ferone le 9 décembre 2009

Face à la montée en puissance de ceux qui se présentent sous le terme « climato-sceptiques », l’indifférence parait être une posture dangereuse ; cette communauté existe bel et bien, apparaît puissante, organisée et pratique l’art de la subversion avec des moyens que certaines ONG environnementales, un peu musclées, ne renieraient pas elles mêmes. Certains peuvent exprimer des inquiétudes légitimes sur son influence auprès d’une opinion internationale fraîchement sensibilisée et faiblement mobilisée sur le sujet du réchauffement climatique.

Une menace pour les revenus de certains

De fait, il est toujours précieux de conserver de l’humilité, surtout dans le domaine scientifique, et de s’assurer que toutes les voix puissent être entendues dans un exercice, exigent et sans complaisance, de peer review, tel que le pratique les membres du GIEC entre eux. La question est ailleurs, la violence de la charge contre les climatologues, les accusant de complot et de falsification, donne plutôt à penser que certains auront donc beaucoup à perdre si la communauté internationale avançait sur la voie d’un accord global à Copenhague.

Si on y regarde de plus près, ces attaques ont surtout un caractère très prévisible. Ceux qui vivent – très bien – de la rente des énergies fossiles ne sont pas les chantres d’une économie décarbonée. Ils sont capables de faire leurs calculs et de s’apercevoir que le monde qui se dessine grignotera lentement mais inexorablement leurs privilèges. Paradoxalement, en ayant recours à de telles méthodes d’intimidation et en jetant le trouble et le discrédit à l’ouverture du sommet le plus médiatisé de la décennie, ces détracteurs montrent très clairement que oui, le changement climatique est bien une menace réelle pour eux et leurs fonds de commerce.

L’immaturité d’une partie des acteurs économiques et politiques

Ces procédés ne sont donc pas nouveaux et ont été promus largement, parfois avec succès par d’autres industries qui se sentaient menacées. Ils sont surtout la preuve de l’immaturité d’une partie des acteurs économiques et politiques qui refuse tout simplement de considérer avec lucidité et courage l’immense enjeu qui attend l’humanité en ce début de siècle. La ressource la plus rare n’est ni le pétrole, ni l’intelligence collective que nous pouvons déployer ensemble, la ressource la plus rare est tout simplement le temps. Le temps ne s’achète pas, ne dispersons pas nos forces, ne nous trompons pas de combat. Oui, il existe bien évidemment des marges d’incertitudes, oui, personne n’est capable de prédire exactement quelle sera la température de la terre en 2032.

Nous disposons cependant d’une somme d’informations considérables étayant la contribution des hommes au réchauffement de la planète. A l’image d’une dépression, plusieurs fronts d’une rare violence sont en train de converger à très grande vitesse sur nous. Ces fronts, un par un, constituent des événements majeurs d’instabilité et de rupture de nos modèles sociaux, économiques et écologiques. Ensemble, ils constituent un défi inédit, associant une multitude d’acteurs aux intérêts divergents, devant impérativement trouver une solution unique, dans une fenêtre temporelle très étroite.

Combien de temps allons-nous encore attendre pour savoir s’il est trop tard ?

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