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Halte aux faux médicaments

Posté par Dr. Aboubakrine Sarr le 29 septembre 2010

Le médicament occupe indiscutablement une place importante dans la prise en charge de la santé des populations. Sa prescription et son usage rationnel assurent au patient un résultat thérapeutique fondé essentiellement sur sa qualité, son efficacité et sa sécurité. En somme, sur ses bonnes pratiques de fabrication, de distribution et de dispensation, et donc sur sa traçabilité.

De nos jours c’est un truisme que de reconnaître l’importance des médicaments contrefaits communément appelés les faux médicaments. Ils représentent environ 10 % du marché mondial soit près de 45 milliards de dollars U.S pour une production globale pharmaceutique qui, elle, tourne autour de 570 à 575 milliards de dollars U.S. En considérant les projections de 2020 qui prévoient une production mondiale d’une valeur de 1 200 à 1 300 milliards de dollars, les conséquences tragiques socio-sanitaires et économiques risquent d’être importantes si l’on n’y prend garde.

Selon l’OMS, si les médicaments contrefaits représentent dans certains pays développés environ 1 % de leur marché, ce taux s’élève jusqu’à 30 % sur les marchés africains (elle peut même aller jusqu’à 50 % des médicaments disponibles dans certains pays).

Plus grave encore, dans le continent africain, la contrefaçon porte le plus souvent sur des produits très sollicités pour la prise en charge des maladies endémiques (le Paludisme), chroniques (la Tuberculose, le Diabète, HTA…), foudroyante et meurtrière (le Sida). A titre d’exemple, les deux tiers des médicaments antipaludiques vendus sur le continent sont faux, pour une maladie qui tue en moyenne plus d’un million de personnes par an dont 80 % en Afrique subsaharienne.

Il faut reconnaître que les politiques de santé, comme les médicaments ont toujours été une source de compétition politique mondiale, indépendamment de leur dimension médicale ou pharmaceutique. Et ce principe est souvent utilisé par les pays industrialisés pour préserver leur rang dans le concert des grandes nations. Mais de nos jours les organisations (ONG, OIG…) et institutions de défense et de financement de la santé des hommes comme l’OMS, le Fonds Mondial, la fondation Chirac , la Fondation Bill & Melinda Gates se mobilisent pour améliorer l’accès au médicament partout où il manque et dans l’intérêt exclusif de la santé publique.

Ailleurs, l’évolution et le développement de l’industrie pharmaceutique dans les pays émergents comme la Chine, l’Inde, le Brésil, la Russie, la Turquie, l’Afrique du Sud, le Nigeria l’Indonésie, la Thaïlande ont aussi beaucoup contribué au décloisonnement de la production mondiale et à l’accessibilité géographique et financière des médicaments dits essentiels. Pour autant, il serait regrettable d’assister au développement exponentiel des médicaments contrefaits par des réseaux mafieux qui profitent souvent de la fragilité des pays ou des décisions et dispositions réglementaires internationales d’exception (licences obligatoires, déclaration de Doha, importations parallèles…) pour réaliser leur sale besogne.

Une mobilisation mondiale des ressources soutenue par une volonté politique nationale et internationale s’impose pour combattre ce crime des faux médicaments à tous les niveaux (les réseaux, les filières, les trafics, les marchés locaux…).

Cette volonté politique devra d’abord être portée par des engagements forts et harmonisés, puis elle devra se matérialiser par des dispositions juridiques consensuelles conséquentes et enfin êtres complétée par des actions pérennes et soutenues par tous.

Dr Aboubakrine SARR

Président du Syndicat des Pharmaciens Privés du Sénégal

Secrétaire Général de l’Intersyndicale des Pharmaciens d’Afrique (Ispharma)

S.G du Secrétariat Permanent du Forum Pharmaceutique International (FPI)

Axes prioritaires de lutte contre les faux médicaments :

Dans le continent africain et cela à travers les institutions régionales et sous régionales comme l’Union Africaine, l’UEMOA, la CEMAC, l’UDEAC, les axes fondamentaux et prioritaires de la lutte seront de trois ordres :

➢ Au plan législatif et réglementaire :

1/ l’élaboration de lois et règlements harmonisés qui rendent les procédures contentieuses plus rapides (par l’utilisation des différentes procédures d’urgence), évaluent les dommages et intérêts à l’échelle du préjudice subi par le titulaire ou détenteur du brevet d’exploitation et prévoient des amendes et peines d’emprisonnement plus dissuasives et coercitives.

2/ l’élaboration de nouvelles infractions dans le code des douanes réprimant l’importation, l’exportation, la circulation et le transit de contrefaçons et conférant à la douane le pouvoir d’auto-saisine de produits soupçonnés contrefaisants et de saisir directement le ministère public.

3/ l’élaboration et/ou la mise à jour dans le Code de la Santé de dispositions législatives, réglementaires et disciplinaires adaptées au contexte, harmonisées et applicables à tous les pays membres de l’institution régionale ou sous régionale.

➢ Au plan communicationnel, informationnel et éducationnel :

1/ l’élaboration et la production d’outils adaptés à l’information, à la sensibilisation des différentes cibles (les pouvoirs publics, les institutions nationales et/ou communautaires, les leaders d’opinion les populations, les agents de santé publique et mêmes les contrefacteurs)

2/ l’organisation de séminaires et ateliers de formation et/ou de renforcement de capacité des institutions de forces publiques (douane, gendarmerie, police…) aux techniques de détection, de contrôle qualité et de traçabilité des médicaments.

➢ Au plan sanitaire et socioéconomique :

1/ la promotion de la production locale de médicaments essentiels de qualité, accessibles géographiquement et financièrement.

2/ l’harmonisation de l’appui international financier et technique par la mise en place de projets et programmes horizontaux selon les principes de la déclaration de Paris de 2005.

3/ l’adoption dans les différents espaces régionaux et sous-régionaux de principes harmonisés sur les BPF, les BPD et sur la Pharmacovigilance (en cours dans l’espace UEMOA depuis juillet 2010 avec l’élaboration du guide des BPF).

4/ La création de comités nationaux de lutte dans tous les pays des différents espaces régionaux et sous régionaux et comprenant outre les pharmaciens, les différents départements et services des Etats concernés dans la traque et la répression des contrefacteurs et vendeurs des faux médicaments

Le pharmacien africain a un rôle fondamental à jouer dans cette grande entreprise, par sa formation continue et celle de ses agents, par l’information et la sensibilisation des patients/clients sur la complexité de la stabilité des médicaments comme sur le danger de la consommation des médicaments contrefaits notamment ceux achetés dans le circuit illicite et sur Internet et enfin par le conseil pharmaceutique qu’il se doit d’offrir aux malades.

Nous avons ainsi pu bénéficier, comme d’autres, d’appuis techniques et financiers pour un renforcement de nos capacités notamment dans le domaine du contrôle qualité du médicament à la Centrale Humanitaire Médico-Pharmaceutique de Clermont Ferrand. Ce domaine de contrôle constitue de nos jours avec la pharmacovigilance un axe prioritaire dans la qualité des soins pharmaceutiques que nous proposons à nos populations.

C’est le lieu d’encourager et de féliciter des institutions telle la Fondation Chirac et le Conseil de l’Europe, lesquels, avec l’Appel de Cotonou et la Convention MEDICRIME, ont fini de poser courageusement les bases de cette volonté mondiale de lutte contre les responsables du génocide des faux médicaments.

« La peur doit changer de camp. »

Ensemble, l’éthique, l’équité, la solidarité et la justice en bandoulière, la détermination des hommes justes viendra à bout sous peu de la cupidité des vendeurs de la mort.

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Le prochain Forum Mondial de l’Eau à Marseille en mars 2012

Posté par Jean-Louis Oliver le 22 septembre 2010

C’est au Maroc, à Marrakech, à l’occasion de la Journée Internationale de l’Eau, le 21 mars 1997, qu’a vu le jour le premier Forum Mondial de l’Eau : alors que depuis longtemps, il existait, et il existe toujours, des manifestations internationales réunissant périodiquement les professionnels de divers domaines ou métiers du secteur de l’eau, le Forum Mondial de l’Eau rassemble tous les trois ans, la troisième semaine du mois de mars, toutes les catégories d’acteurs publics, privés et associatifs impliqués dans la gestion des ressources et des différents usages de l’eau.

Ces Forums Mondiaux de l’Eau se sont ainsi succédés en Hollande, à La Haye, en mars 2000, au Japon à Kyoto, Osaka et Shiga, en mars 2003, au Mexique, à Mexico, en mars 2006 et en Turquie, à Istanbul, en mars 2009. Tous sont organisés sous l’égide du Conseil Mondial de l’Eau, créé en 1995, dont le siège est à Marseille et qui comprend aujourd’hui plus de 400 organisations issues de 70 pays.

Le Forum Mondial de l’Eau est désormais le plus grand rassemblement planétaire en faveur de l’eau : c’est un lieu de rencontre et d’échange, un système de concertation et de débat pour faire progresser les causes communes.

Le 6ème Forum Mondial de l’Eau sera accueilli par la France et la Ville de Marseille en mars 2012. Plus de 30 000 participants y sont attendus. Son organisation dans la cité phocéenne, grande métropole multiculturelle, est assurément une occasion privilégiée de faire progresser la réalisation effective des Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD) dans le domaine essentiel de l’approvisionnement en eau et de l’accès à l’assainissement, en pensant notamment aux populations défavorisées.

Les problèmes de l’eau dans les pays d’Afrique et dans ceux du bassin méditerranéen devront être largement pris en compte dans le cadre de ce Forum de Marseille 2012 !

Alors que la préparation de ce forum commence, un certain nombre de grands thèmes devraient figurer dans son programme :

  • le droit à l’eau et à l’assainissement,
  • l’eau et la santé,
  • la prise en compte de la dimension culturelle dans la gestion des ressources et des usages de l’eau,
  • la gestion concertée des eaux transfrontalières, y compris les aquifères partagés,
  • l’eau et les changements climatiques.

Les premiers orientations seront débattues au cours de deux journées de travail les 18 et 19 novembre prochains à Paris.

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De la guerre juste à la torture juste

Posté par Georges Tsaï le 23 août 2010

La fondation Chirac m’a invité à écrire, de temps en temps, sur son blog sur le thème des conflits et de la paix. Bien que je sois d’une génération anté-blog (mais pas nécessairement anti-blog), j’ai trouvé très attrayante l’idée d’avoir un dialogue électronique sur un thème vieux comme l’humanité. Je vais donc vous proposer trois textes au cours des prochains mois. Nous verrons, après cette période d’essai, s’il y a preneur et s’il vaut la peine de poursuivre l’expérience.

Le premier texte que je vous propose porte sur la torture, et plus particulièrement sur les contorsions de la pensée auxquelles se livrent ses partisans pour la justifier. C’est un sujet qui a été abondamment traité, surtout depuis le début de la guerre au terrorisme entreprise par les États-Unis, mais je l’ai choisi parce que je crois percevoir, chez beaucoup de mes contemporains, une certaine indifférence face à la torture, sinon un appui tacite à sa pratique.

Il va de soi que les idées exprimées dans ce blog seront les vôtres et les miennes; elles ne sauraient donc engager la fondation Chirac.

Des six conditions d’une guerre juste

Coincés entre le « œil pour œil, dent pour dent » du Code d’Hammourabi et de l’Ancien Testament et le Sermon sur la Montagne du Nouveau Testament, des générations de penseurs, religieux et séculiers (de Sun Tzu à Michael Walzer, en passant par saint Augustin, Saint Thomas d’Aquin, Francisco de Victoria, Francisco Suarez et Hugo Grotius), ont cherché, au fil des ans (et des épées), à trouver les conditions qu’il fallait réunir pour justifier une guerre juste et, ainsi, donner bonne conscience qui à leur Souverain, qui à leur État et qui à leur Église.

La théorie moderne de la guerre juste est bien connue avec ses trois tranches (avant, pendant et après le conflit), et sa casuistique, parfois un peu tordue, qui se manifeste à l’occasion de tout nouveau conflit (la guerre d’Irak en est la plus « belle » illustration récente). Elle établit, par exemple, qu’il faut satisfaire à six conditions pour justifier une guerre (déclaration par une autorité compétente, cause juste, intention juste, moyens proportionnés aux fins,espoir raisonnable de succès et dernier recours).

Beaucoup plus timides ont été, par contre, les efforts faits par ces mêmes théoriciens, ou d’autres, pour donner une assise morale à la torture. Selon le psychologue américain Stanley Milgram qui, dans les années 1950-1960, avait mené des recherches controversées, à peu près n’importe quel être humain serait capable de devenir un tortionnaire. Cela explique peut-être pourquoi, en dépit d’un cadre juridique international qui prévoit l’interdiction pure et simple de la torture, beaucoup d’États continuent à la pratiquer, soit directement soit par l’entremise de régimes complaisants prêts à faire la « sale besogne », sans que l’opinion publique ne s’en émeuve outre mesure.

Je sais, il existe des organismes et des individus estimables qui luttent sans cesse contre ce qu’un auteur canadien, Serge Patrice Thibodeau, a appelé « la disgrâce de l’humanité », mais on a parfois l’impression qu’ils prêchent dans le désert. En effet, des pays importants, avec de solides traditions démocratiques et partisans le plus souvent des droits de la personne, continuent à faire la sourde oreille aux appels visant à mettre fin à cette pratique.

La torture, un acte injustifiable

Les justifications données sont essentiellement de deux ordres : il y aurait d’abord des considérations utilitaristes (le fameux scénario du suspect qui détiendrait peut-être des informations qui permettraient de localiser et de désamorcer une bombe qui fait tic-tac et sauver ainsi des dizaines, des centaines, voire des milliers de vies).

Le deuxième argument donné par les partisans de la torture c’est que nous n’aurions plus affaire à une torture douloureusement physique, mais que, grâce à une armée de psychologues et de centres de recherches rattachés à des universités prestigieuses, surtout américaines et canadiennes, l’humanité disposerait, depuis le début de la guerre froide, de moyens ‘’psychologiques’’ raffinés, qui n’auraient rien à voir avec la vulgaire torture pratiquée autrefois par l’Inquisition ou les régimes dictatoriaux de tout acabit.

Ni l’un ni l’autre de ces arguments ne tient face à une analyse, même rapide. En résumé, il n’y a que très peu de cas concrets qui prouvent l’utilité de la torture (elle permet parfois de gagner une bataille – celle d’Alger par exemple – mais elle fait toujours perdre la guerre). D’autre part, l’argument voulant faire une distinction entre torture physique et torture psychologique – argument utilisé systématiquement par les États-Unis – relève de la plus sinistre hypocrisie car on connaît les séquelles laissées par ce que, pudiquement, on appelle en anglais les enhanced interrogation techniques, assorties le plus souvent de pressions physiques modérées.

Autre constatation : pour avoir des chances d’être efficace, la torture devrait être appliquée à grande échelle (le retour sur l’investissement de la torture sélective serait des plus maigres). Nous pouvons donc paraphraser Arnaud Amaury : torturez-les tous, l’État vertueux reconnaîtra les siens. Le Gouvernement de George W. Bush avait fait appel à des universitaires réputés pour justifier certaines formes de torture.

Alan Dershowitz, distingué professeur de l’université Harvard a proposé d’encadrer juridiquement la pratique de la torture en recourant à l’utilisation de mandats que le tortionnaire en puissance devrait obtenir d’un juge (on peut imaginer le titulaire de charge publique allant réveiller un juge au milieu de la nuit : « vite, monsieur le juge, signez-moi ce mandat – j’ai l’impression que je tiens un suspect qui sait peut-être qu’il y a une bombe sur le point d’exploser quelque part dans New-York »).

De son côté, Michael Walzer, toujours prêt à affronter les dilemmes éthiques les plus tortueux, rejette l’idée de légaliser la torture, optant plutôt pour une approche basée sur la conscience personnelle de chacun : torturez – car il peut parfois être nécessaire de le faire –, si votre conscience vous le dicte, mais acceptez toutes les conséquences (procès, emprisonnement, etc.) qui pourraient découler de votre acte.

Pourquoi ce silence pudique des médias et des politiciens sur la torture ?

En guise de conclusion, j’aimerais poser deux questions aux éventuels lecteurs de ce blog : pourquoi ce silence pudique des médias et des politiciens sur la torture ? ; et où vous situez-vous par rapport aux quatre positions de base qu’on peut avoir face à la torture ? :

1. Toute forme de torture est justifiée quand l’intérêt de l’État est en jeu
2. La torture peut être pratiquée dans des circonstances exceptionnelles à l’intérieur d’un cadre juridique précis
3. La torture est justifiée dans des circonstances exceptionnelles sur la base du principe de responsabilité individuelle
4. Prohibition totale de la torture

Lectures suggérées :

  • Michel Terestchenko, Du bon usage de la torture : Ou comment les démocraties justifient l’injustifiable, La Découverte, 2008
  • Alfred W. McCoy, A Question of Torture : CIA Interrogatiion, from the Cold War to the War on Terror, Metropolitan Books, 2006
  • Sanford Levinson (ed.), Torture: A Collection, Oxford University Press, 2004 (cet ouvrage comprend deux textes importants : celui de Michael Walzer, Political Action : The Problem of Dirty Hands et celui d’Alan Dershowitz : Tortured Reasoning)
  • Serge Patrice Thibodeau, La disgrâce de l’humanité : Essai sur la torture, VLB Éditeur, 1999

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Avons-nous besoin de la Nature pour être heureux?

Posté par Geneviève Ferone le 7 juin 2010

En ces temps en peu moroses dominés par les atermoiements politiques et scientifiques sur les sujets environnementaux, d’où pourrait venir un peu de réconfort ?

Loin des calculs et des modélisations fastidieuses de nos climatologues de tous bords, agnostiques, sceptiques, ou apostats, pourrait-on rentrer dans la question écologique par une autre voie, celle des sciences humaines ? Existe-t-il une écologie qui rend heureux, une écologie légère réconciliant l’homme avec son milieu naturel ?

Nous sommes convaincus que la beauté est structurante. Vivre dans un bel environnement, indépendamment du caractère éminemment subjectif du beau, est source de bien être et d’apaisement. Certains environnements naturels ont des fonctions clairement curatives car ils permettent de mettre à distance nos difficultés et nos problèmes, créant une sorte de frontière psychologique au-delà de laquelle s’ouvre un nouvel espace temps.

Les sciences comportementales ont largement mis en évidence les qualités esthétiques des lieux qui exercent une fascination tranquille sur ceux qui les traversent ou les contemplent.

Question : un homme connecté à la nature est-il un homme plus heureux, en meilleur santé et d’une façon générale plus affuté ?

Selon le biologiste américain Edward Wilson père du concept de « biophilie », littéralement du grec ancien, qui se lie d’amitié avec la nature, l’homme éprouve une attirance pour la nature qui est l’expression d’un besoin inné d’établir une relation avec le monde vivant.

Nous savons déjà parfaitement que l’homme entretient un rapport utilitaire à la nature dont il a besoin pour sa survie. Même séparé, du moins en apparence, l’homme éprouve toujours une véritable attirance culturelle, esthétique pour son environnement naturel.

Mais le concept de « biophilie » va plus loin. Il laisse entendre que nous avons gardé dans nos gènes, la mémoire de ses millions d’années où l’homme n’a fait qu’un avec son environnement naturel. Dès lors, même déconnectés en milieu urbain artificialisé, nous gardons cette mémoire, cet affect particulier. Ainsi, des expériences menées en psychologie comportementale selon des protocoles très rigoureux ont montré que le fait d’être en contact avec la nature, au sens large, avait un effet bénéfique sur le bien être. Une chambre d’hôpital ou un bureau, avec vue sur un paysage naturel augmenterait cette sensation d’apaisement et diminuerait le stress.

Bonheur et environnement ne sont pas incompatibles, bien au contraire

Si cette hypothèse est vérifiée, alors l’homme amputé de ce rapport aux choses naturelles serait un être auquel manquerait une source de développement personnel et de bonheur. Paradoxalement, cet être serait en manque d’humanité, ne pouvant se (re)connecter à sa nature profonde ; Jean-Jacques Rousseau apprécierait…

Avant de s’enfoncer plus loin dans le grand essorage de la planète, regardons aussi le débat sous cet angle. Bonheur et environnement ne sont pas incompatibles, bien au contraire. Nulle place ici pour des lamentations stériles sur le paradis perdu par la faute les hommes. Laissons ces chœurs de côté. Il s’agit plutôt de retrouver la voie du bonheur, de la légèreté et de la grâce. Le rapport pacifié avec la nature est une composante de ce cheminement. Il est dans l’intérêt de tous de ne pas altérer irrémédiablement ce lien universel : entre moi et moi-même, il y a la nature.

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Journée mondiale de l’environnement – 5 juin 2010

Posté par Emmanuelle Grundmann le 5 juin 2010

La journée de l’environnement ne devrait pas exister. Pourtant, le 5 juin de chaque année, il demeure essentiel de rappeler à tous – citoyens mais aussi et surtout politiques – à quel point l’état de santé de notre planète est crucial. Pour l’environnement et son corollaire la biodiversité, mais aussi pour nous qui l’habitons, qui utilisons ses ressources et trop souvent la maltraitons. Car de la qualité de cet environnement naturel dépend notre alimentation, notre santé, notre survie. Malheureusement, que cette journée mondiale de l’environnement existe, démontre à quel point le chemin reste encore long à parcourir pour susciter une plus grande prise de conscience envers la nature qui nous entoure.

Préserver l’environnement, c’est cotiser à une assurance vie pour le futur

Ce 5 juin 2010 est marqué par les millions de litres de pétrole qui se déversent au large du golfe du Mexique mais n’oublions pas pour autant d’autres drames qui se déroulent dans la plus grande indifférence médiatique. A Madagascar, au Mozambique et dans bien d’autres pays, des terres sont bradées à des multinationales étrangères privant les populations de leurs ressources agricoles et les plongeant encore un peu plus profondément dans l’insécurité alimentaire. La marchandisation de l’eau s’accélère tandis que plus de 880 millions de personnes n’ont pas accès à l’eau potable. Les forêts tropicales et boréales se rétrécissent comme peau de chagrin par une exploitation trop souvent débridée pour satisfaire une recherche du profit à court terme. Exploitation qui prive de nombreuses populations de leurs ressources, de leur lieu de vie, de leur culture. La liste des atteintes à l’environnement est longue, trop longue et s’accompagne irrémédiablement de catastrophes sociales et économiques pour les peuples qui n’ont d’autres ressources que cet environnement et en dépendent quotidiennement.

Préserver l’environnement, c’est cotiser à une assurance vie pour le futur. Le nôtre mais aussi celui de tous ces petits peuples qui voient leurs langues et leur cultures se dissoudre dans la mondialisation. C’est pourquoi l’accès à l’eau et à une santé de qualité, la lutte contre la déforestation et la désertification ou encore la défense de la diversité culturelle qui comptent parmi les projets développés et soutenus par la fondation Chirac devraient être une priorité de tous afin que dans l’avenir, il n’y ait plus besoin d’une journée de l’environnement.

Emmanuelle Grundmann

Primatologue et journaliste scientifique

Découvrez le site internet d’Emmanuelle Grundmann et Cyril Ruoso

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La nouvelle PAC devra aussi être un pacte avec les pays du Sud

Posté par Joaquin Munoz le 28 mai 2010

Alors que vont débuter les négociations en vue de la nouvelle politique agricole commune, nous voulons souligner qu’il est aujourd’hui impossible d’envisager la question agricole européenne sans examiner en même temps ses corollaires incontournables que sont la qualité de notre alimentation, le maintien de la biodiversité, le changement climatique et le développement des zones rurales dans les pays du Sud.

Il est d’abord urgent de réaffirmer la nécessité d’une politique agricole au Nord comme au Sud. L’agriculture n’est pas un secteur comme les autres. Elle est la base de notre alimentation et elle a un impact sur notre environnement, notre économie et nos territoires, tout en étant soumise aux aléas du climat. Elle est à la fois indispensable à la vie et constitue un élément d’identité structurant pour nos sociétés. C’est pourquoi elle doit être orientée par la volonté politique et non livrée aux seules lois du marché. C’est ce qu’ont bien compris les dirigeants européens de l’après-guerre lorsqu’ils ont décidé de créer la PAC.

Orienter l’agriculture européenne pour qu’elle ne produise pas de déséquilibres au Sud

Toutefois, les limites de cette politique se sont fait sentir dans les années 1980. Le soutien par les prix et les aides à l’exportation ont eu des effets pervers : impacts négatifs sur l’environnement et exportation des surplus de produits à bas coût aux pays en développement qui ont mis en péril leurs productions locales.

Malgré les réformes successives de la PAC, il est plus que nécessaire d’orienter l’agriculture européenne pour qu’elle ne produise pas de déséquilibres au Sud. En effet, si les politiques agricoles ont permis aux Etats-Unis et à l’Europe de protéger et développer leur agriculture, les pays en développement, poussés à l’ouverture de leurs frontières et à la dérégulation de leurs marchés par les institutions internationales, ont vu leurs agricultures désorganisées, découragées. Leur souveraineté alimentaire s’en est trouvée mise en danger.

C’est pourquoi la nouvelle PAC devra arrêter de monter les agriculteurs les uns contre les autres. S’il faut préserver une PAC en Europe, il faut aussi instaurer un véritable pacte avec le Sud.

Cela nécessite un changement d’approche : il faut passer d’une culture étatique à une véritable culture de coopération au sein des filières.

Passer à une véritable culture de coopération au sein des filières

Dans le monde, huit cent millions de paysans sont des agriculteurs familiaux. Ce mode de production traditionnel joue un rôle structurant fondamental dans les sociétés. Là où c’est le cas, afin d’éviter des exodes massifs, il est crucial de préserver ce modèle. Il importe même de le renforcer et d’en faire un pilier de l’organisation des agricultures en encourageant le regroupement en coopératives, lesquelles pourront à leur tour mettre au point des formes d’organisation sectorielles, d’abord à l’échelle nationale, puis dans les sous-régions. Ces organisations pourront alors prendre part à des processus participatifs pour impulser des régulations des marchés.

Les marchés du commerce équitable sont aujourd’hui l’exemple que ces régulations sont possibles. Dans ce cadre, des prix planchers garantis sont décidés à l’issue de consultations qui incluent les réseaux de producteurs ainsi que les autres acteurs économiques de la filière.

Ainsi structurés, les acteurs économiques peuvent acquérir une réelle connaissance des marchés et de leurs enjeux. C’est en effet l’une des conditions nécessaires de l’équilibre de la concurrence : qui détient l’information détient le pouvoir. Les choix de productions peuvent ainsi être faits en conscience.

Un pacte sur l’agriculture entre l’Europe et les pays du Sud devra aussi inclure une gestion durable des territoires par les communautés qui y vivent et un véritable cahier des charges environnemental permettant de promouvoir les modes de production durable qui préservent les écosystèmes.

Faire émerger des parties prenantes organisées au Sud

A l’implication des producteurs dans les filières devra s’ajouter la sensibilisation de citoyens-consommateurs plus conscients des enjeux et des conditions de production. Les produits agricoles ne doivent plus être considérés comme de simples flux de produits interchangeables. Leurs prix doivent intégrer le coût de la survie et du développement du producteur, celui de la gestion des territoires. Ils doivent aussi tenir compte des coûts cachés comme celui de la pollution, de la perte de biodiversité, qui ne doivent plus être endossés par les contribuables ou par les générations futures.

Ces mesures sont déjà expérimentées avec succès dans ce laboratoire à taille réelle que constitue le label international du commerce équitable Fairtrade / Max Havelaar. Elles pourraient inspirer les futures politiques agricoles au Nord comme au Sud, notamment au niveau de la gestion des filières agricoles transnationales. Il faudrait pour cela dépasser plusieurs écueils. Le premier est celui de l’absence de parties prenantes organisées au Sud dont il faudrait susciter l’émergence tout en résorbant les problèmes de corruption. Cela passe par le renforcement de la vigilance de la société civile dans de nombreux pays du Sud.

Il faudrait aussi changer de paradigme en sortant les denrées agricoles de la logique de libéralisation absolue des négociations de l’OMC. Enfin, il faudrait investir, d’une part pour améliorer les rendements dans la durabilité écologique ; d’autre part pour réinstaurer des instruments de régulation des matières premières agricoles.

Joaquin Muñoz

Directeur / Executive director

Association Max Havelaar France

www.maxhavelaarfrance.org

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Terre promise

Posté par Daniel Nahon le 20 mai 2010

Daniel Nahon est Professeur à l’université Paul Cézanne, Professeur honoraire de l’Institut Universitaire de France, Ancien directeur général de la recherche au ministère, Ancien président du Cirad

Depuis que l’homme a pris possession des terres émergées, la malnutrition est à l’état endémique. Parfois la crise devient aigüe et des famines catastrophiques déciment périodiquement des pans entiers de l’humanité. Encore récemment des détresses alimentaires sont venues nous rappeler que des peuples souffrent, que des hommes meurent. Tous les spécialistes s’en mêlent aussitôt et les médias en font échos. Tout est dit… ou presque !

Le problème est simple à poser. Et si difficile à résoudre sans la détermination des hommes des pays nantis ! Il faudrait sortir chaque année environ 22 millions de personnes de la malnutrition et l’on n’en sort que 6 millions alors que chaque semaine s’ajoutent 2 millions de bouches à nourrir supplémentaires. Si bien que les affamés qui en 2001 étaient près de 850 millions atteignent 1 020 millions en 2009. Une augmentation de 25% en moins d’une décennie. Presque un humain sur sept souffre de la faim et 29 000 personnes en meurent chaque jour, dont une majorité d’enfants. Ces chiffres sont étourdissants et pourtant réels. Tout un autre monde qui s’éteint sans bruit au cœur du monde !

Le sol et l’eau : deux ressources naturelles essentielles et indissociables

Mais qu’avons-nous en face pour nourrir les êtres humains et notamment les plus démunis ? Le sol et l’eau ! Deux ressources naturelles essentielles et indissociables qui si on n’y prend garde limiteront la production alimentaire en 2025.

Sur les 14,84 milliards d’hectares de terres émergées, en tenant compte des surfaces recouvertes de glace, de sables vifs, de roches à nu, de lacs ou mers intérieures, les sols en eux mêmes ne couvrent que environ 11,5 milliards d’hectares (un hectare correspond à 10 000 m2, soit un carré de 100 mètres de côté) dont seulement 2,5 milliards sont arables. Pas plus, pas moins ! Les sols dans leur plus grande part ne sont donc pas cultivables car situés dans des zones trop en pente, dans des régions trop froides, voire glacées (permafrost), dans des aires trop arides, trop humides, ou tout simplement parce que les terres sont trop pauvres ou trop peu épaisses. 2 500 millions d’hectares, c’est peu : environ 50 fois le territoire français. Et déjà près de 1 600 millions d’hectares sont cultivés, parmi lesquels 70 millions sont dévolus aux biocarburants, 300 millions d’hectares sont irrigués dont 50 millions devenus inexploitables par salinisation excessive. Bien plus, ce sont chaque année pas moins de 8 millions d’hectares de terres arables qui sont soustraites par maltraitance, par destruction, par ignorance : 6 millions d’hectares sont ainsi abandonnés par perte de fertilité suite à la déforestation, à l’érosion, à la salinisation… et 2 millions sont perdus par urbanisation. À en croire même les chercheurs de l’INRA qui se basent sur une moyenne calculée sur les 25 dernières années du XXe siècle, ce sont 12 à 16 millions d’hectares de sols à cultiver qui disparaitraient chaque année. La désertification quant à elle progresse aux dépends de terres arables ou non fertiles au rythme de près de 14 millions d’hectares par an, presque autant que les forêts disparaissent !

La terre féconde s’épuise sous nos yeux !

À l’évidence le sol n’est pas une ressource renouvelable à l’échelle humaine : sa vitesse de formation se mesure en dizaines de millénaires et pour les plus épais situés dans les zones humides tropicales en centaines de milliers d’années, ce qui en fait les plus fragiles alors que les « réserves » en terres arables se situent dans ces régions. La terre féconde s’épuise sous nos yeux ! Elle fait le plein de nos déchets, de nos oublis, mais cela ne suffit pas. On veut produire plus, alors on la sature de vitamines chimiques de toutes sortes : engrais, pesticides. La terre n’en peut plus, elle se dépeuple de ses micro-organismes qui y vivent par milliards dans chaque centimètre cube, jouant un rôle d’assistante sociale entre les plantes, régulant les toxines et les métaux lourds, démontant toute la matière organique morte de la litière pour en restituer des molécules assimilables par les racines de plantes. Sans les bactéries et les microchampignons, la Terre serait jonchée de cadavres !

Enfin tout ce petit monde contrôle environ 50 % des émissions de gaz à effet de serre : gaz carbonique, méthane, oxyde nitreux, vapeur d’eau. Une terre sans cette biodiversité ne serait plus productive. Et l’homme situé au cœur de ce tissu vivant ne pourrait plus nourrir ses semblables. Il faut endiguer cette effusion de terres arables et les garder en vie. Elles sont pourtant si précieusement comptées pour nourrir le monde. Le sol émet et capte les gaz à effet de serre. C’est le plus grand moteur du monde. C’est lui qu’il nous faut réguler en premier.

Chaque jour un peu plus d’eau salée et un peu moins d’eau douce

De nombreux travaux récents viennent nous alerter sur la consommation mondiale excessive d’eau douce. Notre planète possède 35 millions de km3 d’eau douce dont environ 70 % sont stockés sous forme de glace donc inaccessibles pour notre consommation de tous les jours. Les 30 % restant remplissent lacs et marais, saturent l’atmosphère de vapeur d’eau et se condensent en précipitations, coulent dans les rivières, les fleuves et les nappes souterraines. Chaque année, l’homme y puise pour ses besoins 7 450 milliards de m3 (7 450 Gm3/an) dont 86 % exploités à des fins de production agricole. L’eau douce entre dans le cycle global de l’eau et apparaît comme une ressource naturelle renouvelable. Mais voilà, la consommation d’eau douce par personne a été multipliée par deux en un siècle et en l’utilisant à outrance notamment pour l’agriculture, l’eau change de statut : il y a chaque jour un peu plus d’eau salée et un peu moins d’eau douce. Et celle-ci commence à manquer dans certaines parties du monde, là où l’eau de pluie tombe insuffisamment car les hommes tirent dans les réserves que sont les fleuves et les nappes profondes pour irriguer et s’alimenter. 20 % des terres cultivées sont irriguées et produisent à elles seules les deux tiers de la nourriture mondiale. Dans la prochaine décennie, il faudrait près de 1 000 milliards de m3 d’eau d’irrigation supplémentaire et cinq fois plus pour subvenir aux besoins alimentaires de la population qui se profile en 2050. Et le réchauffement climatique vient exacerber cette pénurie annoncée d’eau douce.

Il existe pourtant des solutions.

Pour les aborder, il nous faut regarder sous nos pieds. L’avenir de l’humanité est toujours là et non dans la simple analyse économique des systèmes de production. Le sol et l’eau qui y pénètrent sont comptés. Il faut les protéger et apprendre aux hommes qui s’en occupent, à les préserver. Car bientôt ces hommes, cultivateurs, éleveurs, ne seront plus qu’une poignée de quelques centaines de millions et devront veiller à ce que dix milliards de personnes dont 80 % de citadins ne meurent pas de faim. Donner un prix au sol arable et à l’eau douce, apprendre à les économiser, inventer des plantes qui économisent la goutte d’eau, la molécule de pesticide, protéger la vie microbienne que la terre recèle.

Alors que le sol et l’eau ont constitué le soubassement fécond qui a permis à l’humanité d’éviter la paucité puis de se développer en civilisations ingénieuses et innovantes, ils sont aujourd’hui maltraités et mis en péril. C’est là que se situe l’ambigüité du comportement humain. L’homme ne peut pas laisser mourir en silence ces deux ressources sans en subir directement les conséquences. Le temps est lui aussi compté en décennies avant d’atteindre un seuil au delà duquel tout deviendrait irréversible et même la science y perdrait pied. Une prise de conscience collective est urgente certes, mais il faut que nos grands dirigeants montrent la voie de passage.

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La diversité culturelle et ses succès… sur le territoire français aussi !

Posté par Rozenn Milin le 18 mai 2010

Les Français sont connus à travers le monde pour être de grands donneurs de leçons, prompts à juger ce qui se fait ailleurs et à distribuer bons et mauvais points. Le terrain de la diversité culturelle n’échappe pas à cette règle : nous aimons penser que nous sommes les garants de la pluralité et de la liberté d’expression, et nous nous inquiétons de l’appauvrissement de la diversité planétaire qui va de pair avec la mondialisation. Mais à y regarder de plus près, il est bien plus facile de se préoccuper de ce type de problème quand il concerne de lointains pays que lorsqu’il se pose sur notre propre territoire : la distance géographique rend en effet ces cultures plus mystérieuses, plus singulières, et donc plus séduisantes, plus précieuses, en quelque sorte.

La diversité culturelle : sur le territoire français aussi

Pourtant, les cultures régionales qui nous entourent sont aussi dignes d’intérêt, et ceux qui se battent pour que ces cultures et ces langues trouvent une juste place dans notre société connaissent quelques succès qu’il est intéressant de relever.

Le Figaro a fait paraître récemment son palmarès 2010 des lycées de France, et les résultats de cette étude ont certainement surpris beaucoup de lecteurs du journal. Les lycées arrivant en tête n’étaient en effet pas les « grands » lycées parisiens, mais, pour le premier, un lycée de Beaune en Bourgogne, et pour le deuxième le lycée « Diwan » de Carhaix dans le Finistère.

La réussite de l’éducation en langue régionale

Diwan est un ensemble d’écoles associatives et gratuites, allant de la maternelle à la terminale, créé en 1977, et dont la principale caractéristique est que la langue de base de l’enseignement est… le breton. La méthode pratiquée est celle de l’immersion : le français est progressivement introduit à partir du CE1 ; au collège, l’enseignement se fait aux deux-tiers en breton pour un tiers en français ; et à partir de la quatrième, l’anglais devient langue d’enseignement de certaines matières.

Pour qui a eu l’occasion de visiter ou de fréquenter ces écoles, ce qui frappe d’emblée est l’esprit d’ouverture : des adolescents parlant couramment anglais, des cours d’arabe au fin fond de la Bretagne, une pratique musicale généralisée, etc.

Et les résultats sont là : en français, les évaluations nationales en CE2 et en 6ème montrent que le niveau des élèves des écoles Diwan est globalement supérieur à la moyenne nationale. En 1992, huit premiers collégiens passaient le brevet des collèges ainsi que le First Degree of Cambridge avec un taux de réussite de 100%. Et en 2010, Le Figaro classe le lycée Diwan de Carhaix « 2ème meilleur lycée de France » parmi 1930 établissements.

Sélection drastique ou accompagnement des élèves ?

Pour ceux qui s’étonneraient de ce dernier résultat, sachant que le taux de réussite au bac de 2009 n’est « que » de 99% dans ce lycée alors que des établissements plus prestigieux comme Louis Le Grand ou Henri IV obtiennent 100%, une explication s’impose : le taux désormais affiché est le « taux de cohorte », considéré plus significatif. Le taux brut de réussite au baccalauréat peut en effet résulter d’un écrémage drastique en amont et plusieurs autres éléments sont donc désormais pris en compte, notamment le taux d’accès des classes de seconde et de première au baccalauréat et la proportion de bacheliers parmi les sortants. Il s’agit bien ici de mesurer l’accompagnement global des élèves depuis leur entrée en seconde, la volonté de faire que l’ensemble des éléments aboutisse positivement sa scolarité sans procéder à une sélection drastique et systématique visant à afficher des chiffres sans faute au bac.

Les résultats de cette « modeste » école qui trace son chemin au fil des années montrent donc sans équivoque que l’éducation en langue régionale a fait ses preuves. Au-delà de cette réussite formelle, il est important de signaler également que, contrairement à ce qu’affirmaient certains leaders politiques ou syndicaux il n’y a pas si longtemps, ces écoles ne sont pas discriminantes puisqu’elles cherchent au mieux à accompagner les élèves quelles que soient leurs capacités de départ. Parions aussi que les jeunes qui en sortent sont prêts, précisément, à affronter le monde dans toute sa diversité, sans jugement de valeur et avec une grande ouverture d’esprit.

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Et si nous reparlions de la taxe carbone ?

Posté par Geneviève Ferone le 4 mai 2010

La vulnérabilité de notre société confrontée à des événements extrêmes

Quel point commun peut-il exister entre un volcan islandais et une marée noire dans le golfe du Mexique ? En apparence aucun. Pourtant à y regarder de plus près, il existe des similitudes entre d’un côté un phénomène naturel et de l’autre un accident industriel. Nous pouvons y voir le reflet de la vulnérabilité de notre société confrontée à des événements extrêmes qui soulignent crument notre état de dépendance. Serait-il opportun de reprendre un débat serein sur la taxe carbone qui vise justement à sortir progressivement de cet étau ?

Evoquée au cours de la campagne présidentielle dès 2007, inspirée du modèle suédois et pièce maîtresse du Grenelle de l’environnement, la taxe carbone a été brutalement escamotée de l’agenda parlementaire, laissant un arrière goût d’inachevé. Ces dernières semaines, le débat s’est durci jusqu’à la caricature. Le coup de semonce du Conseil Constitutionnel a ouvert une brèche politique impossible à colmater. Pourquoi ce qui devait être une mesure phare du quinquennat semble être aujourd’hui largement compromise ? Pourquoi avons-nous tous collectivement raté cet exercice de pédagogie sur les ressorts et les enjeux liés à cette nouvelle forme de fiscalité?

Pour rappel, ce qui est aujourd’hui reporté aux calendes européennes, est un projet de taxe dont l’objectif principal était de porter un signal-prix fort à la consommation finale des énergies fossiles sur deux fronts :

  • faire évoluer progressivement nos habitudes de consommation sans affecter le pouvoir d’achat
  • tout en encourageant les investissements dans les emplois et les brevets de la croissance verte.

Progressivement, la barque a été trop chargée et la cacophonie s’est installée. Les objectifs assignés à cette taxe carbone, se sont multipliés ce qui a nui à la lisibilité du projet, devenu trop complexe, nourri d’exemptions et d’exceptions. Les Français ont fini par y voir une taxe de rendement supplémentaire, un simple tour de passe-passe budgétaire destiné à renflouer les caisses de l’Etat, vidées par l’incurie d’une poignée d’acteurs économiques indélicats.

Une victoire à la Pyrrhus, un simple trompe l’œil de court terme

Nous avons donc raté l’occasion de nous engager dans une fiscalité environnementale ambitieuse ; l’idée de moins taxer le travail et davantage les sources de pollution en général, ne rencontre pas d’adhésion. Ainsi, l’abandon de la taxe carbone passe pour une grande victoire en faveur du pouvoir d’achat ; c’est une victoire à la Pyrrhus, un simple trompe l’œil de court terme. Les chiffres sont têtus. Tout se passe comme si nous ne voulions pas croire à la réalité des processus physiques qui sous-tendent les fondamentaux de notre économie. Avec le retour de la croissance, que tout le monde espère légitimement, nous aurons aussi des besoins croissants en énergie, majoritairement d’origine fossile. Rappelons que la France importe 99% de son pétrole et 97% de son gaz. Notre parc nucléaire ne représente que 30% de la consommation d’énergie primaire de notre pays. Nous sommes placés dans une situation de très grande vulnérabilité concernant les prix de l’énergie et nous n’aurons pas d’autre choix que d’en subir la hausse inexorable. Les plus faibles foyers seront les premiers à en souffrir au quotidien et les entreprises vont différer sine die les efforts de restructuration de leur outil de production, gage de pérennité et compétitivité.

L’économie mondiale doit se mouvoir dans une forte incertitude sur les enjeux climatiques et énergétiques. Certes la volatilité des opinions alimente en retour le caractère velléitaire du monde politique. Nous devons cependant agir maintenant et fortement en faveur d’une politique de développement durable ambitieuse et socialement acceptable. Ce qui est en jeu, n’est pas la sauvegarde d’une planète sanctuarisée mais notre capacité à inventer un nouveau modèle social et économique compatible avec un partage équitable, et si possible démocratique, de ressources sous tension.

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Le temps de l’Afrique – le cinquantenaire des indépendances africaines

Posté par Jean-Michel Severino le 7 avril 2010

Je voudrais partager avec vous un projet qui me tient tout particulièrement à cœur en cette année 2010 marquée par le cinquantenaire des indépendances africaines. Il prend la forme d’un essai intitulé Le temps de l’Afrique, que je viens de publier avec Olivier Ray aux éditions Odile Jacob.

Nous ne comprenons pas l’Afrique

Ce livre est né d’une stupéfaction et d’une rencontre.

La stupéfaction, c’est de s’apercevoir que nous ne comprenons pas l’Afrique, et que nous sommes aveugles au formidable jeu de forces qui l’animent.

L’arrivée de la Chine sur le continent est-elle une bonne ou mauvaise nouvelle pour ses habitants ? L’Afrique sub-saharienne est-elle trop ou trop peu peuplée ? Sera-t-elle en mesure de nourrir sa population en forte croissance ? Quels seront les effets du changement climatique au Sud du Sahara ? Doit-on s’attendre à la multiplication de guerres civiles et génocides de grande ampleur, comme celui qui a meurtri le Rwanda en 1994 ? Ou la tendance à l’apaisement engagée au tournant du siècle a-t-elle des chances de se poursuivre ? L’Afrique est-elle mûre pour la démocratie ? Faut-il craindre des vagues de migrants africains ? La croissance économique de ces dernières années est-elle au contraire appelée à durer, faisant de l’Afrique la prochaine puissance émergente ? L’Afrique a-t-elle sa place dans un monde multipolaire ?

D’innombrables ouvrages traitent de l’Afrique. Mais ils parlent d’une autre Afrique – celle de l’histoire. Nos clés de lecture sont aujourd’hui dépassées. Nous ne parvenons pas à déchiffrer les événements qui secouent le sous-continent et le transforment sous nos yeux. Deux Subsahariens sur trois ont moins de vingt-cinq ans. A l’opposé de nos sociétés européennes engourdies, le dynamisme démographique africain impose une cadence effrénée aux mutations du sous-continent. Il y avait seulement onze habitants par kilomètre carré en Côte d’Ivoire en 1960. Il y en a près de soixante dix aujourd’hui, et il y en aura cent dix en 2050. Si la France avait connu la même croissance démographique que la Côte d’Ivoire entre 1960 et 2005, elle compterait aujourd’hui deux cent cinquante millions d’habitants – dont soixante millions d’étrangers !

L’Afrique change donc précipitamment d’échelle et de cap. Compte tenu de la vitesse et de l’ampleur de la métamorphose en cours, nous devrions scruter la route plusieurs kilomètres en avant. Or nous regardons ce bolide africain s’élancer à toute allure… à travers un rétroviseur. Comment s’étonner que nous ne parvenions pas à penser sa trajectoire ? Le décalage est frappant entre le regard que nous portons sur l’Afrique, restée comme figée au siècle dernier, et ses réalités contemporaines.

L’Europe semble abdiquer

Dans le contingent des aveugles, le peloton européen figure au premier rang. Au fil des débats publics, l’espace au Sud du Sahara est présenté comme une terre maudite, marginalisée, à l’écart de la mondialisation. L’Afrique est perçue comme un objet de compassion, qui appelle – au mieux – la charité. Au pire, l’endiguement. Ses habitants sont promis à un avenir funeste dont la solidarité internationale, telle une perfusion d’antalgiques, devrait atténuer les souffrances ou réduire les convulsions. La charité a été largement sous-traitée à des organisations humanitaires et philanthropiques ; l’endiguement confié aux organisations onusiennes et aux Etats africains eux-mêmes. Ce regard, qu’il se veuille charitable ou « lucide », n’est certes pas sans rapport avec les réalités d’une Afrique qui émerge péniblement de plusieurs décennies de crises. Mais il ignore les bouleversements à l’œuvre sur le continent. Sans surprise, ce sont les acteurs les plus « jeunes » de notre société mondiale – Chinois, Indiens, Brésiliens – qui saisissent les opportunités de cette aventure inouïe. Savons-nous que les économies africaines connaissent, depuis le tournant du XXIème siècle, une croissance économique annuelle bien supérieure à celles des Etats-Unis ou de l’Europe ?

L’époque n’est pourtant pas si lointaine où nous avions l’impression de « connaître » l’Afrique, où nos pays y décelaient des « intérêts ». Depuis la fin de la guerre froide cependant, l’Europe s’en est détournée : plombé par une histoire pesante et aveuglante, son grand voisin du Sud est tombé en bas de la pile de ses politiques publiques. En ce début de XXIème siècle, tandis que des acteurs émergents des relations internationales s’intéressent aux évolutions de l’Afrique et à leurs relations avec ce continent, l’Europe semble abdiquer. La société de la rive Nord de la Méditerranée, et en premier lieu ses acteurs économiques, lui tournent le dos. Elle n’a plus de pensée publique réfléchie, cohérente, prospective sur l’Afrique.

Il est maintenant temps de reconnaître l’Afrique.

Ce livre est une tentative de penser une matière complexe et mouvante, qui défie nos grilles de lecture traditionnelles. Cette pensée part du refus de se laisser piéger par les évidences du passé. Elle repose sur l’observation des changements qui se déroulent sous nos yeux. Elle s’arrime, enfin, aux quelques points de repère que nous avons dans l’avenir. Nous savons d’ores et déjà que la population du sous-continent doublera en l’espace de seulement quelques décennies. Nous savons aussi qu’elle sera alors majoritairement urbaine. Or la façon dont les Africains vivront, se déplaceront, se définiront et interagiront avec leur environnement déterminera la trajectoire de leurs sociétés – mais aussi des nôtres.

Il ne s’agit pas ici de prédire si l’Afrique de demain ira « bien » ou ira « mal », ni de déterminer qui il conviendra alors de louer ou de blâmer. Les pages qui suivent ne se situent pas dans les débats stériles entre « afro-optimistes » et « afro-pessimistes », qui ont longtemps monopolisé les discussions sur le sujet. Le moment est venu de penser les conséquences de ces mutations d’intensité sismique sur l’Afrique, sur ses voisins et sur le monde. Ce que nous percevons, en interrogeant le présent et l’avenir, est la réémergence stratégique de l’Afrique – dans les risques comme dans les opportunités qui y sont liés.

L’Afrique du milliard et demi d’habitants s’imposera rapidement dans la mondialisation

L’Afrique est complexe. Jamais, peut-être, ne l’a-t-elle autant été qu’à l’heure de sa métamorphose. Toute analyse prospective d’un sujet en mouvement est condamnée à livrer des diagnostics frustes et des prévisions erronées. Nous assumons ces imprécisions et ces erreurs, convaincus que la complexité ne doit pas paralyser la réflexion. Il importe d’être en phase avec ce moment de l’histoire auquel nous nous situons, sans quoi nous risquons le chaos à nos portes – qu’aucune perfusion humanitaire ne saurait endiguer. L’Afrique du milliard et demi d’habitants s’imposera rapidement dans la mondialisation. Faute de s’engager dans des politiques cohérentes et adaptées, nous risquons de la voir s’inviter brusquement dans nos politiques intérieures. Le grand chambardement africain implique des choix radicaux de politique publique.

Nous avons rencontré Ibrahim dans un taxi à Johannesburg. La route était longue et encombrée pour arriver au centre-ville depuis l’aéroport. Nous avons sympathisé avec ce chauffeur, un Malien d’une trentaine d’années. Interrogé sur les raisons de son immigration en Afrique du Sud, il nous a raconté son périple. Le départ de son village natal, dans le Nord-est du pays. Après plusieurs saisons de mauvaises pluies, les céréales s’étaient faites rares sur le marché. Les spéculateurs quadruplaient les prix à la saison de « soudure ». Son père avait beau être l’un des hommes les plus riches du village, les portions avaient tout de même commencé à diminuer pour Ibrahim et ses six frères et sœurs. Ibrahim avait refusé de partir, comme ses cousins, se battre aux côtés de la rébellion. Par manque de rage contre son gouvernement. « Que voulez-vous qu’il fasse, le gouvernement ? Il n’a pas un franc dans ses tiroirs, il n’est même pas capable de payer l’instituteur du village. » Le récit d’Ibrahim collait : le Mali traversait à cette époque les années noires des ajustements structurels, et prenait la crise du coton de plein fouet.

L’histoire d’une grande migration, unique dans l’histoire de l’humanité

Alors Ibrahim a préféré partir. Commença pour lui une période d’errance à travers des grandes villes d’Afrique de l’Ouest. Il était à Abidjan quand la crise ivoirienne éclata. Il ne faisait pas bon y être étranger. Mais alors que la plupart de ses compagnons de route décidaient de se lancer dans le long périple en direction de Paris ou Londres, lui a préféré faire cap vers le Sud. On lui avait parlé de la nouvelle Afrique de Mandela, en plein décollage après l’Apartheid. Ce ne fut pas facile tout de suite : installé dans un Township, il traversa une nouvelle période de galère et de petits boulots. Voyant que nous regardions le petit chapelet qui pendait au rétroviseur, Ibrahim nous expliqua qu’il s’était converti. Une petite communauté évangéliste du township l’avait beaucoup aidé à son arrivée. Grâce à de l’argent emprunté à des fidèles et à une organisation caritative américaine, il a pu lancer son business. Il avait aujourd’hui cinq taxis à lui, reliés par un système radio dernier cri. Il prévoyait d’acheter un mini-van, pour relier les aéroports aux hôtels. « Comme les Chinois », qui ont aussi investi ce secteur. Encore quelques mois et il devrait pouvoir arrêter de conduire, pour se concentrer sur la gestion de son entreprise. Un petit bureau tout équipé l’attend. Et après ? Ibrahim a de grands projets. Il voudrait se marier et avoir des enfants. Mais d’abord changer de quartier : sa priorité est de sortir du township pour acheter un appartement en centre ville. Rentrer au pays ? Non : « mon pays c’est l’Afrique. Je suis chez moi ici. Et puis, business is good in South Africa. » Interrogé sur les violences anti-immigrés qui ont ensanglanté les townships à l’hiver 2008, il préféra changer de sujet.

Il nous est apparu que l’histoire d’Ibrahim était celle d’une Afrique en marche – tout sauf statique ou en marge du monde. Peut-être, aussi, de l’Afrique qui marche. L’histoire d’une grande migration, unique dans l’histoire de l’humanité. Ce livre s’attache à conter cette mutation africaine, riche d’opportunités et de défis d’un nouvel ordre. Une métamorphose qui marquera la planète dans son ensemble – et ne saurait laisser aucun de ses habitants indifférent.

J’espère que ces quelques réflexions vous donneront l’envie de découvrir ce livre, et de rejoindre les discussions sur l’Afrique au XXIème siècle qui accompagneront le cinquantenaire des indépendances africaines. Nous vous invitons chaleureusement à venir débattre des thèses avancées dans l’ouvrage, ou de partager votre vision de l’Afrique subsaharienne, des défis et des espoirs que suscitent sa métamorphose sur ce blog et dans le forum du site www.letempsdelafrique.com.

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