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Peut-il exister une vision post prométhéenne du développement ?

Posté par Geneviève Ferone le 2 avril 2010

L’épuisement des ressources et le bouleversement des écosystèmes sont en cours, l’humanité vivra sur une planète fondamentalement différente dans le siècle présent. Cette perspective demeure cependant théorique, trop lointaine et beaucoup trop abstraite pour percuter le cours des priorités quotidiennes. Quels enseignements, au sens général et littéral, pourrait-on en tirer sur la formation de nos élites, celles qui seront face à des arbitrages très sensibles entre principe de précaution et principe d’innovation ?

L’économie « durable » s’apparente à un vol de longue durée

Par rapport à une économie extensive fondée sur une exploitation sans limites des ressources disponibles, l’économie « durable » s’apparente à un vol de longue durée qui exige de limiter à un minimum les quantités embarquées et de prolonger au maximum la durée d’autonomie. Pour cela, il convient de rationaliser de nouveaux systèmes interconnectés, d’optimiser la gestion des flux, d’adapter notre métabolisme et d’inventer de nouvelles formules, pour alléger, avec intelligence et efficacité, notre empreinte environnementale.

Soyons humbles et curieux

L’ingénieur du XXIème siècle contribuera pleinement à cet enjeu de civilisation. En effet, il s’agit moins de penser en termes de domination technique de l’homme sur l’environnement que d’adaptation au fonctionnement des grands équilibres de nos écosystèmes qui rendent la vie sur la terre tout simplement possible pour 6,5 milliards d’individus. Soyons humbles et curieux. Nous sommes encore très largement ignorants du fonctionnement de ces systèmes naturels ; or nous ne pourrons pas alléger notre empreinte environnementale si nous ne comprenons pas et nous ne mesurons pas ce que nous détruisons.

Sortir des logiques trop étroites d’hyperspécialisations

Face à ces défis, le métier d’ingénieur devra s’élargir et la palette de ses compétences s’étoffer. Nous avons besoin de sortir des logiques trop étroites d’hyperspécialisations et de s’ouvrir sur d’autres sciences, sciences sociales et sciences de l’environnement, qui apporteront une contribution majeure à la compréhension de systèmes complexes ainsi qu’à la création des écotechnologies. A l’inverse, si nous restons enfermés dans un cloisonnement scientifique trop étanche et si nous ne sommes pas capables de donner collectivement un sens aux avancées technologiques aujourd’hui accessibles, nous courrons le risque d’un décrochage croissant entre science et gouvernance.

Dans le rejet parfois violent contre les travaux scientifiques sur le changement climatique se cache parfois une évidente difficulté à penser le monde autrement que dans le cadre d’une pensée prométhéenne de l’homme. Cette pensée se construit dans la foi dans l’individu fondée sur une liberté et un pouvoir qui lui est propre. Elle rejette toute forme de conformisme et de contraintes que la société pourrait faire peser sur lui et place au dessus de tout la rationalité des choix et des actes, dépourvue d’affects et de considérations morales. Cette posture est le meilleur antidote contre la médiocrité, le totalitarisme d’ordre intellectuel ou politique.

Le héros prométhéen domine la nature grâce à son génie scientifique ou ses qualités d’ingénieur. Il défie les éléments et invite par son courage et son engagement au dépassement de soi. Il est radicalement vent debout contre toute forme de pensée politiquement correcte et refuse toute compromission avec des esprits prétendument plus crédules et malléables. L’écologie présentée par certains comme un nouveau culte totalitaire invitant une communion immédiate et planétaire heurte à l’évidence le cadre référentiel sur lequel s’est construit notre civilisation actuelle.

Cependant, les défis auxquels nous devons répondre nous invitent autant à l’audace, à l’humilité et à la solidarité. Tant que nous n’aurons pas accepté et intégré ces nouvelles dimensions d’échanges et d’interconnexions entre différentes disciplines et communautés d’acteurs,  notre foi dans le progrès technologique risque de rester une belle pensée magique prométhéenne.

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Commentaires (1)


1 commentaire »

Christi Nuss a commenté le 21 janvier 2011 à 10 h 27 min

Ces trois qualités – la chose la plus précieuse qu’un homme puisse avoir.

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