Français    English   

Quel sera le nouveau Feu de Prométhée ?

Posté par Geneviève Ferone le 16 mars 2011

Une tragédie déjà maintes fois jouée

Depuis la nuit des temps, les mythes fondateurs les plus anciens ont parfaitement capturé l’essence de notre âme tourmentée et décrit la fragilité de notre existence. L’éternel « facteur » humain a traversé tous les âges, tissant inlassablement les mêmes drames, passant par les mêmes déchirures. Tout est appelé à se répéter à chaque instant de la vie, dans chaque civilisation, mettant en scène les éléments immuables d’une tragédie déjà maintes fois jouée. Pourtant derrière les terribles événements de ce début d’année 2011, révolutions et catastrophes naturelles, se dessinent pour la première fois avec une très nette acuité, l’extrême vulnérabilité de nos sociétés dans ce qu’elles ont en commun de plus précieux : l’énergie.

Une double irréversibilité marque le cheminement de l’humanité

Le système énergétique sur lequel tourne le monde engendre des conséquences irréversibles. La loi de l’entropie nous rappelle qu’il existe une flèche de temps qui oriente l’avenir dans une seule direction, celle de l’exploitation et de la dégradation du stock de ressources épuisables. Nous laisserons donc aux générations futures un patrimoine naturel très largement entamé et moins adapté à leurs besoins. Cependant, la loi de l’entropie n’est pas la seule flèche de temps qui gouverne notre évolution. L’augmentation de nos connaissances est tout aussi déterminante, bien que moins tangible. Le progrès du savoir humain est aussi un processus irréversible. Une double irréversibilité marque le cheminement de l’humanité : la ponction des stocks de ressources non renouvelables et l’accumulation des techniques et des savoirs.

Une course de vitesse

A partir de ces deux processus dynamiques, on peut décider d’une intensification des prélèvements à condition de disposer d’un niveau de connaissances suffisant pour assurer la pérennité du système ; en l’occurrence, la pérennité du système énergétique de la planète. Nous sommes pris dans une course de vitesse, il nous faut simultanément réduire la vitesse de dégradation des ressources et investir massivement dans la recherche, et en priorité sur tout ce qui pourra réduire l’intensité énergétique de notre niveau de vie et développer des solutions alternatives.

Tout semble être réuni pour affronter au mieux cette échéance. Pour autant, nous avons pu nous rendre compte à maintes occasions que nous n’utilisons pas toujours à bon escient l’information dont nous disposons pour organiser la transition dans les meilleurs délais. C’est exactement la situation à laquelle nous sommes aujourd’hui confrontés. L’enjeu réside dans la capacité de nos institutions à faire face à un problème plus grand qu’elles et face auquel, faute d’alternative à la fois technologique et politique, nous restons tétanisés et impuissants. Personne ne peut imaginer un monde sans énergie. Nous ne pouvons pas (encore) nous passer des énergies fossiles, nous redoutons l’énergie nucléaire plus que les menaces du changement climatique et les énergies renouvelables sont dérisoires à la maille de l’enjeu. Le Feu ancien s’épuise lentement ; dans son déclin il menace d’embraser la terre et de diviser les hommes. De quoi sera donc fait le nouveau Feu de Prométhée ? A aucun autre moment dans notre histoire, cette question ne s’est posée avec autant d’urgence, au point que les réponses qui seront apportées vont d’ores et déjà structurer la trame de la première moitié de notre siècle.

Partagez cet article :

Commentaires (0)


Pas de commentaire »

Pas encore de commentaire.

Flux RSS des commentaires de cet article. Adresse web de rétrolien


Additional comments powered by BackType