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Terre promise

Posté par Daniel Nahon le 20 mai 2010

Daniel Nahon est Professeur à l’université Paul Cézanne, Professeur honoraire de l’Institut Universitaire de France, Ancien directeur général de la recherche au ministère, Ancien président du Cirad

Depuis que l’homme a pris possession des terres émergées, la malnutrition est à l’état endémique. Parfois la crise devient aigüe et des famines catastrophiques déciment périodiquement des pans entiers de l’humanité. Encore récemment des détresses alimentaires sont venues nous rappeler que des peuples souffrent, que des hommes meurent. Tous les spécialistes s’en mêlent aussitôt et les médias en font échos. Tout est dit… ou presque !

Le problème est simple à poser. Et si difficile à résoudre sans la détermination des hommes des pays nantis ! Il faudrait sortir chaque année environ 22 millions de personnes de la malnutrition et l’on n’en sort que 6 millions alors que chaque semaine s’ajoutent 2 millions de bouches à nourrir supplémentaires. Si bien que les affamés qui en 2001 étaient près de 850 millions atteignent 1 020 millions en 2009. Une augmentation de 25% en moins d’une décennie. Presque un humain sur sept souffre de la faim et 29 000 personnes en meurent chaque jour, dont une majorité d’enfants. Ces chiffres sont étourdissants et pourtant réels. Tout un autre monde qui s’éteint sans bruit au cœur du monde !

Le sol et l’eau : deux ressources naturelles essentielles et indissociables

Mais qu’avons-nous en face pour nourrir les êtres humains et notamment les plus démunis ? Le sol et l’eau ! Deux ressources naturelles essentielles et indissociables qui si on n’y prend garde limiteront la production alimentaire en 2025.

Sur les 14,84 milliards d’hectares de terres émergées, en tenant compte des surfaces recouvertes de glace, de sables vifs, de roches à nu, de lacs ou mers intérieures, les sols en eux mêmes ne couvrent que environ 11,5 milliards d’hectares (un hectare correspond à 10 000 m2, soit un carré de 100 mètres de côté) dont seulement 2,5 milliards sont arables. Pas plus, pas moins ! Les sols dans leur plus grande part ne sont donc pas cultivables car situés dans des zones trop en pente, dans des régions trop froides, voire glacées (permafrost), dans des aires trop arides, trop humides, ou tout simplement parce que les terres sont trop pauvres ou trop peu épaisses. 2 500 millions d’hectares, c’est peu : environ 50 fois le territoire français. Et déjà près de 1 600 millions d’hectares sont cultivés, parmi lesquels 70 millions sont dévolus aux biocarburants, 300 millions d’hectares sont irrigués dont 50 millions devenus inexploitables par salinisation excessive. Bien plus, ce sont chaque année pas moins de 8 millions d’hectares de terres arables qui sont soustraites par maltraitance, par destruction, par ignorance : 6 millions d’hectares sont ainsi abandonnés par perte de fertilité suite à la déforestation, à l’érosion, à la salinisation… et 2 millions sont perdus par urbanisation. À en croire même les chercheurs de l’INRA qui se basent sur une moyenne calculée sur les 25 dernières années du XXe siècle, ce sont 12 à 16 millions d’hectares de sols à cultiver qui disparaitraient chaque année. La désertification quant à elle progresse aux dépends de terres arables ou non fertiles au rythme de près de 14 millions d’hectares par an, presque autant que les forêts disparaissent !

La terre féconde s’épuise sous nos yeux !

À l’évidence le sol n’est pas une ressource renouvelable à l’échelle humaine : sa vitesse de formation se mesure en dizaines de millénaires et pour les plus épais situés dans les zones humides tropicales en centaines de milliers d’années, ce qui en fait les plus fragiles alors que les « réserves » en terres arables se situent dans ces régions. La terre féconde s’épuise sous nos yeux ! Elle fait le plein de nos déchets, de nos oublis, mais cela ne suffit pas. On veut produire plus, alors on la sature de vitamines chimiques de toutes sortes : engrais, pesticides. La terre n’en peut plus, elle se dépeuple de ses micro-organismes qui y vivent par milliards dans chaque centimètre cube, jouant un rôle d’assistante sociale entre les plantes, régulant les toxines et les métaux lourds, démontant toute la matière organique morte de la litière pour en restituer des molécules assimilables par les racines de plantes. Sans les bactéries et les microchampignons, la Terre serait jonchée de cadavres !

Enfin tout ce petit monde contrôle environ 50 % des émissions de gaz à effet de serre : gaz carbonique, méthane, oxyde nitreux, vapeur d’eau. Une terre sans cette biodiversité ne serait plus productive. Et l’homme situé au cœur de ce tissu vivant ne pourrait plus nourrir ses semblables. Il faut endiguer cette effusion de terres arables et les garder en vie. Elles sont pourtant si précieusement comptées pour nourrir le monde. Le sol émet et capte les gaz à effet de serre. C’est le plus grand moteur du monde. C’est lui qu’il nous faut réguler en premier.

Chaque jour un peu plus d’eau salée et un peu moins d’eau douce

De nombreux travaux récents viennent nous alerter sur la consommation mondiale excessive d’eau douce. Notre planète possède 35 millions de km3 d’eau douce dont environ 70 % sont stockés sous forme de glace donc inaccessibles pour notre consommation de tous les jours. Les 30 % restant remplissent lacs et marais, saturent l’atmosphère de vapeur d’eau et se condensent en précipitations, coulent dans les rivières, les fleuves et les nappes souterraines. Chaque année, l’homme y puise pour ses besoins 7 450 milliards de m3 (7 450 Gm3/an) dont 86 % exploités à des fins de production agricole. L’eau douce entre dans le cycle global de l’eau et apparaît comme une ressource naturelle renouvelable. Mais voilà, la consommation d’eau douce par personne a été multipliée par deux en un siècle et en l’utilisant à outrance notamment pour l’agriculture, l’eau change de statut : il y a chaque jour un peu plus d’eau salée et un peu moins d’eau douce. Et celle-ci commence à manquer dans certaines parties du monde, là où l’eau de pluie tombe insuffisamment car les hommes tirent dans les réserves que sont les fleuves et les nappes profondes pour irriguer et s’alimenter. 20 % des terres cultivées sont irriguées et produisent à elles seules les deux tiers de la nourriture mondiale. Dans la prochaine décennie, il faudrait près de 1 000 milliards de m3 d’eau d’irrigation supplémentaire et cinq fois plus pour subvenir aux besoins alimentaires de la population qui se profile en 2050. Et le réchauffement climatique vient exacerber cette pénurie annoncée d’eau douce.

Il existe pourtant des solutions.

Pour les aborder, il nous faut regarder sous nos pieds. L’avenir de l’humanité est toujours là et non dans la simple analyse économique des systèmes de production. Le sol et l’eau qui y pénètrent sont comptés. Il faut les protéger et apprendre aux hommes qui s’en occupent, à les préserver. Car bientôt ces hommes, cultivateurs, éleveurs, ne seront plus qu’une poignée de quelques centaines de millions et devront veiller à ce que dix milliards de personnes dont 80 % de citadins ne meurent pas de faim. Donner un prix au sol arable et à l’eau douce, apprendre à les économiser, inventer des plantes qui économisent la goutte d’eau, la molécule de pesticide, protéger la vie microbienne que la terre recèle.

Alors que le sol et l’eau ont constitué le soubassement fécond qui a permis à l’humanité d’éviter la paucité puis de se développer en civilisations ingénieuses et innovantes, ils sont aujourd’hui maltraités et mis en péril. C’est là que se situe l’ambigüité du comportement humain. L’homme ne peut pas laisser mourir en silence ces deux ressources sans en subir directement les conséquences. Le temps est lui aussi compté en décennies avant d’atteindre un seuil au delà duquel tout deviendrait irréversible et même la science y perdrait pied. Une prise de conscience collective est urgente certes, mais il faut que nos grands dirigeants montrent la voie de passage.

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Commentaires (1)


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1 commentaire »

Alain a commenté le 21 mai 2010 à 8 h 14 min

Effectivement le sol et l’eau sont déjà trop souvent des problèmes, et le seront de plus en plus. Il est donc nécessaire de décrire ce fait pour essayer de le résoudre comme le fait la Fondation Chirac, ce formidable outil de paix.

Les Sénégalais et une université Hollandaise, à la fin des années 80, conformément à la promesse faite au Président, ont obtenu de la pluie en temps et quantité voulue et des récoltes en abondance. Les journaux de l’époque en ont fait leurs gros titres. La même méthode employée permet une baisse des tentons sociales, la réduction de la criminalité, le développement économique, entre autres.

Lorsque l’on prend les problèmes à leur niveau le plus profond, peu d’action permet un maximum de résultats (faire moins et accomplir plus). Mais John Hagelin en parle beaucoup mieux que moi. Le Dr David R. Leffler sur son site internet rapporte comment cette technique à résolu nombre de conflits dans le monde. C’est pourquoi David Lynch parcoure l’Amérique Latine, la France et le monde pour divulguer la Méditation Transcendantale, expliquer de quoi il s’agit. Je cite cette technique parce qu’en 40 ans on s’est aperçu que c’est le seul moyen pour résoudre l’ensemble des problèmes qui sont prêts à secouer l’humanité.

Jusqu’à présent en France des raisons politiques ont empêchées jusqu’à la divulgation de cette information. Les Français préfèrent peut être : « Plutôt la catastrophe qu’une alternative nouvelle » pour parodier cette phrase de Lucas Notaras, [dernier grand amiral de la flotte byzantine, qui aurait dit en 1453 : « Plutôt le turban que le chapeau de cardinal » à cause de rivalités théologiques entre les églises d’Orient et d’Occident qui empêchèrent l’acheminement d’aide aux Byzantins, due à la grande méfiance envers les occidentaux, suite au sac de la ville lors de la quatrième croisade en 1204. Cette attitude de ces Chrétiens précipitait la Chute de Constantinople.]
« Mieux vaut la catastrophe qu’une alternative nouvelle » pour parodier la phrase « Mieux vaut Hitler que le Front Populaire ».

Mais les choses changent et évoluent. On reparle de la mémoire de l’eau et de ses grandes qualités.
On peut lire : « à Donetsk la baisse de criminalité était tellement flagrante que les policiers qui venaient l’annoncer pour la troisième fois à la télévision en ce début d’année, ont décidés de sabrer le champagne ».
Très bientôt une personne éclairée et indépendante parlera aux Français de la façon de réaliser la paix et la prospérité.

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